Dans le monde de Charlotte Abramow

Coloré, poétique, intimiste… ce sont les adjectifs qui viennent naturellement quand on regarde le travail de Charlotte Abramow, jeune photographe Belge au parcours déjà impressionnant. Nous lui avons parlé de ses projets, son parcours, et de sa nouvelle casquette de réalisatrice. L’occasion d’en savoir plus sur cette artiste talentueuse à qui tout semble sourire.

Bonjour Charlotte, peux-tu te présenter pour ceux qui ne te connaitraient pas ?

Bonjour, je m’appelle Charlotte Abramow, j’ai 24 ans, je suis belge, j’habite à Paris, j’adore les courgettes. Je suis photographe et fraîchement réalisatrice.

« Je voudrais que mon travail soit diversifié mais toujours équilibré »

Comment a commencé ta passion pour la photographie ?

Un jour d’été à 13 ans, je m’ennuyais et j’ai été faire des photos de fleurs et de chats dans mon jardin. J’ai adoré le processus, le jeu du cadre. J’ai ensuite commencé à prendre mes amies en photos, puis à élaborer des histoires visuelles.

J’étais une adolescente qui photographiais d’autres adolescentes, d’égale à égale.J’ai fait la rencontre de Paolo Roversi lors d’un stage aux Rencontres d’Arles à 16 ans. Cette rencontre, l’ambiance de ce festival, cela m’a confortée dans l’idée de faire de cette passion un métier.Je me suis ensuite beaucoup entraînée seule de mon côté en parallèle du lycée, puis ai commencé quelques travaux commerciaux et éditoriaux en Belgique. À 19 ans, je suis partie à Paris pour étudier à Gobelins, l’école de l’image.

© Charlotte Abramow

Tu as une esthétique très reconnaissable, comment as-tu développé ton identité visuelle ?

Il y a un mélange d’instinct et de réflexion. Je suis plutôt exigeante avec moi-même. Je voudrais que mon travail soit diversifié mais toujours équilibré. Je travaille sur l’assemblage des choses par exemple sur la  mise en scène, la question du casting, l’attitude corporelle des modèles.Je tente d’être au plus proche de mes goûts, de mes intuitions et de ce qui m’interpelle. J’essaie d’être la plus juste possible.

Je suis évidemment inspirée par le surréalisme, aussi par certaines peintures abstraites.

« Je pars toujours du point de départ d’un thème qui m’inspire, ou d’une expérience de vie (…) »

J’ai réalisé notamment grâce à Magritte, le pouvoir des images. C’est une quête qui m’inspire beaucoup. Je trouve qu’une image esthétique a un certain pouvoir d’attraction. Dans mon travail, j’utilise souvent l’usage de la métaphore.

Les objets du quotidien sont régulièrement présents dans mes images car je trouve qu’ils nous raccrochent à une certaine réalité palpable.J’ai aussi les mêmes couleurs qui reviennent, un peu comme des couleurs de l’enfance : blanc, bleu ciel, jaune, rose,… J’aime que cela soit absurde, ou improbable.

Tu travailles beaucoup en série. Comment construis-tu un projet ? Comment trouves-tu tes idées ?

Je ne prends pas en photo des instants volés, j’élabore mes images en amont. Bien qu’un accident soit bienvenu pendant une image, j’essaie toujours de construire un propos visuel. La série permet aux gens de suivre un fil narratif, et de les amener dans une histoire ou un thème particulier. Faire connaissance avec certains personnages. C’est au final comme un article, un poème ou une chanson.

Il y a aussi une force dans les associations d’idées que permet la suite de plusieurs images, dans un ordre particulier.

« Souvent, c’est la perception des choses qui m’inspire. »

Je pars toujours du point de départ d’un thème qui m’inspire, ou d’une expérience de vie dont je voudrais ressortir quelque chose. Souvent, mettre en scène des éléments métaphoriques permet de mettre en avant une idée. Je traduis ensuite visuellement ce qui me vient en tête comme émotions ou impressions.

© Charlotte Abramow

Qu’est-ce qui t’inspire en général ?

Les étapes de la vie et notre manière de réagir face à elles, les sentiments, les états, certaines idées générales,… Souvent, c’est la perception des choses qui m’inspire.J’aime voir comment je peux retraduire une expérience vécue, comme une forme de digestion.Le passage à l’adolescence, la relation mère-fille, la sexualité féminine (à venir très prochainement)…  On peut en dire beaucoup par la mise en scène ou la direction des modèles. Le langage corporel est intéressant.

L’absurde est un mini-pétage de plomb qui me fascine et m’inspire constamment. Un moyen accessible de communiquer.

« Provoquer des émotions est pour moi la première définition de l’art. »

Tu abordes des thèmes profonds dans tes séries (le rapport au corps, la relation mère/fille, …). Que veux-tu transmettre à travers ton travail ?

