Gilles Mercier, photographe humaniste

« La photographie ne peut pas changer le monde, mais elle peut montrer le monde, surtout quand le monde est en train de changer ». Le travail de Gilles Mercier est une belle illustration de cette citation de Marc Riboud. C’est avec sensibilité et délicatesse que Gilles met en lumière, dans nombreuses de ses séries, le quotidien de minorités et de communautés oubliées ou mal connues.
Il nous parle ici d’un projet beaucoup plus personnel, L’élégance de vos absences, un voyage dans la vie de son grand-père, commencé par son père, et autour duquel il a rassemblé d’autres créatifs.

Les débuts

J’ai découvert la photographie durant mes études de droit dans les années 95-97 à travers la pratique d’un ami étudiant qui  exposait fréquemment ses travaux de street photographie. J’ai été  frappé par cette proximité qui pouvait exister à travers ce médium et le sujet photographié, par le lyrisme qui pouvait s’en dégager.

« Photographe indépendant […], j’entendu parler d’une communauté de personnes atteintes de la lèpre vivant en quasi autarcie en Roumanie. »

J’ai alors investi dans un Nikkon FE2 doté d’un 35mm afin de pouvoir construire mon regard par ce prisme, découvrant en parallèle les travaux de Lee Friedlander, Garry Winogrand, d’Eugène Richard…

Après quelques expositions de sujets divers mais toujours autour de la street photographie, j’ai décidé de venir sur Paris afin de me perfectionner en  intégrant le milieu professionnel de l’image, en travaillant avec le collectif LUMEN ou l’agence Explorer par exemple.

Zona de Alb ©Gilles Mercier

Le premier reportage

Photographe indépendant travaillant pour la fondation Raoul Follereau, j’entendu parler d’une communauté de personnes atteintes de la lèpre vivant en quasi autarcie en Roumanie.

Instinctivement, je me suis emparé de quelques informations relatives à un premier déplacement, contactais des journalistes locaux travaillant pour Courier International afin d’avoir de plus amples informations complétant les articles de presse.

2 mois plus tard en 1999, mon avion atterrissait à Bucarest pour réaliser le premier volet du travail  ZONA DE ALB.

« Je les quittais profondément changé, avec l’intime conviction que mon souhait étais d’intervenir auprès des plus démunis en France. »

Zona de Alb ©Gilles Mercier

L’engagement personnel

En 1999, afin de déconstruire les barrières linguistiques et culturelles, je résiderai sur place durant plusieurs semaines afin de partager leur quotidien.

Nous partageons des repas, des parties de pêche, des moments plus intimes ou chaque regard, chaque geste évoque beaucoup plus que ces paroles déliées mais incompréhensibles à l’époque malgré nos échanges inter linguistiques français-allemand-anglais-russe.

Je les quittais profondément changé, avec l’intime conviction que mon souhait étais d’intervenir auprès des plus démunis en France.

« Je suis profondément touché par les hommes et femmes, qui vivent sous le joug de leur minorité sociale […] »

En 2016, je me décide enfin à poursuivre ce travail documentaire et retrouve certains des mes compagnons de route. Je retrouve les enfants de Théodore et je ne me pose plus de questions quant à ma place, mon rôle.

Je constate qu’avancées scientifiques et avancées sociales n’ont pas eu le même cheminement.

Soins, décès et inactivité meublent leur quotidien mais l’équipe médicale et technique sur site, au minima soit elle à ce jour, constitue le liant de leur vie sociale.

Les 14 derniers résidents sont intimement attachés à ce village qu’ils ont érigé et aucun ne se résous à abandonner ces terres à l’avenir incertain du fait de restrictions budgétaires et de la disparition de ces malades frappés de la vengeance divine. 

Ma Part Intacte ©Gilles Mercier

Les inspirations

Je suis profondément touché par les hommes et femmes, qui vivent sous le joug de leur minorité sociale et qui sont ou peuvent être oubliés dans leurs droits du fait de leur silence et pudeur.

J’ai récemment rencontré dans le cadre d’une mission (direction de résidence sociale) de jeunes adultes souffrant de schizophrénie. La soif de revendication de leur part intacte m’a immédiatement amené à monter des ateliers de libre paroles restitués sous forme de reportage photographique avec la fondation des Oeuvres Falleret.

