Wayne Gudmundson : l’attraction des paysages

Dans un sens classique, le mot ‘paysages’ fait penser aux images de ces vues pittoresques, de scènes rurales, et de panoramas sans limites. Le photographe Wayne Gudmundson voit plus loin que cette définition simpliste et utilise la photographie de paysage pour explorer son histoire personnelle et géographique.

Dans un sens classique, le mot ‘paysages’ fait penser aux images de ces vues pittoresques, de scènes rurales, et de panoramas sans limites. Le photographe Wayne Gudmundson voit plus loin que cette définition simpliste et utilise la photographie de paysage pour explorer son histoire personnelle et géographique. Pendant des décennies il a examiné visuellement comment les paysages peuvent représenter les générations du passé, du présent et du futur. Après une rétrospective en 2007 et un documentaire à la télévision en 2009, il nous explique la variété des aspects photographiques, et ses influences littéraires pour l’organisation d’une exposition.

Pourquoi et comment avez-vous commencé à photographier ?

J’étais dans la marine, stationné au Guam sans rien à faire.  C’était possible d’acheter à un bon prix des appareils photo et audio. Je n’avais pas beaucoup d’argent à ce moment, donc j’ai acheté un 35mm télémétrique, un Petri.  Un ami à moi prenait des photos avec un Nikon 35mm et il m’a montré comment mon appareil marchait.

“Je sais me servir d’un appareil photo, mais je le pointe vers quoi ? Quoi prendre exactement en photo ?”

Je m’en souviens, c’était le matin de Pâques et j’ai dormi chez des amis qui travaillaient comme gardes à la sécurité d’un hôpital annexe sur la plage d’Asan. J’ai mis une pellicule couleur dans l’appareil, je suis sorti sur la plage et je m’en souviens très bien, comme une pensée profonde, je me suis dit : je sais me servir d’un appareil photo, mais je le pointe vers quoi ? Quoi prendre exactement en photo ? C’est toujours la grande question.

Wayne Gudmundson Photography
Ditch

J’ai un autre souvenir très clair. J’étais dans le navire à mon bureau en train de regarder un magazine de photo assez connu. J’ai vu un article sur un lieu appelé « Centre pour l’œil » à Aspen, au Colorado. Il y avait une photo de trois ou quatre jeunes gens, tous assis, très décontractés, en train de boire un verre et discuter de photographie. Et puis, il y avait moi avec 1000 hommes, tous habillés de la même manière, assis sur une île chaude et humide dans le Pacifique du Sud.  Je me suis dit : quand je sors d’ici, j’y vais directement.
Donc, j’ai eu une « sortie accélérée » de la marine pour aller à l’université – je suis sorti 90 jours en avance. Je suis allé à Aspen et je me suis inscrit à mon premier cours de photo. J’ai passé l’hiver de 1972 à Aspen où j’ai rencontré Peter deLory. En 10 minutes, il a réglé chaque luxmètre et il a demandé si nous savions comment utiliser nos appareils. Jusqu’à ce moment, je pensais que c’était tout ce qui comptait : comment marchent les appareils et les luxmètres. Et puis il a dit « Parlons de la photographie alors. »

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Swirls

Quelle est la différence entre « prendre une photo » et « créer de l’art » ?

Je réfléchis moins sur ce sujet maintenant, mais il y a eu une époque où j’étais un militant de cette question. Je suis moins passionné par cette différence aujourd’hui. En bref, prendre une photo est une action plutôt passive et désinvolte. Faire de l’art, suggère une participation plus active à ce que vous voyez. Qu’est-ce que je regarde ? C’est une compréhension cérébrale du sujet littéral mais votre réponse est beaucoup plus créative. Il s’agit d’une réponse informée par une compréhension de ce que vous voyez.

Comment faites-vous les images grand format ?

“Il y a de bonnes pommes et de bonnes oranges – il se trouve que je préfère une bonne orange.”

J’ai pensé qu’avec la photographie numérique, à un certain moment j’aurais commencé à tirer les photos de cette manière. Mais je me rends compte que depuis toujours j’aime vraiment faire les tirages moi-même. Il y a aussi une qualité différente. C’est un peu comme des pommes et des oranges. Il y a de bonnes pommes et de bonnes oranges – il se trouve que je préfère une bonne orange.

