Lucille Delabarre, photographe et « maman » de mannequins

Il n’est pas rare, dans le monde de la mode et de l’art en général, de croiser des créatifs aux multiples casquettes. C’est le cas de Lucille Delabarre, qui cumule le métier de photographe et celui d’agence mère, une combinaison qui la place au coeur d’une industrie fermée aux codes bien définis.
Nous lui avons posé des questions sur chacun de ses métiers qui se nourrissent l’un de l’autre et qui donnent un aperçu inédit d’un milieu aussi controversé qu’intéressant. 

Salut Lucille, peux-tu te présenter ?

Lucille, enchantée, 23 ans, agent de mannequins et photographe.

Je vis non loin de Paris en proche banlieue dans un appartement assez grand pour y vivre avec deux bêtes (un chien et un chat).
Je travaille depuis chez moi, dans mon salon rempli de cadre photos et de plantes vertes. Ce cadre harmonieux me permet d’être zen dans mon travail au quotidien.

©Lucille Delabarre

Comment as-tu commencé à photo ?

Je me suis toujours passionnée pour la mode, et ce dès le plus jeune âge. J’avais même un abonnement au magazine Vogue, qui au fil du temps se sont empilés dans un meuble qui est maintenant plein à craquer.

J’affichais même les éditos ou les campagnes que je trouvais beaux sur mes murs… Alors que j’étais loin d’être la « fashionista » de mon collège.
Après la troisième j’ai choisi de m’orienter vers un bac pro, métiers de la mode et du vêtement, pour commencer à apprendre un métier qui m’intéressait, plutôt que dans le général et attendre encore 3 ans avant de m’occuper.
Pendant ces 3 années j’ai eu l’occasion d’apprendre la confection d’un vêtement de A à Z , et travailler pour plusieurs entreprises, maisons de coutures, etc…

« Aujourd’hui je suis l’agent d’une dizaine de mannequins français, qui sont placés dans des agences françaises et étrangères. »

Plus je passais du temps dans le milieu de la mode, plus je me rendais compte que ce qui me captivait le plus était le rendu en image.
J’ai commencé à prendre en photo des copines, puis des modèles amateurs, puis à démarcher des mannequins, puis des make-up artist , stylist , hairstylist etc..
Jusqu’a obtenir des équipes complètes, des shoots organisés et assez d’assurance pour quitter le modélisme et me lancer dans la photographie à temps plein.

Qu’est-ce qui t’a poussé à devenir agent de mannequin ?

Quand j’ai commencé à shooter des mannequins, j’avais pratiquement le même age qu’eux, ce qui a créé des affinités.

Les mêmes sujets revenaient souvent pendant nos conversations : « J’aimerais avoir une meilleure agence mais je ne sais pas chez qui aller », « Je ne comprends pas pourquoi j’ai moins de travail qu’une autre »…
Je finissais par les orienter vers une agence plutôt qu’une autre par rapport à leurs profils, et la concordance avec ceux déjà représentés, les aidais à choisir les bonnes photos de leurs books…
Parfois même je postulais pour eux, à leur place. Je les empêchais de faire des jobs en direct (sans passer par une agence NDLR) qui pourraient nuire à leur carrière.

« […] chacun a sa personnalité, et certaines ne sont pas faites pour le monde de la mode. »

Avant de partir vivre à l’étranger pour un moment,  j’avais travaillé dans une agence de mannequins parisienne: je m’occupais de leurs books, les accompagnais sur différents jobs, gérais les emplois du temps ….
A mon retour en France des mannequins me redemandaient de l’aide, mon avis, des conseils… Je me suis dit qu’il était temps de le faire de façon correcte, et de mettre mes services à contribution.
Aujourd’hui je suis l’agent d’une dizaine de mannequins français, qui sont placés dans des agences françaises et étrangères ( Milan / Londres / New-York / Allemagne / Espagne ) et qui travaillent régulièrement pour des magazines et des maisons de coutures etc ..

©Lucille Delabarre

Comment repères-tu les mannequins ?

Au début c’était des amis, ou des membres de leurs familles, puis des profils croisés sur internet,  dans le métro , dans la rue.
A force de travailler sur certaines personnes et d’afficher le résultat sur les réseaux sociaux, j’ai pu « faire mes preuves » et créer un peu de bouche à oreille.
Les gens finissent par me recommander auprès d’aspirant mannequins.

« Je n’imposerais jamais un régime draconien, l’important est surtout d’être sain, bien dans son corps et bien dans sa tête. »

Pour choisir les mannequins sur qui j’ai envie de travailler, je regarde d’abord leur visage, puis la hauteur, car il y’a toujours ce critère très important dans ce milieu.
Si le profil m’intéresse je propose une rencontre dans un café, on échange sur nos points de vue, nos objectifs …
Ce rendez-vous permet aussi de capter la personnalité de la personne qu’on a en face de nous, savoir si elle est motivée ou non, si on pourra travailler ensemble.
Car ce n’est pas toujours le cas, chacun a sa personnalité, et certaines ne sont pas faites pour le monde de la mode.

©Lucille Delabarre

En quoi consiste ton travail d’agent ?

