Matthieu Liénart, réalisateur amphibien

Passionné de cinéma depuis le plus jeune âge, Matthieu Liénart nous parle ici de son dernier clip, réalisé entièrement sous l’eau pour le groupe Keys Zuna. L’occasion d’en savoir plus sur les coulisses d’un tournage atypique et de la place que tient la photographie dans le travail de réalisateur. 

Salut Matthieu, peux-tu te présenter ?

Je m’appelle Matthieu Liénart, je suis réalisateur en dernière année à l’École de la Cité du Cinéma. J’ai réalisé principalement des courts-métrages et du clip, ainsi que des films en Réalité Virtuelle.

« Depuis quelque temps j’avais cette idée de faire un film entièrement sous l’eau, comme si c’était un environnement normal pour les personnages. »

Qu’est-ce qui t’a poussé à te diriger vers la réalisation ?

J’ai commencé à faire des films à l’âge de 10 ans avec la caméra de mes parents sur cassette, j’ai continué à faire des films toute mon adolescence pour m’amuser. Ça s’est fait assez naturellement, en essayant de professionnaliser mon approche petit à petit. Je suis ensuite partie en Allemagne pendant deux ans où je me suis formé à la technique audiovisuelle, pour ensuite intégrer le cursus Réalisateur de l’École de la Cité, fondée par Luc Besson.

Le clip que tu as réalisé pour Keys Zuna a été tourné dans l’eau. Pourquoi ce choix ?

Depuis quelque temps j’avais cette idée de faire un film entièrement sous l’eau, comme si c’était un environnement normal pour les personnages. J’avais aussi des visuels forts en tête, des idées de cadre, de lumière et de couleurs, mais je n’avais pas encore de justification à tout ça.

« On savait que ça allait être compliqué de tourner sous l’eau, mais la réalité l’était encore plus ! »

Puis la scénariste du clip, Amélie Delamotte, m’a présenté le groupe Keys Zuna, qui avait composé cette musique planante qui correspondait parfaitement à l’atmosphère que j’avais en tête. On a ensuite écrit une histoire qui a permis de faire la liaison entre les sentiments du personnage, les visuels et la musique.

Quels défis as-tu rencontré pour ce clip ?

On savait que ça allait être compliqué de tourner sous l’eau, mais la réalité l’était encore plus !

Le film ayant été réalisé avec un micro-budget il a fallu s’adapter aux contraintes de production. Le premier défi a été de surmonter la température de l’eau, le clip a été tourné en décembre dans une piscine qui était à seulement 24 degrés, à cause de problèmes de chauffage l’eau refroidissait petit à petit. Nous avons donc dû réécrire l’histoire à la fin de la première journée pour tourner en deux jours au lieu de trois, car nous savions que nous ne pouvions pas tenir physiquement un jour de plus avec la chute de température dans la piscine. Nous avons donc simplifié l’histoire et au final, je l’aime beaucoup comme ça aussi !

« Concernant l’histoire, l’inspiration vient de la vraie vie, comme souvent. »

On se relayait au cadre avec la Chef Opératrice Mathilde Gaillard pour tenir dans le froid, et les comédiennes ont fait un travail incroyable pour avoir l’air naturel tout en étant en apnée.

Le deuxième défi était d’ordre technique, nous avons dû faire face à de nombreuses problématiques lors du premier jour de tournage, comme par exemple maintenir le décor en place dans l’eau, la gestion de la buée du caisson sous marin pour la caméra, et la difficulté de faire la mise au point sous l’eau. Heureusement on a rapidement appris à gérer ces problèmes, tout a bien fonctionné par la suite !

« Le clip étant muet il fallait tout raconter par l’image. »

Quelles-ont été tes inspirations ?

Je crois que l’idée est venue d’une scène de « Top Secret ! » de 1984, c’est une scène de comédie absurde de bagarre dans un saloon sous l’eau, je me suis dis que je pouvais utiliser la même idée pour raconter un autre genre d’histoire. Pour la lumière je me suis inspiré des essais de « L’enfer » d’Henri-Georges Clouzot. J’imagine que j’ai aussi été inconsciemment influencé par certains films que j’aime, comme ceux de Michel Gondry pour l’univers décalé fait de bout de ficelles, et notamment par la scène sous marine dans « L’Écume des jours ». Concernant l’histoire, l’inspiration vient de la vraie vie, comme souvent.

Qu’as-tu souhaité transmettre par la photographie de ce clip ?

Le clip étant muet il fallait tout raconter par l’image. La photographie du clip reflète donc l’intériorité et l’état d’esprit du personnage principal interprété par la talentueuse Audrey Giacomini, c’est un procédé basique mais lorsqu’elle s’ennuie chez elle au début l’image est terne, sans relief, puis lorsqu’elle sort dehors et qu’elle rencontre la femme en rouge interprétée par Rosanna Simioni c’est une débauche de couleurs et une lumière dansante totalement surréaliste.

Le cadre aussi reflète les sentiments du personnage, lorsqu’elles s’embrassent il n’y a plus de haut ni de bas, le cadre tourne avec elles pour qu’il n’y ai plus de repères dans l’espace et qu’elles soient juste dans leur bulle.

Il y a aussi quelque chose de très sensoriel dans la photographie à la fin du film, avec des plans au 100mm macro on a pu capturer les textures des robes et de la peau, pour retranscrire une sensation de toucher lorsqu’elles s’embrassent sous l’eau.

Quels conseils donnerais-tu à quelqu’un voulant se lancer dans la réalisation ?

C’est quelque chose qui s’apprend beaucoup par la pratique, les premiers films que l’on réalise sont souvent très mauvais, mais je crois que c’est nécessaire pour s’améliorer petit à petit.

Je remarque que lorsqu’on commence à réaliser, on est beaucoup à faire les même erreurs, l’une d’entre elle est de vouloir faire des films trop long dès le début, alors que pour un premier film il vaut mieux se concentrer sur un film de 3-5 minutes, avec une histoire très simple et une seule idée directrice, pour avoir le temps et les ressources de le faire bien.

« […] je conseillerais de prendre le temps avant de commencer le tournage pour vraiment réfléchir à chaque plan […] »

C’est quelque chose de très évident que j’ai appris tard, je conseillerais de prendre le temps avant de commencer le tournage pour vraiment réfléchir à chaque plan, chaque intention de jeu des comédiens, chaque élément de décor, au sens du cadre, de la focale, du mouvement et de la lumière, et comment cela sert le sens du film dans sa globalité, c’est un processus qui prend beaucoup de temps et c’est aussi pour ça qu’il vaut mieux privilégier un format court.

J’ai aussi remarqué que beaucoup de premiers films abordent les mêmes thématiques comme la mort, la dépression, la solitude… ces films sont souvent très clichés, ce sont des sujets très difficile à traiter, surtout pour un premier film. Je conseillerais d’éviter ces thématiques, et de parler de sujets qu’on connait, des sujets sur lesquels on a quelque chose d’original à raconter, avec sincérité.

As-tu d’autres projets en préparation dont tu peux nous parler ?

Je viens de tourner mon prochain court-métrage, qui est une comédie d’action burlesque/absurde où les déchets prennent vie et attaquent les gens. Un genre très différent de ce clip donc, mais qui m’amuse beaucoup aussi !

Il y a également mon prochain film en Réalité Virtuelle sur lequel je travaille, et d’autres projets en écriture !

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