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Askja

J’utilise un appareil 4 x 5 et des films T-MAX 100.  Je les développe pour avoir un négatif aussi fin que possible. Je peux faire un ou peut-être deux tirages par jour si je travaille bien.
C’est du boulot, donc j’ai pris un assistant, il y a 5 ans. Il m’aide avec les grands formats. J’ai deux salles noires. Dans une je développe tous mes négatifs et je peux les tirer jusqu’au 16 x 20 pouces (40x50cm). Ce sont tous des papiers fibre, de qualité archive, avec un timbre sélénium. Donc ils vont durer le plus longtemps possible. Ça, ce ne sont que les tirages classiques en argentique.

J’ai commencé mes grands formats par un voyage à Boston pour travailler avec un maitre imprimeur. J’ai observé sa façon de créer de grandes images et quand je suis rentré chez moi, je les ai regardées et j’ai réfléchi. Ce n’était pas le même résultat que ce que j’aurais fait chez moi. Donc, j’ai pensé comment je voulais les faire et j’en ai parlé avec mes amis photographes pour améliorer mes idées.  J’ai construit une salle noire d’environ 22 x 22 feet (40 mètres carré) dans notre maison d’été. L’appareil d’agrandissement est monté sur le mur et je projette les images sur le sol.
Les images en grand format font 30 x 42 pouces (76×106 cm) et j’achète le papier dans les rouleaux de 100 feet (30 mètres) par 48 pouces (122 cm).  Je le déroule et je le coupe.  J’ai fabriqué un chevalet et des bacs de développement.  Je n’ai pas assez d’espace pour des plateaux énormes, donc j’utilise une technique qui consiste à rouler le papier dans la chimie et de le porter jusqu’au prochain bac. La marge d’erreur devient de plus en plus petite parce que s’il y a le moindre défaut, il va être élargi.

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Gardar

Comment s’est passée votre transition entre l’argentique et le numérique ?

C’est difficile de parler de transition à mi-chemin, parce que c’est là où je suis. Je donne mon premier cours de numérique ce semestre. Ça m’oblige à apprendre un peu et ce n’est pas une mauvaise chose. D’un point de vue académique, le rythme de ces cours va être différent, mais je vais enseigner cette technologie de la même façon que j’ai toujours enseigné l’argentique.

Avez-vous une approche spécifique pour enseigner ?

“L’art doit être influencé – il ne peut pas marcher dans le vide.”

Je dis aux étudiants qu’apprendre et être photographe, c’est similaire à un poète et son ordinateur.  Il faut maitriser les aspects techniques pour écrire un poème.  Si vous n’arrivez pas à maitriser la technique, vous ne pouvez pas transmettre vos pensées et vos sentiments. Les poètes ne parlent pas de leur ordinateur – ils parlent de la poésie. C’est ça qui est important. Le reste n’est qu’un moyen de distribuer votre travail.

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Verendrye

L’autre chose que je dis aux étudiants, c’est que l’histoire de la photographie et l’histoire de notre culture sont extrêmement importantes. C’est comme un cours de littérature anglaise : on pense qu’on va lire les œuvres des gens qui ont fait les grandes contributions à la littérature. C’est pareil pour la photographie : nous sommes des individus mais nous avons tous une histoire où ces choses sont référencées. Vous choisissez une position et vous faites des déclarations, mais il faut être conscient de notre passé. L’art doit être influencé – il ne peut pas marcher dans le vide.

Quel est votre attachement photographique au Dakota du Nord et à l’Islande ?

Au début je ne savais même pas. J’ai commencé à photographier le paysage en faisant un projet documentaire au nord-ouest du Dakota du Nord. Nous avons photographié un barrage flottant et nous avons eu une expo. Ensuite, il y avait un livre sur les marques et les tombes des Allemands-Russes au Dakota du Nord et j’ai trouvé tout cela très intéressant. J’ai appris à aimer l’idée de faire des images simples qui concernent la composition et la forme. Doucement, j’ai réfléchi de plus en plus à ce lieu comme « un chez moi », et comment mes ancêtres l’ont découvert.

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Embarrass Township

Je me suis attaché à un élément très important : les gens qui sont arrivés là avant moi. Wallace Stegner est un écrivain du Canada qui a écrit « Wolf Willow ». Il a vécu sur les plaines et il a écrit ce livre pendant ses années de formation. Exposer un enfant à un paysage particulier, à un moment spécifique, et il va se remémorer ces formes jusqu’à sa mort. Pour quelques personnes, qui ont été exposé, il leur reste une empreinte. Le paysage vous appartient et tous les autres paysages sont comparés au vôtre. Donc, s’il y a une empreinte, comme je pense qu’il y en a chez certaines personnes, il y a aussi un lien entre nous et l’espace. C’est possible que cette empreinte puisse être donnée à quelqu’un d’autre, je ne sais pas. Mais qu’importe, il y a un lien. D’un côté, ces pensées sont alimentées par mes intérêts. Mon travail en Islande n’était pas difficile à mettre en place, parce que j’ai des ancêtres islandais que j’ai pu rejoindre.

