Portrait de Guillaume Chamahian, photographe et fondateur des Nuits Photographiques

Entretien avec le fondateur du premier festival dédié aux pratiques émergentes de la photographie : le Film Photographique.

champortrait

Entretien avec le fondateur du premier festival dédié aux pratiques émergentes de la photographie : le Film Photographique.

“Nous voulons faire découvrir auprès d’un large public qu’au XXIème siècle la photographie évolue, se transforme et s’ouvre à d’autres formes d’expression.”

Quelle est l’origine du festival des Nuits Photographiques ? Qu’est ce qui t’a poussé à quitter ton rôle de photographe pour endosser celui de directeur artistique ?

L’origine du projet est avant tout une passion pour la photographie, celle en train de se faire, partagée par toute l’équipe des Nuits Photographiques.

Je n’ai jamais quitté mon rôle de photographe et je me sens profondément faiseur d’image et d’histoires. Je n’aurais jamais pu être instigateur de ce projet si je n’étais pas photographe avant tout.
C’est vrai que mon travail personnel est actuellement entre parenthèses. Je ne suis pas frustré pour autant, au contraire ! Mon investissement permanent sur la direction artistique de cet évènement me permet d’être au courant des nouvelles formes de créations contemporaines et au contact des artistes qui explorent, inventent et pensent la photographie d’aujourd’hui. Cela me permet évidemment d’affiner mentalement ma démarche personnelle.
Je suis amoureux et passionné par la photographie et en général par toutes formes de créations. C’est vrai que j’ai moins d’affinités avec la poterie ou la country music mais ça viendra peut-être !
Pour ce rôle de directeur artistique au coté de Nicolas Havette et en tant que directeur du festival j’avais avant tout le souhait de faire partager au plus grand nombre, dans une ambiance festive, et conviviale, la photographie et ses nouvelles formes de production.
Puis il y a une énergie incroyable au mois de Juin. Les gens veulent sortir, s’aérer, un air de vacances souffle. Ils sont beaux et plus détendus.

L’offre culturelle en terme de festival est déjà dense, quelle est l’originalité des Nuits Photographiques ? Dans quelle direction orientez-vous la rampe de lancement des Nuits Photographiques ?

Nous sommes trois à l’origine de ce projet. Nicolas, Aurélie Le Gall et moi-même. Il s’est imposé à nous rapidement que de nouveaux festivals et événements liés à la photographie en France et partout dans le monde se développent et naissent à vitesse grand V. Si c’était pour faire la même chose que d’autres festivals, ça ne servait à rien !
Le premier constat est qu’il n’y avait pas de véritable festival photographique à Paris en dehors de l’accrochage classique ou de gros événements comme Le Mois de la photo…
Ça fait maintenant 10 ans que je me rends à Arles durant les Rencontres de la Photographie et je lève mon chapeau aux Voies-off qui ont réussi, dans un lieu magique, à conjuguer photographie, échange, partage et convivialité ! C’est un endroit où je me suis toujours senti bien.
C’est un peu eux qui m’ont donné envie de recréer cette ambiance à Paris, la ville dans laquelle je vis, mais sous une autre forme de direction artistique. Le deuxième et principal constat : il n’y a aujourd’hui aucun festival consacré uniquement aux nouvelles pratiques émergentes de la photographie ; Le film-photographique.
Pour répondre à ta deuxième question, la rampe de lancement est dirigée tout droit vers l’espace avec l’envie et la prétention de pouvoir apporter aux spectateurs un voyage de quelques heures entourés d’arbres, de gens sympas (enfin ça ne tient qu’à eux) et d’un écran géant qui s’illumine pour que les œuvres des artistes présentés les emmènent loin, ailleurs et tout ça sans bouger d’un bout de pelouse parisienne !

“Ce que je trouve aujourd’hui profondément excitant c’est le mélange des genres et des influences.”

Qu’est ce qu’un film photographique ? Qu’est ce qui différencie les POM de ce que vous appelez le Film Photographique.

