Solution d’une galerie itinérante : la Galerie Miniature

S’il est vrai qu’il est difficile pour les artistes photographes de trouver des murs pour exposer leurs œuvres, il est tout aussi difficile d’ouvrir une galerie dans une capitale. Malgré ce constat, trois jeunes femmes ont décidé de défendre le concept d’une galerie itinérante, avec le même désir de qualité qu’une galerie traditionnelle. Un projet né d’une commune envie d’agir, animé par un même élan : celui de présenter des photographes appréciés.

S’il est vrai qu’il est difficile pour les artistes photographes de trouver des murs pour exposer leurs œuvres, il est tout aussi difficile d’ouvrir une galerie dans une capitale. Malgré ce constat, trois jeunes femmes ont décidé de défendre le concept d’une galerie itinérante, avec le même désir de qualité qu’une galerie traditionnelle. Un projet né d’une commune envie d’agir, animé  par un même élan : celui de présenter des photographes appréciés.

D’où vient l’origine du nom Galerie Miniature et du format photographique qu’elle propose ?

Galerie Miniature : La galerie Miniature est née d’une collaboration entre Léonore Fouré et moi-même. Nous avions envie de travailler ensemble et de construire nos propres projets. Elisa Ganivet nous a ensuite rejoint et a complété l’équipe.

Dans la culture – en particulier dans le milieu de la photographie -, si on veut avancer, il faut être porteur de projets propres. Nous avons aussitôt opté pour le statut de l’association. L’idée de départ étant de faire des choses abordables : nous avons tout de suite pensé au petit format qui est à la fois une formule économique à produire et esthétiquement intéressante. En effet, nous désirons vendre des œuvres de photographes que nous aimons, à des gens qui n’ont pas forcément beaucoup de moyens mais qui sont désireux d’acquérir une vraie œuvre d’art. C’est pourquoi nous avons misé sur une qualité supérieure avec des encadrements diasec. Au départ nous voulions produire des éditions limitées  à une trentaine de tirages, mais au fur et à mesure nous avons réduit ce chiffre pour arriver à une limite de six à dix exemplaires, afin que ces photos détiennent réellement le statut d’œuvre d’art.

Galerie Miniature

Aujourd’hui, Léonore est à Montréal, Elisa à Berlin et moi à Paris. Étant toutes les trois dispersées dans le monde, nous nous laissons la liberté de monter chacune de notre côté d’autres projets qui nourrissent la Galerie Miniature, ainsi que notre envie de faire découvrir des artistes. Nous espérons que cette synergie de créativité pourra apporter davantage au projet initial.

Vous êtes tombées d’accord dès le départ sur le Diasec ?

Oui, tout de suite. Nous pensons que le diasec, contrairement à un encadrement traditionnel, permet à la fois de mettre en valeur le tirage tout en restant discret (notamment lorsqu’il s’agit de petit format). Il nous permet également de travailler à partir de fichiers numériques, ce qui facilite largement le, processus de production. Nous avons ensuite décidé d’une taille maximale de 20×25 cm. C’est un format correct car le format miniature ne plaît pas à tout le monde, et ne s’adapte pas à tout. Certaines photos marchent très bien en 9x13cm, d’autres ne prennent tout leur sens dans cette taille qu’une  fois incluse dans une série, d’autres enfin nécessitent des tailles un peu plus importantes. Ce sont des discussions que nous menons avec le photographe.

Galerie Miniature

Le nom est venu dès l’origine du projet ?

Le nom est venu en même temps que le choix du format. Nous étions parties sur les thèmes et les slogans du « mini c’est chic » etc, et au final c’est un des photographes qui a trouvé ce nom qui convient très bien.

Le fait que les expositions de la galerie soient toujours à des endroits différents, ça fait partie du principe ?

Oui, nous nous sommes dit que nous allions créer une galerie itinérante. Itinérante et fulgurante, car les expositions doivent être de très courtes durées. Expositions miniatures pour Galerie Miniature. En effet, comme nous programmons nos expositions au fur et à mesure (et un peu dans le feu de l’action), nous arrivons à nous intercaler dans la programmation de lieux existants. Nous organisons donc des expositions le plus souvent sous forme de vernissage et, selon les lieux, avec une possibilité de venir visiter les 2-3 jours suivants. Ainsi nous avons exposé la Galerie Miniature à la Galerie Jeune Création à Paris pendant deux jours, à Arles pendant cinq jours (durant la semaine d’ouverture des Rencontres Internationales de la photographie), dans un loft parisien le temps d’une soirée, et nous avons également présenté un diaporama pendant le OFF du festival de photographie de Phnom Penh. Et nous continuons de chercher des lieux qui seraient désireux de nous accueillir, galeries, appartements, etc.