Mon job est de « former » le mannequin à se lancer sur le marché.
On sait tous très bien que ce milieu est rempli de clichés, la maigreur, l’exploitation, etc… C’est souvent que je recrute des futurs mannequins qui sont trop « larges » en tour de hanches pour rentrer dans des agences.
Il faut savoir qu’une agence n’attendra pas que le mannequin perde des centimètres, et refusera d’office de le/la représenter.
Cela marche aussi pour des mannequins trop timides, pas sûr d’eux. L’agence ne prendra pas le temps de l’aider à avoir de l’assurance.
Lorsqu’un mannequin à besoin de prendre de l’assurance, et même d’avoir du matériel (une base de book, NDLR) pour se présenter plus tard en agence, je lui organise des shoots avec des photographes pro, et non des photographes qui poussent au #metoo . J’accompagne, je dirige si besoin.

« Sur Paris, le monde des créatifs est très petit, tout le monde se connaît plus au moins. »

Si un mannequin doit perdre quelques centimètres, je lui conseille quelques exercices d’étirements, qui permettent d’étirer les muscles et les raffermir, mais aussi des conseils de nutritions.
Je n’imposerais jamais un régime draconien, l’important est surtout d’être sain, bien dans son corps et bien dans sa tête.
Une fois les mensurations au top et la confiance en soi au maximum, j’organise des rendez-vous avec des agences pour présenter le mannequin.
Quand le mannequin signe avec une agence, il est prêt à travailler dès le lendemain, et tout le monde est heureux.

« L’agent est aussi la première personne à qui se réfère le mannequin en cas d’interrogation, de problèmes […] »

Puis s’enchainent des placements à l’étranger, des conversations avec les bookers (les bookers sont les employés d’une agence de mannequins. Ce sont eux qui négocient les contrats des mannequins et qui les envoient sur des castings. NDLR) pour optimiser au maximum une belle carrière, éviter les mauvais choix…
L’agent est aussi la première personne à qui se réfère le mannequin en cas d’interrogation, de problèmes; c’est pourquoi il faut toujours être disponible pour eux.
C’est un travail à temps plein, des propositions de jobs peuvent arriver la veille pour le lendemain, des déplacements à prévoir en urgence, des « dramas » à résoudre etc …

©Lucille Delabarre

En quoi le fait d’être photographe alimente ton activité d’agent (et vice versa) ?

Le faite d’être photographe et avoir vu passer un grand nombre de mannequins m’a permis de pouvoir les repérer dans la rue ou sur internet.

Je sais quels sont les profils recherchés, les traits du visage, l’allure, etc…
Cela me permet aussi d’avoir des contacts : je peux les proposer à des photographes que je connais, mais aussi sur des éditos, et je connais aussi les bookers des agences avec qui j’ai travaillé auparavant etc.
Sur Paris, le monde des créatifs est très petit, tout le monde se connaît plus au moins.

« […] je favorise des styles de photos assez naturels, je vois comment le photographe gère sa lumière, sa retouche […] »

Comment choisis-tu les photographes à qui tu envoies tes mannequins ?

Ce sont des photographes que je connais déjà grâce à mon réseau ou que je découvre en cherchant un peu ou en tombant dessus par hasard sur Instagram.
Parfois ce sont eux qui viennent vers moi car ils aiment un de mes mannequins, le suivent déjà sur les réseaux.. et veulent organiser un shoot.
Alors je regarde d’abord leur travail, ce qui est très important, on n’embauche pas quelqu’un sans regarder son CV (quoique).

Je vois comment est mis en valeur le mannequin sur les photos, je favorise des styles de photos assez naturels, je vois comment le photographe gère sa lumière, sa retouche (les photos trop retouchés ne m’intéressent pas), et aussi son empreinte artistique. Si les photos seront ou non bénéfiques pour le mannequin.

©Lucille Delabarre

Qu’attends-tu d’un photographe à qui tu envoies un de tes mannequins ?

Il faut savoir que le mannequin, lorsqu’il sera proposé à un client sera déjà jugé sur son book, si le photographe ne le met pas en valeur, ses chances d’avoir du travail seront réduites.
Je dirais que le top des photos pour un book de mannequins sont de beaux portraits et de belles compositions, des images retouchées convenablement, il faut atténuer les cernes et les imperfections sans pour autant recréer une peau irréelle. Une belle harmonie des couleurs au niveau du make up, du stylisme et de l’arrière plan est essentielle.

As-tu des projets à venir dont tu peux nous parler ?

Actuellement continuer ainsi, car l’enchainement des événements commence à être de plus en plus intéressant.
Les mannequins qui sont placés en agences travaillent de plus en plus pour des projets de plus en plus intéressants. Je m’occupe de leur suivi et  pendant ce temps je forme des nouveaux arrivants.
C’est un roulement qui se goupille assez bien maintenant. Beaucoup d’actualités à poster sur la page Instagram, des books plus solides.
Ça grandit et ça fait plaisir.  Espérons que ça continuera ainsi.
J’aimerais aussi reprendre la photo que j’ai mis de côté pendant un moment pour me concentrer sur mon activité d’agent.

 

Vous pouvez retrouver le travail de Lucille sur son site ainsi que sur son compte Instagram