« Le noir et blanc a ce côté malléable, tant en prise de vue qu’en post production et labo qui me fascine. »

Eprouvés par les traitements médicaux, ils sont néanmoins présents  au quotidien dans le cadre de chantiers espaces verts afin de rompre l’isolement qu’ils peuvent connaître,  afin de partager et communiquer, afin d’y trouver cadre et équilibre.

 À travers ce travail, j’ai souhaité illustrer la volonté dont ils font preuve afin de construire leur projets de vie, afin de devenir quelqu’un « d’ordinaire ». Ce travail retranscrit sans filtres leurs mots, leur regard sur leur maladie. 

Ma Part Intacte ©Gilles Mercier

Le choix du noir et blanc

Le noir et blanc a ce côté malléable, tant en prise de vue qu’en post production et labo qui me fascine. Par ailleurs, j’ai sans doute trop été influencé par les œuvres de différents photographes des années 40-70 😉

« J’ai récemment décidé d’ouvrir le manuscrit Capitaine « Maxime », que mon père me remit au crépuscule de sa vie. »

Mais je reste bien évidemment sensible à tout type d’approche, notamment celles de Bernard Plossu ou Bertrand Descamps et aucune porte n’est fermée . Je vais approcher les techniques mixtes prochainement dans le cadre du travail «L’élégance de vos absences » et construire une narration multiforme composée notamment de photographies noir et blanc et couleurs.

 

L’élégance de vos absences ©Gilles Mercier

L’élégance de vos absences

J’ai récemment décidé d’ouvrir le manuscrit Capitaine « Maxime », que mon père me remit au crépuscule de sa vie. Un essai dont le but est de retracer la vie du Capitaine Pierre Roger MERCIER « MAXIME », mon grand-père, officier de l’armée française puis chef régional des maquis d’Auvergne exécuté à Hartheim (Autriche) le 02/09/1944.

J’ai donc décidé de constituer une équipe artistique autour d’un travail de mémoire transmission avec la collaboration de Florent Bossard (illustrateur), Alexandre Liebert  et Yann Tissier (réalisateurs)

Afin de préparer ces documentaires qui  interrogeront la mémoire des lieux emblématiques ayant jalonné le parcours de Pierre Mercier, je me suis entouré d’historiens tel Fabrice Grenard ou encore Thomas Fontaine afin de pouvoir confronter de façon positive le récit familial au récit historique.

« Ce travail  d’écriture pluridisciplinaire […] sera un hommage aux «Oubliés de la mémoire» de la seconde guerre mondiale. »

Le premier Opus (réalisé en 2019) se déroulera à Compiègne, du fait du séjour de Pierre du   au  au camps de Royallieu, dont le mémorial nous apportera également son soutien et nous bénéficiions d’une résidence d’artiste avec le Centre Culturel de Namur aux Abattoirs de Bomel

L’élégance de vos absences ©Gilles Mercier

Ce travail s’efforcera ainsi de prendre le sentier d’une composition poétique désirant transmettre le questionnement autour de la mémoire collective, de la résilience.

Nous allons, sous forme de mosaïques, assembler les différentes formes d’écritures, photographies, archives, témoignage,  illustrations et vidéos. Je m’appuierai sur la photographie pour retranscrire l’émotion des lieux de mémoire en écho à la force symbolique des archives photographiques. Les correspondances apporteront de par leur intimité et authenticité un temps de pause, un rythme à ces différents tableaux d’une histoire familiale qui fait écho au contexte actuel  des familles victimes de conflits armés.

Ce travail  d’écriture pluridisciplinaire (photographies, vidéos, illustrations, enregistrements sonores) sera un hommage aux «Oubliés de la mémoire» de la seconde guerre mondiale. Mais pour cela nous devons mener à bien la campagne KissKissBankBank pour laquelle nous avons atteint 64% au 07/11.  Il nous reste à collecter 1600 euros avant le 22/11

Texte et images de Gilles Mercier

Vous pouvez découvrir le travail de Gilles sur son site, et soutenir son projet L’élégance de vos absences en vous rendant sur KissKissBankBank