Quels sont vos projets actuellement ?

Mon projet aujourd’hui s’intitule « A song for Liv » (Une chanson pour Liv) Je travaille dessus depuis 1993 et j’ai fait plusieurs interprétations. Enfin, c’est presque fini. Ce sera mon dixième livre.
Essentiellement, ce sont les extraits de mon journal de voyage mélangé avec mes recherches, mes pensées sur un lieu, le paysage et ma famille. Ces extraits sont juxtaposés à une photo prise du lieu.
Pendant cette période, j’ai fait un cercle complet. J’ai fait plusieurs voyages en Islande, au Canada, aux Iles Faros, en Irlande, en Angleterre, et en Écosse.  Et puis mon dernier voyage, il y a deux étés, c’était en Norvège. Je suis remonté aux origines de ma famille jusqu’à 825 après J.-C., à un homme qui s’appelait Grimmur Kamban. Il était un des premiers colons sur les Iles Faros. Il est à 28 générations de moi. Je n’ai pas documenté chaque ancêtre, j’ai plutôt choisi les lieux où je pouvais prendre le plus d’information.

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South of Mount Herdubreid

Ici, mes intérêts du paysage viennent d’un livre de Bruce Chatwin: « Song Lines ». Il a écrit sur les aborigènes d’Australie. C’est un peuple nomade qui crée des chansons pour documenter ses voyages. La chanson parle de la topographie de la terre et l’aspect physique du paysage. Ils marchent pendant trois jours et ils arrivent à une rivière, ils traversent la rivière, ils approchent une montagne – c’est une carte de route.
Il y a aussi des notes personnelles mélangées avec la description objective du lieu, comme tel et tel personne s’est cassé une jambe, un enfant est né, quelqu’un meurt, etc. C’est une carte de leur sens du lieu. Ces peuples pensaient que le paysage meurt si la chanson n’est pas chantée. Ceci implique que c’est notre obligation de chanter la chanson. Notre chanson, c’est aussi notre histoire, notre carte et c’est important de la donner aux autres – et moi à ma fille.

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Near Fargo

Que signifie pour vous d’être photographe et écrivain pour ce projet ?

Pour moi, être écrivain est une nouvelle expérience et un challenge.
J’ai fait deux livres avec un poète, Mark Vinz, qui réunissaient mes photos groupées avec ses poèmes. J’ai toujours aimé la poésie parce que je vois qu’elle fonctionne dans le même sens que la photographie. Il y a un temps limité pour faire l’image et les subtilités au-dedans. Les deux sont des moyens de faire des images singulières mais avec plusieurs niveaux. Pour ces livres avec Mark, j’ai lu tout ses poèmes et j’ai mis toutes mes photos devant moi, et puis j’ai fait des regroupements.

Je suis intéressé par l’idée que ma photographie ne fait pas qu’illustrer des lieux, pas que ce soit la même chose. Comment faire une paire d’une photographie et d’un poème ? Vous ne voulez pas montrer une photo d’une pomme à côté d’un poème qui dit « Voici une pomme ». Entre la photo et le poème, c’est mieux qu’il existe une distance avec un niveau de résonance entre les deux pour qu’ils puissent jouer ensemble, pour avoir une synergie, pour avoir quelque chose de plus grand que prévu. Donc, peut-être il y a une dissonance, une harmonie, ou peut-être vont-ils dans une direction similaire. Parfois, ils semblent distants et sombres mais il y a toujours un lien. Ce n’est pas toujours un lien explicite.

Wayne Gudmundson Photography
Jokulsarlon

Comment choisissiez-vous les photographies pour une exposition ?

