Le quotidien d’une photographe au milieu du XXème siècle

Chronique décalée d’une photographe en freelance

Rien n’est plus commun aujourd’hui que la photographie : dans la rue, partout autour de nous, sa pratique est également largement répandue dans la population. Pourtant, la photographie numérique a été accueillie avec beaucoup de suspicion au début des années 1990 : pour de nombreux intellectuels, il est impensable que cet instrument puisse se substituer à l’argentique. Et, avant cela, la photographie analogique a elle-même longtemps été dépréciée et sous-considérée, face à la peinture et aux autres formes d’art.

J’ai voulu imaginer ce qu’aurait été mon quotidien si j’avais choisi le même métier au siècle dernier.

8h

– À l’arrière de ma boutique, je prépare les bains révélateur, d’arrêt, et fixateur pour développer mes pellicules de la veille, ainsi que toutes celles des clients qui m’ont déposé les leur.

8h12

– Je me fais un café bien fort, car les vapeurs chimiques dès le matin, c’est pas trop ma tasse de thé.

10h45

– J’ai fini de développer toutes les pellicules. Pendant elles sèchent, j’accueille mes premiers clients : un couple de jeunes parents qui viennent faire une photographie de leur nouveau né. Ils sont très surpris que je sois une femme. J’ai disposé pour l’enfant une peau de mouton sur la table de mon studio, car c’est comme cela qu’on fait.

11h30

Cela fait 7 ans maintenant que la carte d’identité est instaurée, rendant le portrait photographique obligatoire. J’effectue trois portraits d’identité officiels aujourd’hui.

15h

– Je tire le portrait de jeunes mariés. Ils ont parcouru 15 kilomètres en vélo, avec leurs habits de mariage sur le porte-bagages, pour se rendre dans mon studio.

17h

– En plus de mes 5 séances photo, j’ai vendu 3 appareils photo et 18 pellicules aujourd’hui.

17h13

– Je prépare un stock de pellicules neuves car demain, je pars faire du porte-à-porte dans les campagnes alentours. Il n’y a pas beaucoup de photographes ambulants ici, alors, la plupart du temps, les artisans, les paysans, et les maîtresses des écoles avec leurs enfants, me commandent une photographie.

18h30

– Je vérifie que les tirages dans ma vitrine sont toujours bien disposées, puis ferme boutique.