C’est avant tout un témoignage, un point de vue, une interprétation personnelle et artistique. Si l’on prend l’exemple du « Projet Maurice », cela a été vraiment une thérapie pour moi. Tout ce que je souhaite c’est que cela apporte quelque chose aux gens.

De manière générale, je travaille à ce que mes images soient une invitation à relativiser, à comprendre ou réfléchir sur un sujet, à se questionner.

Angèle © Charlotte Abramow

Penses-tu que l’art en général se doit de parler de sujets de sociétés et/ou être engagé de quelque manière que ce soit ?

Je pense que l’art peut très bien ne pas être engagé. Provoquer des émotions est pour moi la première définition de l’art. Après, c’est toujours intéressant de voir des oeuvres engagées qui nous apprennent de nouvelles choses et nous interpellent sur des sujets de société.

J’ai eu, par exemple, un énorme coup de coeur pour Monsanto : une enquête photographique de Matthieu Asselin, ainsi que pour le projet Histoire de la misogynie de Laia Abril. Ces artistes parviennent à faire des oeuvres esthétiques avec un vrai fond et un vrai sujet, c’est très inspirant.

« (…) la vidéo est une découverte géniale et un nouveau moyen d’expression qui ouvre le champ des possibles. »

Tu as récemment réalisé le clip de la jeune chanteuse Angèle, qui cumule déjà plus de 2 millions de vues (!!). Donc un grand bravo déjà ! Est-ce que cela t’as donné envie de te lancer dans d’autres réalisations vidéo ?

Merci ! J’ai beaucoup aimé l’expérience. Nous avons en fait tourné deux clips d’affilée. Un nouveau clip avec Angèle sortira donc en janvier ! 🙂 J’ai d’autres projets également en vidéo dont je ne peux pas parler pour le moment… En tout cas, la vidéo est une découverte géniale et un nouveau moyen d’expression qui ouvre le champ des possibles. Je suis super contente !

J’imagine que tu as des projets en cours, tu peux nous en parler ?

« Projet Maurice » – un projet que je réalise sur mon père, 85 ans. Un livre est en cours d’élaboration! Je vais très bientôt faire une annonce concernant les avancées du projet.
http://projetmaurice.com

« Rencontres : They Love Trampoline » – en juin 2017, j’ai fait un tout premier voyage photo et ce fut une expérience fabuleuse. Les Îles Féroé ont quelque chose de surréaliste dans l’air. Une série photo va bientôt sortir, qui marquera le premier chapitre d’un grand projet de reportage, fingers crossed ! À suivre très prochainement.

« Untilteld / In progress »  – En collaboration avec mon amie et make-up artist Ophélie Secq, j’ai entamé en 2015 un projet sur la diversité des formes du corps féminin, une invitation à la curiosité et encore une fois le rapport au corps. C’est un projet qui va durer sur le long terme, je n’ai pas encore prévu de date de fin !(Mais qui que tu sois, si tu es une femme et que tu lis ces lignes, ok avec la nudité, tu peux m’envoyer des photos à contact@charlotteabramow.com 🙂 Je recherche des corps un peu atypiques… merci d’avance!)

« Il faut être passionné pour s’épanouir dans ce métier ! »

Laquelle de tes photos te représente le plus ?

À l’heure actuelle, j’ai beaucoup de nouvelles images qui ne sont pas encore sorties et j’ai hâte de les publier. Les photos à venir du « Projet Maurice » sont importantes pour moi.Je dirais que, pour le moment, la photographie qui me représente le plus est une image issue de la série « Métamorphosis » que j’ai réalisé en collaboration avec l’artiste végétal Duy Anh Nhan Duc. Elle parle de l’apparition de la puberté chez la fille, et dévoile un utérus avec ses trompes et ses ovaires.

Cette image voulait évoquer la prise de conscience de son propre corps, de ce qu’il se passe à l’intérieur de soi, et comprendre sa biologie de femme.

© Charlotte Abramow

Des conseils à donner aux jeunes photographes ?

Je leur conseillerais de ne pas se laisser abattre par les difficultés que comportent les débuts (et même la suite) de ce métier. Il faut y croire car au final, les barrières sont souvent celles qu’on se donne. J’ai été invitée au vernissage de l’exposition de Steve McCurry à Bruxelles, en présence du prestigieux photographe. Il nous parlé du fait que la timidité ne servait à rien, et qu’il fallait « rester curieux ». Cette rencontre m’a encouragée à partir faire ce voyage aux Îles Féroé.

C’est aussi valable pour la volonté, le fait d’avancer vers son but sans se laisser décourager ! Quand on travaille dur, on y arrive. C’est aussi bien d’être exigeant avec soi-même, il faut avoir un oeil critique sur son propre travail. Essayer que chaque nouvelle série photo soit une expression qui vous tienne à coeur. Être sélectif avec ses images. Il faut être passionné pour s’épanouir dans ce métier !

Mais foncez, vous avez tous votre mot à dire et votre vision du monde à apporter. À mes yeux, c’est l’épanouissement l’important, pas le succès.