La vie de paparazzi photographiée par Phil Penman

Le métier de photographe alimente de nombreux fantasmes. Ce que les gens ne savent pas forcément, c’est que le métier d’un photographe de rue est très différent de celui d’un photographe de mode, ou commercial. C’est celui de photographe de célébrité que Phil Penman connait très bien, l’ayant pratiqué pendant de nombreuses années.
Dans sa série « Paparazzi », il tourne son objectif vers ses confrères, et montre ainsi une réalité bien loin des paillettes et du glamour qu’on pourrait associer à cette profession. Avec cette série, Phil rend justice à ces photographes souvent malmenés et documente leur quotidien. 
Phil nous parle ici de son parcours, de sa vision du métier de photographe de rue, tout en dénonçant les injustices auxquelles peuvent être exposés les photographes. 

Salut Phil, peux-tu te présenter pour ceux qui ne te connaissent pas ?

Je suis photographe professionnel depuis 23 ans parmi les nombreux autres emplois que j’ai faits dans le passé: j’ai été éboueur, laitier, livreur de journaux, nettoyeur de rues, vendeur, etc…

A l’âge de 18 ans, j’ai obtenu un emploi de chef photographe pour un journal local au Royaume-Uni et j’ai appris à faire face à n’importe quelle situation qui m’était présentée. J’ai ensuite travaillé pour une agence de relations publiques qui s’occupe de comptes d’entreprise tels que Microsoft et Orange. Il s’agissait essentiellement de faire des headshots et de mener des campagnes marketing.

« Après avoir travaillé de nombreuses années dans l’industrie en tant que photographe de célébrités, je commençais à m’épuiser. »

De là, j’ai déménagé à Los Angeles et j’ai commencé à travailler comme photographe de célébrités avant de déménager à New York. Au cours des 15 dernières années, j’ai couvert certains des plus grands évènements du monde, y compris l’attaque du World Trade Center à New York.

©Phil Penman

Comment ta passion pour la photographie a-t-elle commencé ? Comment es-tu devenu photographe de rue ?

Ma passion pour la photographie vient en grande partie du fait que j’ai vu mon père dans la chambre noire quand j’étais enfant. A 15 ans, il m’a acheté mon premier appareil photo, un Nikkomat et un photomètre Weston. Je voyageais dans tout le pays, photographiant en grande partie la campagne anglaise.

Après avoir travaillé de nombreuses années dans l’industrie en tant que photographe de célébrités, je commençais à m’épuiser. Mon travail en pâtissait et mon amour pour la photographie diminuait.

« C’est quelque chose de surréaliste de se promener en observant tout ce qui se passe [en noir et blanc] ».

Vers 2004, j’ai acheté le Leica M7 d’un ami et j’ai été très vite accro. Je suis ensuite passé par une succession de boîtiers et d’objectifs Leica R avant de me fixer sur un appareil télémétrique, le Leica M9. Avoir un autre appareil que celui que j’utilisais pour mon travail a fait une différence. Cela a séparé mon travail de ma passion pour la photographie de rue.

Comme mon œil et mon amour pour la photographie ont commencé à revenir, je me suis retrouvé à photographier les photographes de célébrités plus quel les stars elles-mêmes.

En circulant dans les rues de Manhattan toute la journée, vous rencontrerez toutes sortes de sujets à photographier. Il y a vraiment des choses à chaque coin de rue, c’est juste une question d’oeil.

Kanye West quittant son appartement de New-York, photographié par Phil Penman
21 novembre 2013 : Kanye West quittant son appartement à New York, USA.
©Phil Penman

Tu travailles principalement en noir et blanc. Pourquoi ce choix ?

Un choix purement esthétique pour moi. Je suis attiré par des images qui semblent intemporelles et je m’efforce d’en créer. Loin d’être facile car beaucoup de choses peuvent dater une image. Je prends une partie de mes photos uniquement pour ce qu’elles diront dans vingt ans ou plus.

J’ai mon viseur réglé en noir et blanc, donc quand je prends mes images, il enregistre et me permet de tout voir de cette façon. C’est quelque chose de surréaliste de se promener en observant tout ce qui se passe de cette façon.

Tout mon travail de commande est en couleur. C’est agréable de pouvoir faire une pause pour se concentrer sur la forme brute du noir et blanc.

« De nos jours, le photographe doit se vendre lui-même. »

 

Ozzy Osbourne, ©Phil Penman

Quels sont les sujets qui attirent ton œil ?

Certaines choses attirent mon l’œil. Silhouettes, faisceaux de lumière frappant un trottoir ou un bâtiment. J’essaie ensuite de l’incorporer dans une image. J’adore l’utilisation de l’espace autour d’une image et je suis attiré par les paysages épiques, mais j’utilise ensuite les gens pour montrer l’échelle.