Galerie Miniature

Il y a beaucoup d’atres galeries itinérantes vous pensez ?…

Je n’en ai pas croisé beaucoup. J’en connais une à Marseille, mais je ne crois pas qu’il y en ait tant que ça. La difficulté étant qu’il y a peu d’espaces dans les grandes villes qu’il est possible d’investir temporairement.
En attendant la prochaine expo, les photographies de nos artistes sont exposées dans des boutiques branchées dans Paris, pour qu’elles soient toujours vues (comme chez Artydandy, Paris 6e).

Les cinq photographes ont été choisis au départ ?

Les quatre premier oui, (ce sont tous des amis) Morgane Yver, Joachim Lapotre, Juan de Marcos, Samuel Kirszenbaum. Le dernier en liste, Binu Bhaskar, vit à Dubaï et nous l’avons rencontré à Paris, nous lui avons parlé de notre projet et le concept lui a tout de suite plu, d’autant que ça offre à son travail une visibilité (aussi miniature soit-elle) en France, et peut-être une porte ouverte sur l’Europe…

Galerie Miniature
© Unwanted Spaces 1, Binu Bhaskar

Pour les budgets, vous fonctionnez comme une galerie normale ?

Le fonctionnement est un peu différent. Souvent les galeries traditionnelles sont à 50%-50% avec les photographes. Chez nous, nous prenons en charge les tirages mais nous reversons 30% de la vente au photographe. Lui n’a pas à avancer de frais. Ensuite nous fonctionnons par trois tiers : un tiers pour la production, un tiers pour le photographe et un tiers pour l’association et les frais d’exposition.
Nous savons bien, et nous le disons aux photographes, que ce n’est pas avec nous qu’ils vont gagner beaucoup, mais l’ensemble est à but non lucratif et surtout ils n’ont pas d’investissement personnel à apporter. Ils apprécient notre initiative car cela leur permet tout de même d’être exposé et de se faire connaître.

Galerie Miniature
© Seeds 3, Joachim Lapotre

Je pense que la galerie Miniature est un bon premier départ vers d’autres projets pour ces jeunes photographes qui démarrent leur carrière.
D’ailleurs lorsque nous mettons en place des nouveaux projets comme «See you soon», nous aimons travailler à nouveau avec eux.

“Dans la culture, dans la photo, si on veut avancer  je pense qu’il faut être porteur de ses propres projets”

Pouvez-vous nous parler de ce projet ?

«See you soon» est un projet d’édition (..) né de ma rencontre avec Nicolas Havette et Sébastien Magro lors du Mois de la photo à Montréal. J’ai tout de suite eu envie que la Galerie Miniature devienne une plateforme de projets. L’idée est donc que, par le biais d’une commande au protocole artistique établi, deux photographes s’échangent une photographie produite dans la journée – un jour sur deux, pendant quatorze jours –  le but étant de mettre en place un dialogue intime entre eux.

Les 14 photographies ont un lien entre elles, il y a un fil conducteur ?

Au départ, nous laissons les photographes complètement libres, mais au final on obtient souvent une sorte de cadavre-exquis. En découvrant le travail de chacun, ce qu’ils ont fait par le passé, le lien se crée  finalement de lui-même.
En ce qui concerne le choix des photographes, nous essayons de choisir des personnes habitant dans des pays différents et dont on n’a pas forcément une image très précise à l’esprit. La première correspondance a été très réussie : entre Baudouin Mouanda qui vit à Brazzaville (Congo) et Philong Sovan à Phonm Penh (Cambodge), les deux photographes ont vraiment bien pris en compte les images qui leur étaient envoyées et y ont répondu, chacun  avec quelque chose de propre à leur pays, à leur identité.

Les deux autres correspondances, pour cette année 2010, ont eu lieu entre Juan De Marcos qui vit à Madrid (Espagne) et Alejandro Cartagena à Monterey (Mexique) et Drew Kelly à San Francisco (Etats-Unis) et Binu Bhaskar à Dubaï ( Emirats Arabes Unis).

L’envie est, ensuite, de faire de ce projet un livre. Soit en faisant appel à une maison d’édition, soit en l’éditant nous-mêmes. Là, nous sommes à la recherche de subventions pour la fabrication de cet ouvrage, établir le budget, chercher des imprimeurs… C’est assez compliqué. Le livre sera de petit format pour rappeler les petites tailles de photographies exposées à la Galerie Miniature.

Comment pensez-vous inclure ce projet «See you soon» dans la Galerie Miniature ?

Je pense que la Galerie Miniature va se scinder en deux parties : une partie avec une collection de photos que tout le monde peut acheter et qui sert à présenter des expositions et à produire de nouvelles œuvres et une partie avec des projets plutôt ponctuels comme « See you soon ».

