Test de la bombe H, 1953

La simulation d'un massacre

Tout est silencieux, le désert orange et vert pâle se dessine à perte de vue, seul un léger sifflement du vent vient de temps à autre interrompre ce calme, comme si il ne pouvait le supporter.

Une vingtaine de soldats sont accroupis dans leur tranchée de sable, et derrière eux, une poignée de journalistes en parqua beige surmonte une petite colline.

Dans cette vaste étendue aride, on distingue au lointain quelques édifices ; ils sont rudimentaires, faits de bois ou de brique. À l’intérieur d’une maison, des mannequins de plastiques profitent d’un moment en famille ; la mère tricote, tandis que les enfants empilent des blocs de bois sur le tapis du salon.

Un haut-parleur se met à grésiller, avant d’entamer cette mélodie : « Ten, nine, eight, seven, six, five, four, three, two, one »

Soudainement, et sans un bruit, une lumière blanche émane. Ensuite, un fracas.

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En ce jour de l’année 1953, alors que la guerre froide avec l’union soviétique s’intensifie, un nouvel essai de la bombe H est orchestré par le gouvernement américain. L’explosion a lieu dans le désert du Nevada, comme des dizaines d’autres avant elle.

À vrai dire, entre l’année 1951 et 1992, 928 bombes nucléaires furent testées sur le NTS (Nevada Test Site). La majorité de ces explosions étaient souterraines, mais certaines furent déclenchées à la surface, afin d’observer l’impact d’une telle bombe sur son environnement.

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Le site de test du Nevada (NTS)

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Dans le but d’observer l’effet destructeur de la bombe, l’armée construisit un village tout entier, se situant à 3km du point de déflagration ; on y retrouvait des maisons en bois, d’autres en briques, et toutes équipées par du mobilier intérieur. La population, elle, était représentée par des mannequins aux mensurations humaines.

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« Une maison de bois avant l’exposion », NTS

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En 1955, lors d’une seconde expérience de ce type, le photographe Loomis Dean prit une série de clichés dans ce « village ». L’état du bâti, et des mannequins révèle la puissance du souffle, mais aussi son inégalité ; certains mannequins sont brûlés, d’autres démantibulés, et quelques-uns intacts, à peine renversés.

Officiellement, le but de ces tests en plein air était la protection civile ; les conséquences observées sur le « village » aurait pu donner naissance à des normes de sécurités spécifiques (dans la construction notamment)… Officieusement, ces essais servaient à mesurer l’impact de la bombe H sur une population civile, pour ensuite en améliorer l’effet destructeur.

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