Un fonds photo à découvrir : à la bibliothèque Château d’eau de Paris

Dans le 10ème arrondissement de Paris, la bibliothèque Château d’eau fait parler d’elle en étant très active à promouvoir la photographie. Elle organise une fois tous les deux ans une manifestation de grande ampleur

florence

Si les photographes ont l’habitude de se faire connaitre sur Internet il est parfois beaucoup plus difficile de trouver des opportunités pour exposer publiquement. C’est grâce à des initiatives privées mais aussi municipales que certains arrivent à montrer leur travail aux curieux et aux passionnés. Dans le 10ème  arrondissement de Paris, la bibliothèque Château d’eau fait justement parler d’elle en étant très active à promouvoir la photographie. Elle organise une fois tous les deux ans une manifestation de grande ampleur : « Les rencontres photographiques du 10ème » qui auront lieu en 2009 pour la troisième édition. Derrière l’évènement, Florence Monod responsable de la bibliothèque et Marie-Noëlle Maulinard responsable du fonds photo nous racontent comment tout ça a pu voir le jour.

RD : Le 10ème arrondissement fait beaucoup pour la photographie et vous vous investissez beaucoup sur ce sujet. Qu’est ce qui vous à amené vers la photographie ?

Florence Monod : Au départ nous sommes bibliothécaires, donc l’idée principale c’était de faire connaitre la bibliothèque et de faire connaitre ce fonds de livres photo qui existe depuis 1992. Comme nous sommes un petit peu mal situés, au quatrième étage de la mairie du 10ème arrondissement, nous voulions faire connaitre ce fonds et il fallait absolument en faire la publicité. Nous sommes installé dans une salle de lecture spacieuse et lumineuse. Elle propose plus de 2500 titres de livres empruntables et 9 abonnements à des revues spécialisées, un ensemble qui reflète la création contemporaine.
La bibliothèque accueille de nombreux photographes professionnels, amateurs et étudiants qui empruntent et consultent des monographies, essais ,ouvrages techniques, et dossiers d’actualité sur la photographie.

Nous avons commencé à organiser des expositions régulières à partir de 2002, au rythme de quatre par an. Nous nous sommes rendu compte qu’il y a énormément de photographes très talentueux à Paris qui n’ont pas de lieu d’exposition. Paris est une ville qui est assez pauvre en lieux d’expositions pour ses habitants. Il y a tout le réseau de galeries et de musées mais ils sont un peu réservés aux officiels ou aux artistes déjà connus. Mais pour les débutants, les amateurs talentueux, les artistes, il y a très peu de d’opportunités, peu de centres culturels. Parfois même les parisiens vont en banlieue ou à la campagne pour montrer leur travail.

Marie-Noëlle Maulinard : Beaucoup de photographes qui viennent ici exposent d’habitude en province. Nous avions donc une forte demande.

FM : C’est vrai que pour un photographe, la présentation de ses œuvres correspond à un moment très important. Ça finalise un processus, ça l’oblige à trier son travail, ça lui permet de se trouver et d’aboutir sa démarche. Au fur et à mesure de nos expositions à la bibliothèque du 10ème arrondissement, nous avons ressenti un besoin de trouver d’autres lieux et c’est comme ça que nous avons commencé à organiser « Les rencontres photographiques du 10ème ».

Au départ, nous avions contacté les galeries, ils ne savaient pas trop qui nous étions, nous ne sommes pas tout à fait du même monde, entre les galeries privées et une bibliothèque… Nous n’avons pas d’intérêt financier, nous ne sommes pas non plus vraiment dans l’art, nous ne sommes pas toujours vraiment « connaisseurs », du moins au début. Mais nous avons pu organiser les premières rencontres photo et nous avons eu un franc succès spontané.

M-N M : Ces rencontres se sont déroulées dans 40 lieux parsemés dans le 10ème ainsi qu’une exposition collective de 20 photographes dans la mairie, sélectionnés par un commissaire à la suite d’un appel à candidature.

RD : Donc vous aviez un affichage et une communication dédiée avec l’aide de la mairie ?

FM : Voilà, comme c’est un évènement organisé par la Mairie du 10ème, nous avons pu bénéficier de la communication municipale et de l’aide de « Paris bibliothèques ».
Nous avons organisé aussi des conférences, des débats, une sorte de fête de la photographie. Et le 10ème arrondissement apparaît à ce moment comme un arrondissement de la photo. C’est déjà un arrondissement un peu branché avec beaucoup d’artistes, un grand nombre de galeries, le côté photogénique du canal etc.

M-N M : Il y a beaucoup de lieux de formation aussi : le centre d’animation Jean Verdier, l’école de photojournalisme EMI-CFD (lien vers le site de l’école).

