Quentin Fabiani, réalisateur et photographe argentique

Il est toujours intéressant d’échanger avec des créatifs ayant plusieurs cordes à leur arc. Observer les liens entre deux mediums d’expression distincts permet d’en savoir plus sur l’artiste lui même. 
Quentin Fabiani est réalisateur et photographe, deux domaines qui, à première vue, semblent intimement liés mais qui lui permettent de créer de façon drastiquement différentes, et l’aide ainsi à trouver un équilibre. 

Peux-tu te présenter brièvement à nos lecteurs ?

Je m’appelle Quentin Fabiani, je suis originaire du Bassin Minier du Nord de la France, je suis réalisateur de Cinéma et Photographe. J’ai fait mes études à Paris puis j’ai emménagé à Montréal en 2015.

« J’ai un rapport affectif, douloureux ou heureux avec chacune de mes photographies. »

Comment as-tu commencé la photographie ?

Étant enfant, je m’amusais beaucoup avec la caméra de mon père et l’appareil photo de ma mère. Mon rapport à l’image est très vite devenu obsessionnel. Je passais beaucoup de temps derrière le viseur à observer mon environnement, et à chercher une perspective différente du monde qui m’entourait.

©Quentin Fabiani

Tu travailles majoritairement à l’argentique. Qu’est-ce que cela apporte à ta pratique de la photographie ?

Pour les projets personnels, je travaille exclusivement en argentique. Un jour, une amie photographe (Kalian Lo) m’a forcé à mettre une pellicule dans le vieux Mamiya C330 qui prenait la poussière sur ma bibliothèque. Ça a changé ma vie, mon rapport à l’image a été bouleversé.

« C’est plutôt le Cinéma qui a aiguisé mon sens de l’esthétisme. »

L’imperfection, le suspense, la déception, la surprise, la découverte, toutes ces émotions me traversent entre le moment où je déclenche et me poursuivent jusqu’au moment où je scanne le négatif. J’ai un rapport affectif, douloureux ou heureux avec chacune de mes photographies. Également, le fait de travailler sur des appareils dépourvus de cellule photométrique m’a obligé à approfondir considérablement mes connaissances techniques et a affûter mes réflexes.

©Quentin Fabiani

Est-ce que le fait de prendre des photos t’as aidé à affiner ton esthétique dans tes films ?

C’est plutôt le Cinéma qui a aiguisé mon sens de l’esthétisme.

« Lorsque je travaille ma mise en scène au cinéma, je ne laisse que très peu de place à l’imprévu. »

Peux-tu nous parler du rôle de la photographie dans ta réflexion de réalisateur ?

J’essaie de ne pas appréhender le cinéma et la photo avec le même état d’esprit.

Lorsque je travaille ma mise en scène au cinéma, je ne laisse que très peu de place à l’imprévu. La mise en scène cinématographique est un langage et je m’applique à maîtriser ce langage au maximum. Au contraire, la spontanéité et l’imprévu sont au cœur de mon approche de la photo. Parfois, je prends cette discipline comme un exutoire, un endroit ou tout peux arriver . Je me considère comme chanceux de pouvoir évoluer dans les deux disciplines avec deux approches opposées.

©Quentin Fabiani

Où trouves-tu ton inspiration ?

Exclusivement chez les gens. J’aime beaucoup observer et tenter de retranscrire l’attitude des gens. J’admire Winogrand, Meyerowitz, Depardon et Sabine Weiss pour la photographie de rue. Au cinéma, mon inspiration pour composer mes cadres vient essentiellement de la musique ou de l’ambiance que le décor va dégager.

« Comme tout photographe, je cherche à susciter une réaction chez la personne qui regarde le cliché. »

©Quentin Fabiani

Que souhaites-tu communiquer à travers tes photos ?

Comme tout photographe, je cherche à susciter une réaction chez la personne qui regarde le cliché. J’aime les émotions fortes, j’aimerais être capable de retranscrire des sentiments ou des états comme la peur, le rire, la colère, la violence, le soulagement, la grâce au travers de mes photos.

Pourtant, il m’est très difficile d’anticiper comment certaines photographies seront perçues. Parfois, un cliché dont je suis fier pourra laisser le spectateur complètement indifférent. Je reprends donc ma place d’observateur et je laisse le soin au spectateur, d’apporter son avis sur mon travail.

« Au même titre que les écrivains doivent lire les grands auteurs , je conseillerai aux jeunes cinéastes de regarder les grands cinéastes. »

©Quentin Fabiani

Quels conseils donnerais-tu aux jeunes réalisateurs ?

Au même titre que les écrivains doivent lire les grands auteurs , je conseillerai aux jeunes cinéastes de regarder les grands cinéastes. Être avant tout, cinéphile et tourner le plus possible, le plus souvent possible, pour n’importe quelles raisons.

« Je suis en train d’écrire mon premier long-métrage […] »

Tu as des projets en préparation dont tu peux nous parler ?

Je suis en train de finaliser la post-production d’un court métrage historique tourné en pellicule et en anglaise, qui se déroule au Canada en 1819. Le film s’appelle The end of Agawa River. Je suis en train d’écrire mon premier long-métrage qui, je l’espère, sera une coproduction franco-québécoise et qui sera tourné sur les deux continents.

Pour découvrir la série Vieux Jeux réalisée par Quentin, c’est ici . Vous pouvez aussi suivre son travail de photographe sur son compte Instagram