Vous prenez une photo, qui peut avoir un sens et qui peut-être une seule image.  Puis, vous prenez une deuxième photo et la placez à côté de la première.  Il est impossible de ne pas faire un rapport entre les deux. L’homme doit faire un lien entre deux photos vues ensemble. Donc il y a un lien d’une photo à la suivante : nous avons photo 1 et photo 2, et puis on dirait que la lettre A, c’est le rapport entre 1 et 2. Maintenant, nous avons trois images sur le mur.
Ensuite, vous mettez la troisième photo au mur et vous avez le rapport entre 1 et 2, appelé A, et le rapport entre 2 et 3, on l’appelle B. Mais, il ne faut pas oublier que maintenant il y a aussi le rapport entre A et B, donc les possibilités deviennent très intéressantes.
Si vous avez une petite expo, vous mettez les photos au mur (dans notre culture c’est de la gauche à la droite) et ça peut devenir une partition de musique. La musique peut devenir forte ou douce ou avoir une sorte de point culminant.  Il peut y avoir des motifs.  Et ça, c’est une expo photographique.

Wayne Gudmundson Photography
Campsite in Drekagil Askja

Et la sélection des photographies pour un livre, en quoi cela est-il différent ?

Un livre, c’est un autre animal. Au lieu de regarder un mur, vous le tenez dans vos mains. C’est beaucoup plus intime. Il y a une image à gauche et une à droite et un rapport entre les deux. Vous pouvez feuilleter, comme dans une expo, et il y a une continuation. Par contre, chaque fois que vous tournez une page, vous aller remarquer la photo à droite en premier.  Donc, l’ordre n’est pas 1 2 3 4, mais plutôt 1 2 4 3… c’est autre chose.

Faire un livre et une exposition, c’est intéressant parce qu’il y a des problèmes amusants à résoudre et jouer les uns contre les autres. D’une façon créative, tout ça garde mon intérêt. Je respecte et adore l’expo d’art mais je m’intéresse aussi aux livres comme forme d’art. Un livre, comme une photo, a ses propres propriétés : la sensation du papier, la qualité d’imprimerie, la qualité des scans, la typographie, et tous les autres sujets.  C’est beaucoup plus complexe.

Wayne Gudmundson Photography
East of Abercrombie

Vous habitez dans la petite ville de Moorhead, au Minnesota.  En tant qu’artiste, comment trouvez vous une communauté photographique dans des lieux si petits ?

Au début, ma femme et moi, nous avons travaillé dans un atelier commun où nous avons rencontré d’autres jeunes artistes.  Nous avions environ la trentaine. Il y avait 8 où 10 jeunes photographes. Chacun de nous a contribué de 100 dollars et puis tous ensemble nous avons décidé quel photographe nous voulions inviter pour passer du temps avec nous, comme Peter deLory, Frank Gohlke, Wes Disney, Gary Halman, Charles Harbit, Chris Cardoza.
Nous prenions des congés pour nous immerger avec ce seul photographe, qui était plus chevronné et plus connu que nous évidemment. C’était génial parce que normalement, j’étais l’organisateur, donc ces photographes restaient chez nous. J’avais la chance de mieux connaître ces gens.
Un de ces photographes, Pete deLory, était mon mentor à Aspen, Colorado. Il est venu et c’était bien de lui montrer mon travail. Peter à recommandé Frank Gohlke. Frank est venu en ’79 ou ’78 pour un stage et depuis, il est devenu un mentor et un ami proche que je vois régulièrement.  C’était un moyen de construire une communauté artistique où elle n’existait pas avant.

La chaîne de télévision « Prairie Public Television » est en train de faire un documentaire sur votre travail. Comment est-ce arrivé… ?

J’ai fait une rétrospective sur mon travail avec le Plains Art Museum pendant cinq ans. En œuvrant avec le conservateur Rusty Freeman, j’ai eu la chance de vraiment comprendre comment mon travail fonctionne : regarder plus de 35 ans de photos, voir le vrai contenu de mes œuvres. Il m’a posé des questions difficiles à répondre, et j’ai dû lui expliquer ce travail.

Wayne Gudmundson Photography
Reclining Nude

Dans ce processus, j’ai fini par diviser mon œuvre en six catégories. Il y a le travail du début, influencé par Edward Weston, Minor White, et Paul Capenegro. Je crois qu’il était orienté par une considération formelle de l’espace, avec un peu de mysticisme. La deuxième partie traite d’une idée prise d’une phrase que Frank Gohlke m’a dit dans un atelier une fois : « Tu es une personne avec beaucoup d’humour, mais je vois très peu de ça dans ton travail ». Son commentaire m’a vraiment fait réfléchir.
Si notre photographie est une réflexion sur nous même, la mienne ne me représentait pas bien. Cet après-midi là, je suis sorti et j’ai photographié un chien en train de pisser sur ma Volvo. La plaque d’immatriculation était EEZE (aise) et un vieux labrador noir avec une jambe levée et des yeux qui me regardaient fixement. Et j’ai pensé, ceci est une photo rigolote.