Les gens m’intéressent aussi beaucoup. Je travaille sur une série de New-Yorkais depuis quelques années. Juste des gens qui attirent mon attention. La plupart du temps, les gens sont choqués qu’on leur demande de se faire prendre en photo. J’aime cela parce qu’avec tous les gens obsédés par le selfies et la renommée sur Instagram, ils font encore partie de ceux qui ne savent même pas ce qu’est Instagram.

Pour les photographes, nous savons maintenant que ces plateformes de médias sociaux sont à la base de nos activités et nous avons dû nous y adapter. Dans le passé, vous aviez un agent qui le faisait pour vous. De nos jours, le photographe doit se vendre lui-même.

« Avec la photographie d’actualité, vous travaillez en grande partie pour une société financée par une organisation politique. »

 

4 août 2010 : Photographes travaillant sur le tournage de la série Gossip Girl à New York, USA. ©Phil Penman

Ta série sur les paparazzis m’a particulièrement marquée. Tu montres clairement à quel point ce travail est difficile. Est-ce pour cela que tu as fait ce projet, pour montrer la réalité de ce métier ?

C’était ma profession pendant longtemps et je peux sans aucun doute dire que ce sont les photographes qui travaillent le plus dur que vous rencontrerez dans votre vie. Ils vivent dans une société hypocrite où ils sont traités comme de la racaille et des animaux par les mêmes personnes qui achètent les magazines ou qui regardent les émissions qui paient et soutiennent cette industrie.

La plupart du contenu que vous voyez est contrôlé par la star et la plupart travaillent avec des photographes de célébrité dans la prise de vue et le contrôle de leur image publique. Il s’agit d’une industrie de plusieurs milliards de dollars et l’une des plus grandes exportations des États-Unis vers le monde.

« En tant que photographes, nous avons la responsabilité de montrer la vie telle qu’elle est. »

Bien sûr, il y aura des photographes qui vont trop s’emballer, mais j’ai vu cela dans toutes les industries dans lesquelles j’ai travaillé.

Avec la photographie d’actualité, vous travaillez en grande partie pour une société financée par une organisation politique. J’ai été témoin de cette situation et j’ai eu du mal à l’accepter. Vous entrez dans l’entreprise en voulant faire partie d’un combat juste et documenter la vérité, mais vous constatez ensuite que votre image est utilisée comme une incitation à la guerre ou pour un programme politique.

L’ensemble de l’œuvre devait montrer ce qui constitue une image.

Lorsque nous voyons ces images dans les magazines, nous ignorons que quelqu’un a dû passer deux semaines à attendre pour obtenir cette image.

©Phil Penman

À ton avis, est-ce là le but ultime de la photographie ? Restaurer une certaine vérité ?

J’aime la façon dont tu dis « Restaurer la vérité ! « J’espère vraiment qu’en tant que photographes, nous pouvons le faire.

C’est de plus en plus difficile à faire. En tant que photographes, nous avons la responsabilité de montrer la vie telle qu’elle est. Nous ne sommes pas ici pour donner un sens à ce que nous voulons transmettre.Cependant ce n’est pas vrai pour tous les types de photographie. Un artiste peut vouloir transmettre une vision ou quelque chose qui lui est cher.

Pour la photographie de rue, nous sommes ici pour documenter l’histoire et laisser le spectateur décider.

« Quand je ramassais des mégots de cigarettes sur le sol sous la pluie tout en balayant le sol d’un marché, je ne disais certainement pas « J’adore mon métier ». »

 

©Phil Penman

Quelle est la partie de ton travail que tu préfères ?

Pour être honnête, j’aime tout. Nous avons la chance de pouvoir gagner de l’argent en prenant des photos. Peu de gens peuvent dire qu’ils aiment vraiment ce qu’ils font. Quand je ramassais des mégots de cigarettes sur le sol sous la pluie tout en balayant le sol d’un marché, je ne disais certainement pas « J’adore mon métier ».

« N’ayez pas peur d’expérimenter et d’essayer de nouvelles choses […] »

Tu es l’un des photographes de rue les plus influents au monde. Quels conseils donnerais-tu à ceux qui voudraient suivre tes traces ?

Sors et prends des photos. Si vous aimez vraiment prendre des photos, la passion se manifestera dans votre travail. Nous avons tous des périodes de dépression où nous ne sommes sûrs de rien.

N’ayez pas peur d’expérimenter et d’essayer de nouvelles choses, certaines de mes images préférées ont été créées comme cela.

22 novembre 2013 : Paparazzis photographiant Kim Kardashian à New York, USA.
©Phil Penman

As-tu des projets en cours ou à venir dont tu peux nous parler ?

Je suis actuellement en train de préparer un livre sur les photographes de célébrités, ainsi que quelques projets en cours.

Ces dernières années, j’ai photographié la 42e Rue et toute la vie qui y circule, faisant de cet endroit un nid de diversité.

Vous pouvez retrouver le travail de Phil sur son site, et suivez le sur Instagram

Cet article à été initialement publié en anglais