FM : Il faut signaler aussi que nous avons pu organiser ces rencontres grâce à Carlo Werner qui est un expert en photographie et qui est au département photographique du centre Verdier. Il a depuis vingt ans des élèves en photo qu’il forme à un haut niveau. Il est donc le commissaire général de notre évènement.
Au départ, nous ne savions pas en lançant cette manifestation quels allaient être les photographes qui seraient présent, et quel serait leur niveau. Grâce au centre Verdier (lien vers le site) qui a alimenté notre première édition en artistes talentueux, nous avons été surpris par un niveau d’une grande qualité. De là, nous avons pu amener de très bons photographes professionnels des milieux de la publicité, de la mode, et de tout ce qui fait la diversité de la photographie.

RD : Ils ont donc adhéré à ce mouvement.

FM : Oui tout à fait, ça les a intéressés. Ils ont été séduits par le côté convivial, l’esprit du quartier et de l’arrondissement.

M-N M : Oui, quand même une précision, pour l’exposition collective les photographes devaient habiter le 10ème ou avoir un lien particulier avec l’arrondissement : leur centre de formation, la bibliothèque ou une entreprise privée du 10ème, laboratoire photo ou autre.

RD : Aujourd’hui, est-ce qu’on trouve dans Paris quelque chose de semblable au niveau des autres bibliothèques ?

M-N M : Il y a plusieurs bibliothèques de photos à Paris mais c’est vrai que la nôtre à un fonds photo un peu plus développé et nous proposons des dossiers de presse.

RD : Comment c’est arrivé, qu’est ce qui a motivé cela ?

FM : Au départ, le conservateur de la bibliothèque a eu un budget pour faire un fonds thématique et il a choisi la photo. C’était il y a quinze ans… Mais après c’est un fonds qui est resté un peu en veilleuse je dirais. Il était peu alimenté. Marie-Noëlle et moi-même avons donné un essor très important à ce fonds pour faire connaitre la bibliothèque Château d’eau et rendre cette petite bibliothèque encyclopédique plus originale, lui donner une spécificité et un rayonnement.

M-N M : Nous avons aussi donné une large part à la création contemporaine pour ce fonds photo, en travaillant étroitement avec les éditeurs.

RD : C’est vous qui choisissez les livres qui vont être consultables ici ainsi que les artistes qui seront exposés ?

M-N M : Oui, nous faisons les choses ensemble, l’animation, le choix des livres et des photographes. Les artistes se présentent tout au long de l’année, et il y en a beaucoup, et nous en choisissons quatre ou cinq dans l’année environ.

FM : oui c’est plus ou moins. Les années où nous préparons les rencontres photo, c’est-à-dire une fois tous les deux ans, nous organisons un peu moins d’expositions.

M-N M : Au courant de l’année, hors manifestation, il y a aussi des débats sur la photographie, sur les livres photo, sur l’édition.

FM : Par exemple nous avons invité Guillaume Lemarchal au moment du Mois de la photo, il avait sorti un livre qui avait eu le Prix HSBC et qui s’appelle « Paysages de l’après ». C’était très intéressant, il a projeté ses photos et les a commentées. Le public a vraiment pu dialoguer avec lui, savoir comment il prenait ses photos et pourquoi.
Maintenant nous avons un réseau, un carnet d’adresses important, nous sommes en relation avec des universitaires, des spécialistes, Arno Gisinger (lien vers le site de son atelier) qui est photographe et historien, professeur à l’université de Paris 8, François Soulages de Paris 8 aussi, Philippe Bachelier qui est journaliste pour le magazine Réponses Photo, Emmanuel Schmitt. On a avec nous un noyau d’experts d’horizons différents, certains plus techniciens et d’autres plus théoriciens, qui nous accompagnent, nous aident et nous donnent des idées. Nous sommes toujours en discussion avec eux sur ce que nous allons faire.
Pour les rencontres photographiques 2009, nous allons organiser une réunion avec eux pour toujours être près de l’actualité photo.

D’ailleurs nous pourrions très bien être amenés à organiser des débats sur la photographie et internet, en illustrant le propos avec des sites comme lesphotographes.com, et d’autres acteurs et sites photos en ligne.

RD : eh bien vous risquez d’être submergées !

FM : c’est possible mais nous avons envie d’essayer.

RD : est-ce que tout ça vous a donné envie de faire de la photo ?

FM : Nous sommes devenues des grandes amatrices de photo et nous connaissons très bien notre sujet maintenant.

M-N M : au début nous ne connaissions que quelques photographes mais aujourd’hui nous en connaissons beaucoup, c’est un vrai plaisir.

Propos recueillis par RD

Lien vers le site officiel de la bibliothèque Château d’eau.