Après ça, j’ai crée un groupe de photos qui traitaient des curiosités. Je ne dirais pas « de l’humour », parce que à chacun a son propre humour, mais c’étaient des événements assez curieux quand même.

Wayne Gudmundson Photography
Dog and Volvo

Ensuite, en 1981 quand j’ai trouvé une chambre grand format, j’ai commencé à photographier les paysages du Dakota du Nord. J’ai réalisé projet après projet parce que j’avais besoin d’une échéance pour avancer.  Je me suis rendu compte que j’aime vraiment les paysages, donc j’ai fait le livre « A Long Way to See ». Après ça, j’ai fait un livre sur les bâtiments finnois en rondin, au nord du Minnesota, et puis quelques livres sur la poésie et la photographie… et j’ai aussi travaillé avec un photographe islandais. Ma rétrospective au musée était la compilation de tout ça.

Un jour, j’ai eu l’opportunité d’expliquer mon travail au directeur du Conseil des Arts du Dakota du Nord. Elle était intéressée par le fait que j’étais né au Dakota du Nord et que j’ai photographié presque exclusivement ce même état. Elle s’intéressait surtout à mon travail comme celui d’un artiste du Dakota du Nord ; je ne me pense pas moi-même comme ça, mais ça peut être vrai.
Après ce rendez-vous, elle m’a aidé avec une bourse, une expo et un livre. Dans un an l’expo va partir pour Reykjavik et Bismark, la capitale du Dakota du Nord.

En même temps que tout ça se passe, Public Television m’a téléphoné pour me demander si je voulais être leur premier documentaire sur un artiste du Dakota du Nord. Ils ont dit : « Nous voulons vous suivre en train de photographier et récapituler votre vie de photographe. » J’étais flatté et j’ai dit oui et puis je leur ai expliqué que j’ai beaucoup photographié l’Islande.  Ils ont dit, « Alors, on va en Islande ».  Et voilà, le voyage en Islande, un de mes lieux préféré au monde, était prévu dans leur budget.
Ma fille, Liv, travaillait à Reykjavik cet été là. Elle a pris des congés pour voyager avec nous.  Ensuite, nous avons eu besoin d’une voiture tout terrain et la louer était affreusement cher. Donc, j’ai dit que mon ami Gudmundur avait une voiture, comme ça peut-être qu’il pouvait faire une pause dans ses projets de commerce et être notre guide. Enfin, c’était devenu un voyage en famille.

Wayne Gudmundson Photography
Solstice on the Arctic Ocean

Nous avons voyagé tout autour de l’Islande, aux endroits que je voulais voir.  Ma fille était là et je travaillais sur mon projet, sur ces paysages ancestraux, donc c’était sous-jacent au contexte du voyage. Ensuite, je voulais voir mon ami, Bill Holm, avec qui j’ai fait quelques projets divers. Ainsi nous sommes allés à Hofsós pour l’interviewer. Il venait de finir son livre « Les fenêtres de Brimness », Brimness étant le nom de sa maison à Hofsós. Je crois que c’est la seule interview faite dans sa maison d’été.

C’était un voyage incroyable – il faisait très beau et j’ai fait plusieurs photos. Nous sommes revenus de ce long périple et cet hiver a été plus dur pour moi. Plusieurs choses se sont passées, concernant ma santé personnelle et la mort de ma mère. Le jour où nous l’avons enterrée, j’ai eu la nouvelles que Bill Holm était mort.
Quelques semaines plus tard, Public Television m’a téléphoné pour dire qu’ils ont eu des belles images de Bill en parlant de sa poésie en Islande. Ils m’ont demandé : « Voulez-vous narrer le passage sur Bill ? » Bien sûr, j’ai répondu que oui. Ce sera un documentaire « spécial » de 30 minutes.

En même temps, ils ont eu beaucoup d’images de ma fille et de moi, dans ces lieux et paysages ancestraux. Donc, ils vont faire trois documentaires au total. L’expérience m’a donné l’opportunité de finir indirectement un projet que Bill et moi, nous étions en train de faire, mais que nous n’avions jamais fini.
Tout ce que je fais en général est un peu entremêlé, et parfois comme ce reportage, une chose que je n’ai pas vraiment initié. Une chose en a suivie une autre, et c’est très satisfaisant.

Propos recueillis et traduits de l’anglais par LG & RD

Lien vers le site du photographe Wayne Gudmundson