Nous nous sommes aperçues que les expositions de la Galerie Miniature, nos cinq photographes et la trentaine de photographies que nous présentons est vite limitée au bout de la seconde édition. La troisième édition avec le même contenu risquerait de ne plus faire déplacer les gens. Il faut de l’événementiel, des choses différentes qui mènent à une réflexion. Notre petite collection de photos est plutôt à considérer comme une aide à la galerie et aux photographes, et aussi un moyen pour tout un chacun d’acquérir une œuvre d’art et donc de commencer sa propre collection. C’est en travaillant toute une année sur ce sujet que nous sommes arrivées à cette conclusion. Dans l’exposition que nous voulons présenter au mois de novembre (du 4 au 20 novembre à la Galerie Jeune Création) pour inaugurer «See you soon», nous voudrions réserver un mur pour nos images actuelles qui, elles, seront à la vente, ce qui ne sera pas le cas des photos de «See you soon». Seul le livre sera proposé à la vente.

Galerie Miniature
© Nasa Club, Samuel Kirszenbaum

Vous  avez d’autres idées de projets qui viendraient s’ajouter à l’activité de galerie ?

Pour le moment, nous nous concentrons sur le projet « See you soon » qui nécessite du travail surtout dans la recherche de financements pour le concrétiser.

C’est vrai que nous avons très envie de mettre en place un prochain projet après «See you soon». En même temps, pour ce projet-ci, même si l’idée de base est assez simple, c’est beaucoup de travail. Il y aura un livre édité pour chaque correspondance ou réunissant plusieurs de celles-ci et c’est à nous de nous assurer qu’elle soit assez fournie. Le but pour cette année est de présenter trois correspondances que nous pourrions mettre en dépôt dans des librairies. Tout cela nous prendra un peu de temps, et selon les retombées du projet et l’évolution de nos envies, nous verrons par la suite quel autre projet il est possible de démarrer.

Galerie Miniature
© Ma vue, Morgane Yver

Le prochain photographe qui entrerait à la Galerie Miniature ?

Justement, nous sommes en période de réflexion concernant l’évolution de la collection. Nous recevons des propositions intéressantes mais, pour le moment, nous préférons nous concentrer sur les cinq photographes que nous avons déjà et, dans l’ensemble, nous sommes freinées par les moyens très modestes de l’association.

Il faudrait plutôt continuer de diffuser la galerie Miniature dans des lieux diversifiés afin de toucher un maximum de personnes, ce que Léonore et Elisa font en prospectant à Montréal et à Berlin. Faire connaître notre association afin de trouver davantage de lieux et de clients potentiels.

Galerie Miniature
© Sin titulo, de la série La Inmortalidad 2, Juan de Marcos

Quelle ampleur vous voudriez voir pour cette association, cette galerie ?

Dans un premier temps, collaborer toujours plus avec des photographes qui viennent d’horizons différents. D’un point de vue plus terre à terre, subvenir à nos besoins matériels et donc avoir un budget plus conséquent pour que nos projets gagne en ampleur. Et bien sûr, dans l’idéal, ouvrir un lieu qui présente nos photographes et nos projets mais qui permette aussi, à d’autres structures, tels que la notre actuellement, d’être accueillies.

Vous vous êtes fixé des impératifs de dates pour la fréquence des expositions ?

Nous nous sommes données quelques objectifs pour l’année 2010 : une exposition à Montréal, une à Berlin et une à Paris. Pour «See you soon», c’est la même chose, trois numéros par an plus une expo.
Je sais qu’il y a beaucoup de gens autour de nous qui, par l’achat du livre, désire subventionner notre projet.

Galerie Miniature

Que se passe-t-il si vous épuisez les tirages prévus au départ d’un de vos photographes ?

Dans ce cas, le but est d’apporter un nouveau nom dans la galerie. S’il y a épuisement, il faudra laisser la place à quelqu’un d’autre.

Quels sont les prix de ventes ?

Nos tirages diasec sont entre 60€ pour un 10×10 et 300€ pour un 20×25, numérotés jusqu’à 6 ou 10 exemplaires.

Pensez-vous que c’est un modèle qui va devenir de plus en plus courant, les galeries itinérantes ?

Je ne pense pas, dans le sens où je ne crois pas qu’il y ait assez de structures d’accueil pour que ça puisse vraiment marcher. Il est déjà assez difficile pour les artistes de trouver des lieux pour montrer leur travail, et eux se présentent sous leur propre nom. Dans notre cas, c’est encore plus délicat car nous nous présentons sous la forme d’une association qui représente déjà plusieurs photographes. Or, les responsables des lieux d’exposition acceptent plus facilement un artiste que cinq d’un coup !
Pour nous, la possibilité d’exposer à différents endroits constitue à la fois un atout et une contrainte. Nous devons nous adapter à chaque lieu, en fonction de nos envies, de nos projets. Et c’est bien ce qu’il y a de passionnant ! Nous sommes convaincues que notre type d’initiative est une réponse valable face à l’engourdissement du panorama artistique alternatif parisien dans les arts visuels.

Propos recueillis par RD

site de la Galerie Miniature