Télé-Spectateurs par Olivier Culmann

Télé-Spectateurs ? Qui ne regarde pas la télévision ? Qui ne possède pas cet objet ? Pourquoi le monde entier y passe une partie de son temps devant et surtout comment ? Quel regard avons-nous devant ? Et les autres ? Et vous ? Debout, assis, en dînant, allongé, une compagnie, une distraction, un quotidien. Membre du collectif Tendance Floue depuis 1996, le photographe Olivier Culmann nous propose un regard différend sur un monde en suspension en bordure du documentaire et du travail d’auteur.

Télé-Spectateurs ? Qui ne regarde pas la télévision ? Qui ne possède pas cet objet ? Pourquoi le monde entier y passe une partie de son temps devant et surtout comment ? Quel regard avons-nous devant ? Et les autres ? Et vous ? Debout, assis, en dînant, allongé, une compagnie, une distraction, un quotidien.
Membre du collectif Tendance Floue depuis 1996, le photographe Olivier Culmann nous propose un regard différend sur un monde en suspension en bordure du documentaire et du travail d’auteur.

photographie Olivier Culmann

Tu es un des 12 membres du collectif Tendance Floue. Quand y es-tu rentré ?

En 1996, quand le collectif s’est ouvert pour la première fois et est passé de cinq à dix photographes.

Quels changements as-tu remarqué pour toi en tant que photographe entre avant l’entrée au collectif et après ?

Dans mon travail personnel, ça n’a pas réellement changé ma façon de faire. Mais cela a été le début de nombreux projets collectifs, une des particularités chère à Tendance Floue. Cela a aussi été le début de la construction de l’outil, type agence, qui nous permet encore aujourd’hui de rester libres et indépendants.

photographie Olivier Culmann

Que t’a apporté le groupe ?

La possibilité d’une extraordinaire aventure collective, photographique autant qu’humaine.

Le collectif et toi réalisez de nombreux projets ensemble, qui amènent à des éditions, des publications et des expositions. Je pense à la série « Mad in ». Est-ce une série qui va durer dans le temps ? Qu’amenez-vous au autres par ces différents sujets, que racontez-vous ?

Les projets Mad in existent depuis trois ans. Le principe étant d’aller tous ensemble et en même temps dans un même pays, dans un laps de temps relativement court (deux ou trois semaines) et d’en tirer une revue qui se fabriquera avec un graphiste et des écrivains du pays en question. C’est donc l’inverse d’un travail personnel construit dans la durée, avec le long processus de réflexion que cela permet. C’est une réaction brute, spontanée et instinctive sur un territoire. L’expression subjective d’une expérience vécue conjointement. C’est, je pense, le résultat de cette expérience collective, avec ses réussites et ses ratés, qui en fait l’intérêt.

Il y aura sans doute d’autres Mad in, mais il est probable que la forme évoluera ou se transformera totalement.

photographie Olivier Culmann

Ton dernier travail « Télé-Spectateurs » a eu un très bon accueil de la presse et de la critique. Tu as également reçu le prix prestigieux World Press Photo, catégorie sujets contemporains en 2008. T’y attendais-tu ? Que t’a apporté ce succès : Des nouveaux projets ? Des financements ?

On ne peut jamais présager de l’accueil qu’aura un projet personnel lorsqu’on est en train de le réaliser. Ce projet m’a beaucoup intéressé et j’y ai toujours cru, mais lorsque je vivais à l’étranger et passais beaucoup de temps à travailler dessus, il m’est arrivé d’avoir des doutes sur le fait que des photos de gens dans une situation aussi banale et peu spectaculaire allait intéresser d’autres personnes. Mais j’ai toujours été attiré par ces moments, à priori sans intérêt, de l’existence. Et j’ai toujours été persuadé  que chacun doit aller au bout de ses envies, aussi absurdes, folles ou surprenantes qu’elles puissent être.

Je ne me suis pas réellement servi de ce projet pour chercher d’autres financements pour d’autres projets. Mais l’argent des ventes de ces photos à la presse, ainsi que les locations de l’expo Télé-Spectateurs qui tourne actuellement, contribue aujourd’hui à ce qui me permet de vivre et de travailler sur de nouveaux projets.

photographie Olivier Culmann

Tu es un photographe dit d’auteur. Mais considères-tu ton travail comme documentaire? De presse? Ou vises-tu plus le milieu artistique ?

