Rétrospective Willy Rizzo : une vie de photographe

Une sélection de 60 années de travail photographique va être présentée au Salon de la Photo lors de la première rétrospective en France sur Willy Rizzo. Le portrait, le photojournalisme, la photographie de danseurs ou de mode ont été les domaines d'exercice de ce grand de la photographie, dont le nom n'est pas encore dans toutes les têtes.

Willy Rizzo, photographie © DR

Une sélection de 60 années de travail photographique va être présentée au Salon de la Photo lors de la première rétrospective en France sur Willy Rizzo. Le portrait, le photojournalisme, la photographie de danseurs ou de mode ont été les domaines d’exercice de ce grand de la photographie, dont le nom n’est pas encore dans toutes les têtes.

Photographie Willy Rizzo
Marlene Dietrich, Hôtel de Paris, Monaco, 1956, photographie © Willy Rizzo

Vous avez collaboré à des titres aussi différent que Life, Marie Claire, Match, Vogue ou Playboy, quels sont les exigences de ces différents supports ?

Mon comportement n’est pas le même c’est sûr, pour Vogue, je recherche l’élégance, la beauté, le chic, la sophistication.
Pour Marie Claire, l’éclairage et l’angle de la photo, le choix des mannequins seront légèrement différents car ce n’est pas la même clientèle, ce n’est pas pour être vendu aux mêmes femmes. Le public de Marie Claire est moins sophistiqué. Je recherche cela dans les poses, les regards, le choix des accessoires, de la coiffure; plus de simplicité.
Pour Playboy, ce sont des photos plus sexy, plus osées, intéressantes, on peut aller plus loin dans les vêtements et dans les angles de prise de vue.
Pour Paris Match, cela dépend des sujets. S’il s’agit d’un sujet d’actualité, on recherche le sensationnel, la photo que les autres n’ont pas, l’inédit.
Si c’est un sujet magazine, j’essaie de faire des photos intéressantes, belles, plus artistiques, se créer un petit scénario. Un parti pris dans un éclairage différent. Pour Life par exemple, ce sont des photos complètement inédites sur un événement extraordinaire, ou une idée de photos excentrique et ensuite, à la volonté du ciel, de la chance. Il faut que la bonne étoile soit de ton côté.

Photographie Willy Rizzo
Couverture du numéro 194 de Paris Match, 29 novembre 1952: « Deux Généraux pleins de problèmes », photographie © Willy Rizzo

Vous avez fait le portrait de nombreuses célébrités pour votre métier et gardez une amitié avec Jack Nicholson ? Comment votre travail de portraitiste vous a-t-il conduit à cette relation ?

Avec Jack Nicholson, nous avons eu un petit flash d’amitié lors d’un dîner chez l’agent Irwing Lazare, dans un restaurant français à Beverly hill « Le bistrot » où j’étais invité. Après dîner nous avions sympathisé à table. Je l’avais déjà connu à Milan quand j’étais directeur artistique de Playboy . À table, il m’a invité à venir boire un verre chez lui. J’étais accompagné de Marisa Berenson de qui j’avais fait des photos l’après midi. On a été prendre un verre chez lui, nous sommes resté très tard et avons beaucoup parlé. J’ai découvert qu’il connaissait bien les photos, les éclairages. Il n’aime pas beaucoup être photographié mais il aime la photo. Depuis 35 ans, nous sommes amis et passons nos vacances ensembles. C’est presque la famille pour moi.

Comment passe-t-on d’un moment de photographie avec un personnage connu à une amitié qui se noue ?

C’est comme l’amour, c’est un secret, un lien qui se noue, abstrait, un intérêt commun. On a beaucoup ri ensemble, l’humour est fondamental pour enlever cet effort qui est le travail souvent très dur. Ce n’est pas facile d’être photographié, il faut une grande concentration, de la patience. Pour le photographe c’est la même chose. Quand on est au niveau de chercher plus que la photo, cela demande un effort immense. Après cet effort passé, il en reste quelque chose.

Photographie Willy Rizzo
Roland Petit et une de ses danseuses, Paris, 1955, photographie © Willy Rizzo

Qu’est ce qui vous touche le plus dans la photographie sur la danse ?

La danse, c’est comme la musique classique. La danse me donne de la joie et je suis étonné par les mouvements de puissance. J’aime photographier le mouvement.

Pourquoi considérez-vous la photo de mode comme la plus difficile ?

Il y a plusieurs façons de photographier la mode. Avec rien, un fond gris , une robe, il faut faire quelque chose d’important, il faut créer une histoire, une dynamique, un regard. C’est complètement un autre métier.

Photographie Willy Rizzo
Willy Rizzo et un mannequin, Milan, 1973, photographie © Olivero Toscani

On vous dit amoureux de la plastique féminine. Parmi les femmes célèbres avec qui vous avez travaillé, quelle est celle qui vous a le plus touché ? Dont vous gardez le plus grand souvenir ?

Elsa Martinelli, Brigitte Bardot, Marylin Monroe, Joan Crowford sont mes plus grands souvenirs… Françoise Dorléac, Marlène Dietrich, Catherine Deneuve, Jane Fonda, Julie Delpy.

“Ce qui me pousse : je vois clair, si je vois quelque chose d’intéressant, j’ai besoin de le photographier. Je cherche toujours la même chose tout en l’améliorant. C’est abstrait mais difficile.”

Que diriez-vous de l’aspect photogénique de l’Amérique des années 40- 50 ?

Tout était nouveau, intéressant, d’un appareil distributeur de bas nylon à l’invention du drive in. L’Amérique n’a pas la même dimension. Elle m’a paru plus importante: même les arbres sont plus hauts, les couchés de soleil plus forts! Les agences de mannequins n’existaient pas encore en Europe, elles ont changé le mode d’approche des femmes brutalement. On paye une femme pour pouvoir la photographier.

Beaucoup de photographes artistes ou professionnels fantasment sur une reconnaissance à grande échelle de leur travail. Comment expliquez-vous la reconnaissance qu’on vous porte aujourd’hui ? Pensez-vous qu’il faille attendre 60 années de travail pour la mériter ?

A vous de me répondre, à vous de me le dire.

Quels seraient, à votre avis, les autres grands photographes du XXe Siècle qui n’ont pas eu encore de reconnaissance à grande échelle ?

Louis Faurer, Lilian Bassman, Louise Dahl-wolfe, Hiro , John Milli, Ralph Crane.

Quand on a passé autant de temps avec un appareil en main à prendre des photographies, qu’est ce qui vous attire encore, qu’est ce qui vous pousse encore à prendre des photographies ?

Je ne suis pas un photographe troubadour, je regrette (peut-être malheureusement) ne pas être comme Doisneau ou Cartier Bresson. Doisneau partait de chez lui le matin très tôt comme un ouvrier de chez Renault avec sa musette et son casse-croûte préparé par bobonne, à la recherche de photos poétiques dans Paris. Ou Gaston Paris, même genre, son travail Canal saint Martin ou sur des clowns et le cirque d’hiver que j’admire énormément. Mais, malheureusement peut-être, ce n’est pas ma nature. Il est rare que je prenne mon appareil si je n’ai pas une commande, un « assignment ». Le rêve est de travailler avec un directeur artistique comme Brodovitch ou Alex Lieberman par exemple. Ce n’est pas comme travailler avec un directeur de journal comme Roger Therond. Ce n’est pas la même photo.

Interview par RD