Photographes portraitistes et photographes de nus, votre responsabilité est grande

Chroniques décalées d’une photographe en freelance

On devient rarement photographe pour l’influence qu’on aura sur les gens qui verront notre travail. Mais c’est une réalité, et il est important d’en avoir conscience. Chaque photographie que l’on voit est intégrée par notre cerveau, et chaque photographie véhicule une idée, un propos, qu’on en soit conscient ou non. Avant de réaliser une image ou de la retoucher, il paraît essentiel de se demander : quel message vais-je faire passer ?

« (…) je renvoie une image loin de la réalité à toutes les mères et futures mères qui ont éventuellement déjà des difficultés à accepter leur corps. »

Le problème se posant surtout dans la non diversité des messages que l’on diffuse. Par exemple, si je fais des photographies de grossesse et de naissance, et que toutes les femmes sur mes photographies sont blanches, ou bien ont une peau parfaite, le teint frais, le corps parfaitement lisse, ou alors si je retouche les bourrelets, les cernes, les vergetures, les rides, les poils, je renvoie une image loin de la réalité à toutes les mères et futures mères qui ont éventuellement déjà des difficultés à accepter leur corps.

Mais je dis aussi à celles qui ont posé pour moi et m’ont fait confiance qu’elles ne sont pas suffisamment belles naturellement pour que je publie les photos sans retouches.

« Il est important, je trouve, lorsqu’on choisit de photographier les gens, de représenter la diversité qui nous entoure »

C’est la même chose pour tous les types de photographies, allant du portrait au nu. Il est important, je trouve, lorsqu’on choisit de photographier les gens, de représenter la diversité qui nous entoure. Cela s’avère parfois plus difficile qu’il n’y paraît : j’ai remarqué que lorsque je lance des appels pour divers séries personnelles, la majorité (voire la totalité) des personnes qui se proposent sont des femmes, blanches, minces et épilées. Les mêmes que dans l’immense majorité des publicités qui nous entourent.

Il faut donc aller chercher les autres, ceux que l’on voit moins, ou pas du tout.

« (…) moins on leur donnera de la visibilité, moins ils auront l’idée de se proposer pour poser. »

La raison à cela est un cercle vicieux très simple, et je pense que c’est aux photographes de décider d’en sortir : moins on verra d’hommes nus, de femmes poilues, ridées, de personnes racisées, grosses, de personnes trans, moins on leur donnera de la visibilité, moins ils auront l’idée de se proposer pour poser.

La mannequin Deddeh Howard en parle mieux que moi. Elle a lancé « Black Mirror », un projet qui dénonce le manque de diversité dans la pub, en collaboration avec le photographe Raffael Dickreuter. “Ce qui m’a toujours dérangée, c’est de voir ces incroyables photos dans lesquelles on trouve très rarement des femmes noires. Une visibilité plus grande et plus égalitaire de toutes les races, qu’elles soient blanche, asiatique, latino, etc. pourrait nous aider à croire en notre potentiel.”, peut-on lire sur son blog.

« on peut difficilement espérer une spectaculaire amélioration de la diversité dans la publicité »

Alors que le ministère de la Santé vient d’annoncer que, dès le 1er octobre, chaque cliché modifié afin d’affiner ou d’épaissir la silhouette devra obligatoirement être accompagné de la mention « photographie retouchée », on peut difficilement espérer une spectaculaire amélioration de la diversité dans la publicité : à nous, photographes publiant notre travail, qui, inévitablement, influence et inspire, de donner de la place aux invisibilisé.e.s.