Valerio Geraci, photographe Italien amoureux des Etats-Unis

Valerio a un réel talent pour capter les atmosphères et associer les couleurs. Ses images sont cinématographiques et semblent venir d’un autre temps. Sa série sur l’Amérique nous emmène dans un voyage rempli de douceur, de visages intrigants, de coucher de soleil, de néons… et fait travailler notre imagination. 

Salut Valerio, peux-tu te présenter pour ceux qui ne te connaîtraient pas ?

Salut, j’ai 29 ans, je suis Italien et je vis à Paris. J’ai un master de droit, et après avoir travaillé dans un cabinet d’avocat, j’ai décidé de suivre mon rêve de devenir photographe. J’ai donc étudié la photo à Paris, où je vis et travaille en ce moment.

©Valerio Geraci

Quand ta passion pour la photographie a t-elle commencé ?

Depuis que je suis enfant, je m’intéresse à ce à quoi le monde ressemble lorsqu’il est photographié, ce qui est très différent de la manière dont on le voit à l’oeil nu. J’étais stupéfait de voir comment le même objet apparaissait différemment en fonction de la lumière et du point de vue.

Si je dois choisir un moment précis, ce serait une après-midi, il y a 10 ans, j’étudiais, assis à mon bureau, et mon attention a été attirée par la lumière du soleil sur un taille-crayon. J’avais un appareil numérique et j’ai commencé à prendre des photos du taille-crayon et des autres objets sur le bureau. A ce moment là, j’ai eu le sentiment de créer quelque chose grâce à mes yeux et à mon appareil.

©Valerio Geraci

Comment a commencé ta série sur les Etats-Unis ?

L’Amérique est aussi une passion qui remonte à mon enfance. Quand j’avais 8 ou 9 ans, j’étais déjà victime du « soft power » américain. J’adorais les films, les comics, la musique et je rêvais de traverser ce pays, d’y voir ses grandes villes ainsi que sa nature. Cette passion s’est développée sur plusieurs années, avec la découverte d’écrivains et de photographes américains qui allaient avec mon intérêt pour l’Histoire et la politique.
J’ai fait un premier road trip en 2011 et j’ai toujours voulu y retourner depuis. Cela a été possible en 2016 et maintenant, j’y retourne dès que j’en ai l’occasion car je ne me lasse pas de ce pays.

©Valerio Geraci

Tu savais où tu voulais aller exactement ou tu as suivi ton instinct ?

A chaque fois que j’y vais, je prends juste mes billets aller-retour et je loue une voiture. J’ai une idée de là où je veux aller mais je ne sais pas précisément ce qu’il y aura entre mes deux avions.

Par exemple, au début d’un voyage qui devait être dans le Sud-Ouest, j’ai décidé de faire un détour vers le Wyoming, le Nebraska et Dakota du Sud. Ces endroits m’ont charmé par leur atmosphère, leur histoire, et quand je suis retourné en Europe, je me suis beaucoup renseigné sur eux et j’ai commencé à organiser le prochain voyage dans les Grandes Plaines. En général, j’essaye d’éviter les grandes villes et reste dans les petites communautés.

Quels sujets attirent ton oeil ?

Je crois que la première chose qui frappe mon oeil d’Européen quand je vais aux Etats-Unis c’est l’étendue des paysages et du ciel. Ces derniers temps je me suis plus intéressé aux gens et à leurs histoires. Presque tous les gens que j’ai rencontré étaient très sympa et amicaux, prêts à me parler d’eux et de leurs vies. Ça m’intéresse beaucoup, surtout avec les gens vivants dans des petites villes et des communautés rurales.

©Valerio Geraci

 

Qu’espères-tu communiquer à travers tes images ?

Ce que j’essaye de transmettre c’est l’atmosphère de ces endroits, au moment précis où j’appuie sur le déclencheur. Je pense que l’important dans une image ce n’est pas ce que le photographe essaye de dire, mais ce que le spectateur voit quand il observe l’image. Ça peut être très différent, même l’opposé de ce que le photographe veut communiquer. C’est tellement fascinant.

Tu m’as dit que tu travaillais principalement à l’argentique. Pourquoi ce choix ?

Je crois que photographier à l’argentique est un peu comme écouter de la musique sur vinyle. J’aime le résultat que donne l’argentique comparé au digital : la texture, les couleurs, le grain et, parfois, les défauts du film. Tout est là, comme votre oeil l’a vu, pas besoin de retoucher. De plus, vu le prix des films pour moyens formats, vous avez un nombre limité de prises de vues.
Cela demande un processus de réflection très strict avant de prendre une photo. Parfois, je me retrouve à chercher le bon cadrage pendant plusieurs minutes, puis je me rends compte que ça ne vaut pas une photo.

©Valerio Geraci

Qu’est ce qu’il y a en Amérique que tu ne trouves pas à Paris ou en Italie ?

Comme je l’ai dit, cela fait des années que je m’intéresse aux Etats-Unis et à leur histoire, malgré les critiques qui disent que le continent américain n’a pas d’histoire comparé à notre vieille Europe ( je ne suis pas d’accord avec ça, sachant que les premiers vestiges de civilisations en Amérique du Nord datent de 30 000 ans).
Je suis surtout intéressé par les évènements et les lieux liés à la conquête de l’Ouest et à ses frontières, que je trouve emblématique du positif et du négatif de l’Histoire américaine.
Aussi, j’adore conduire, et les Etats-Unis sont parfaits pour ça !

©Valerio Geraci

Ce projet a t-il fait évoluer ta pratique de la photo ?

Dans un sens, je dirais que oui, car au début du projet, je prenais beaucoup de photos de paysages et maintenant, je m’intéresse de plus en plus aux portraits.
Mais pour vraiment répondre à la question, je pense que je dois laisser les photos reposer et les regarder de nouveau dans quelques années.

Tu as d’autres projets à l’horizon ?

A Paris, je travaille majoritairement pour du corporate et du design d’intérieur et j’aimerais faire un projet à partir de ce travail. Je prends toujours des photos quand je rentre en Sicile, et je pense que c’est un projet que je continuerai toute ma vie. Pour le moment, je veux me concentrer sur les EU et je prépare mon prochain voyage dans les Grandes Plaines où j’ai rencontré des gens qui ont accepté de m’héberger.

 

Retrouvez le travail de Valerio sur son site et son instagram