Génération Tinder – Maxime Matthys

Cette série questionne la manière dont les jeunes (et les moins jeunes) interagissent au travers de leurs smartphones, et en particulier via Tinder.

« La rencontre est […] présentée comme un acte marchand puisque les utilisateurs font défiler des profils en ne regardant que des photos, et en cataloguant des hommes et des femmes selon leur degré d’attractivité. »

50 millions de membres actifs, plus de 20 milliards de matchs, 1,6 milliard de swipes (j’aime/j’aime pas) par jour… En cinq ans, Tinder a révolutionné le marché de la rencontre. Le photographe français Maxime Matthys s’est glissé dans l’intimité des accros parisiens.

Chloé, 21 ans, étudiante en psychologie. «J’ai décidé de m’inscrire sur Tinder suite à une rupture. Je ne trouve pas que ce soit très sain comme application, on juge beaucoup sur l’apparence, sur les photos et on lit très rarement les descriptions. (..) En fait c’est très économique comme principe. Tu sélectionnes qui tu veux, tu vires ce que tu veux pas, tu peux rencontrer des personnes virtuellement très rapidement. C’est malsain mais d’un autre côté on reste quand même dessus, ce qui est très étrange.»

Grégoire, 18 ans, étudiant en graphisme. «À la base Tinder c’était pour du sexe. Au départ c’est appréciable parce que ça permet de découvrir sa sexualité assez facilement, tu débarques chez quelqu’un sans même connaitre son prénom et tu fais ton affaire. Des fois quand je débarquais chez un inconnu, il était déjà nu alors qu’on ne se connaissait pas. Et puis je me suis lassé, c’est trop virtuel, même le sexe en devient virtuel. On devient des bouts de viande…»

Daisy, 27 ans, enseignante chercheuse. «J’ai téléchargé Tinder après avoir rompu avec mon mari. Ça faisait huit ans qu’on était ensemble, et j’avais l’impression d’avoir raté ma jeunesse. Du coup j’étais ouverte à tout ce qui arrivait, je voulais surtout rencontrer des gens car je venais d’arriver à Paris. (…) Au tout début j’étais complètement accro, je passais 5 à 6h par jour sur l’application. En l’utilisant, je me dis que le prochain mec sera plus beau, ou le prince charmant…»

William, 35 ans, Ingénieur. «J’utilise Tinder principalement chez moi, je regarde si il y a de nouveaux profils dans les environs, des nouveautés pour ne pas dire de la chair fraîche. Je pense que les applications changent la façon dont les gens se rencontrent, surtout pour les plus timides. Ça leur permet de faire la première approche beaucoup plus facilement et de ne pas se prendre de râteaux. Pour les autres, ça leur permet de trouver facilement des plans culs (…).»

Nastasia, 19 ans, étudiante en droit. «Ça doit faire deux ans que j’ai installé Tinder, c’était pour m’amuser pendant mes insomnies. Mais de fil en aiguille, j’ai fini par trouver mon copain sur l’application. On a du se rencontrer mi novembre, c’était un match parmi tant d’autres. (…) Je n’aurais jamais cru que je pourrais rencontrer mon copain sur Tinder. La plupart du temps, toutes les personnes qui passent sur ton écran sont des gros chiens en chaleur.»

Nicole, 45 ans, hôtesse de l’air. «Je suis devenue vachement accro à l’application. Je l’utilise pour rencontrer des mecs jeunes, autour de 20 ans, j’en rencontre environ 2 par mois. Tinder c’est un moyen assez facile de faire des rencontres, c’est un accélérateur je dirais. Ça nous donne l’illusion d’avoir accès à beaucoup plus de gens d’horizons différents. Quand je discute avec des filles de mon âge, je me rends compte qu’elles rencontrent presque personne, elles restent dans leur cercle social.»

Elodie, 24 ans, cherche du travail dans la mode. «Au début je trouvais ça hyper marrant d’avoir accès à plein de mecs comme dans un buffet à volonté. C’était donc un peu l’euphorie. J’étais hyper motivée en me disant que j’allais faire plein de rencontres, et puis on arrive vite à un stade ou on sait plus trop quoi dire, ça devient lassant. C’est assez déshumanisant parce que ça fausse la réalité. Dans la vraie vie, c’est pas parce que quelqu’un ne nous plait pas qu’on va le jeter à la poubelle. »

Martin, 22 ans, designer. «Je viens du Chili et j’avais déjà Tinder avant d’arriver en France. Je voulais trouver une colocation parce que je n’aime pas trop la solitude, mais je n’ai trouvé qu’un petit studio. Du coup comme je me sentais seul, j’ai commencé à utiliser Tinder pour rencontrer d’autres personnes, pas forcément pour coucher même si ça finit presque toujours par là. Je pense que Tinder est réel, c’est un espace virtuel mais il y a des êtres humains derrière les photos.»

 

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