Je ne vise personne et aime à ne pas être catégorisé dans une seule et unique paroisse. Je me méfie des étiquettes, souvent artificielles.
Peut-être pourrait-on définir ce travail comme du documentaire subjectif.
Mais il a sa place dans la presse dans la mesure où il parle du monde dans lequel on vit, comme sur des murs.
Certains travaux dits « photo-journalistiques » sont très « artistiques », comme à l’inverse certains travaux dits « artistiques » donnent parfois des informations documentaires et journalistes bien plus importantes que celles qu’il peut y avoir dans certains « reportages ».
Bref, pour être clair, le pseudo combat entre les paroisses m’emmerde.

photographie Olivier Culmann

Ce qui m’amène alors à te demander comment tu vois l’avenir pour la photographie de presse ?

Au-delà de la photographie de presse, c’est l’avenir de la presse qui est inquiétant. De la presse papier c’est évident, mais surtout de notre possibilité à tous d’avoir accès à une information indépendante qui a les moyens d’exister et d’être diffusée.

Également la part de subjectivité que tu apportes dans ton travail.

La photographie est forcément subjective et j’ai toujours revendiqué cette part de subjectivité dans mon travail. J’apprécie, dans chaque travail photographique, la particularité et la subjectivité du regard qui est derrière. C’est ça qui est intéressant en photographie. Trop de gens assimilent l’objectivité à l’honnêteté, ce qui rendrait malhonnête un travail subjectif, c’est absurde. On peut tout à fait exprimer honnêtement un point de vue.

photographie Olivier Culmann

Tu vis désormais en Inde. Pourquoi ? Peux-tu nous parler de tes projets photos là-bas ?

J’aime être bousculé dans mes habitudes et ma vie. Et je n’ai qu’une vie. J’aime découvrir d’autres lieux, d’autres modes d’existence et j’aime l’Inde avec qui j’ai, comme pour les États-Unis, une relation d’attraction-répulsion qui me bouscule et m’interroge en permanence. C’est essentiel.
C’est un pays où j’ai des envies photographiques. Elles sont en cours de réalisation, donc c’est effectivement un peu tôt pour réellement en parler.
C’est aussi un choix familial. Me femme partage cette même envie de vivre d’autres choses et cet intérêt pour l’Inde.
Enfin, la morosité actuelle de la France et le cynisme de l’ère Sarkosienne ne donnent pas très envie d’y rester actuellement.
Ce qui me manque le plus est le rapport quotidien avec mes acolytes de Tendance Floue.

photographie Olivier Culmann

Peux-tu alors nous parler de tes actualités : expos, éditions ?

L’expo Télé-Spectateurs a tourné ces derniers temps dans plusieurs villes indiennes, ainsi qu’en France, en Belgique et au Laos.
Le projet de livre est en cours et, si tout se passe bien, il devrait sortir l’année prochaine et être accompagné d’une expo à Paris.
L’exposition Les mondes de l’école, issue d’un travail plus ancien réalisé avec Mat Jacob, tourne aussi actuellement dans plusieurs villes françaises.

photographie Olivier Culmann

Le fait de vivre en Indes n’affecte pas ton lien avec le collectif ?

Bien entendu je garde le contact et reviens de temps en temps en France, mais le rapport habituel étant quotidien, il est évident que c’est plus difficile à distance. Mais il y a des projets collectifs en cours et je suis par ailleurs confiant dans la force de l’amitié qui nous unie.

photographie Olivier Culmann

Le collectif Œil public a eu moins de chance que Tendance Floue et a dû fermer. A votre avis pourquoi ? Le collectif en général est-il en danger ?

Toutes les structures sont en danger. La crise générale et surtout la crise de la presse sont très dures pour tout le monde.
L’activité de Tendance Floue aujourd’hui est assez diversifiée : commandes de presse, vente d’archives à la presse, projets culturels (location d’expos, résidences, projets collectifs…), commandes corporates, vente de tirages, workshops… C’est peut-être ce qui nous a aidé par rapport à nos amis de l’Oeil Public. Mais nul ne peut présager de ce que sera l’avenir. Pour l’instant nous existons et sommes toujours libres et indépendants. C’est le plus important.

Enfin, si tu as des conseils pour les jeunes photographes ?

Faites des photos !