Je me pose encore la question ! Je ne peux pas vivre sans la musique, ça m’est vital. Les derniers grands courants musicaux sont la musique électronique et le Hip-Hop et cela remonte déjà à plus de 30 ans.
J’entends parfois dire qu’aujourd’hui les productions actuelles sont chiantes, qu’il n’y a rien de nouveau. C’est vrai qu’il n’y a rien de nouveau. Ce que je trouve aujourd’hui profondément excitant c’est le mélange des genres et des influences. Fela Kouti inventait l’Afro-beat en mélangeant jazz et musique traditionnelle “Africaine”. Jeff Mills, l’un des pionniers de la musique techno invite régulièrement des orchestres philarmoniques à composer et à jouer ensemble. Un film-photographique pour moi c’est ça. Utiliser les mediums de la photo, de la vidéo, de la musique, du son, de l’écriture, de la narration pour en faire une œuvre à part entière.
Vous me direz alors quelle est la différence avec le cinéma ? La frontière est fine. On doit retrouver une esthétique liée à l’histoire de la photographie et à la notion photographique, d’instant, de durée, de succession…
La dénomination POM s’est plus orientée, il me semble, vers le documentaire ou le journalisme alors que le film-photographique englobe des œuvres expérimentales, des recherches ou des productions purement plasticiennes et surtout le film photographique n’est pas une marque déposée…

Pour une première édition le programme des soirées de projection est déjà très dense et les partenaires nombreux, comment as-tu construit ce premier évènement ?

J’ai un peu de mal à répondre à cette question. Ça s’est vraiment fait au feeling, au cours d’échanges et de rencontres avec les artistes et en interne avec l’équipe des Nuits Photographiques.
Au final je me rends compte que nous avons construit l’évènement sous le signe du chiffre 4, comme un déroulé des saisons et des points cardinaux : les 4 vendredis du mois de juin dans un jardin magnifique : les Buttes Chaumont, grâce au soutien de la Ville de Paris. Chaque soirée se déroulera également autour de 4 parties :
En attendant la nuit, une programmation musicale électronique concoctée par la Dame Noir. Le public prendra le temps d’arriver, de se poser, de pique-niquer, de se retrouver entre amis tout en découvrant les productions de musiciens reconnus. Dans un deuxième temps nous présenterons les invités d’honneur, puis viendront les films-photographiques sélectionnés pour le prix des Nuits Photographiques et enfin la programmation des films de minuit comme « La Jetée » de Chris Marker. Tout ce passionnant programme est consultable sur notre site internet.

Les invités d’honneurs sont tout de même déjà très reconnus dans le monde de la photographie française voir mondiale. On pourrait penser que vous ne prenez pas beaucoup de risque, non ?

Pour être honnête quoi qu’il arrive nous ne pouvions pas pour une première édition prendre trop de risque, c’est vrai ! Tout le monde sait que le nerf de la guerre est l’argent et que pour une petite structure comme la nôtre, avoir des invités “prestigieux” était déjà une forme de reconnaissance pour nos partenaires financiers. Nous sommes d’ailleurs encore à la recherche de soutiens ou mécènes à un mois du festival… Artistiquement il y a beaucoup de soutiens et d’encouragements aujourd’hui autour de nous mais financièrement les partenaires sont plus difficiles à convaincre. Ce n’est pas la seule raison mais je ne serais pas hypocrite. Au départ nous ne souhaitions pas faire payer l’appel à candidature à de jeunes artistes qui n’ont souvent pas un rond mais nous étions également bloqués !
En revanche nous n’aurions pas choisi ces invités là s’il n’y avait pas un vrai respect et une admiration pour leurs démarches. Et puis c’est une histoire de relation humaine, comme en amitié ou en amour : on aime les gens que l’on invite humainement et artistiquement.

Vous vous positionnez au croisement entre la photographie, la vidéo, le film, le travail sonore, mais dans votre jury et vos invités c’est surtout la photographie qui est représentée aujourd’hui.

Nous restons et sommes un festival de photographie.
Nous voulons faire découvrir auprès d’un large public qu’au XXIème siècle la photographie évolue, se transforme et s’ouvre à d’autres formes d’expression. Quand à nos invités d’honneur ou à notre jury beaucoup travaillent déjà depuis longtemps sur ces nouvelles pratiques. Leur désir et leur curiosité d’une création parallèle à la photographie classique se fait de plus en plus sentir.
L’ipad est né… le marché de l’édition n’a jamais autant produit et vendu.
On continuera à accrocher des photographies sur les murs ou à produire des livres de photos. Il faut vivre avec notre temps et ce temps là aujourd’hui, dans notre civilisation, s’est brutalement accéléré. Je suis tout de même surpris par le contre-pied que prennent souvent les artistes qui produisent les film-photographiques : tout dans la lenteur, la poésie, l’engagement également. C’est aussi ce que nous voulons trouver et faire découvrir !

Pourquoi avez-vous choisi les Buttes Chaumont pour les projections ?

Parce que j’ai embrassé pour la première fois quand j’avais 8 ans une fille sous un arbre des Buttes Chaumont et qu’elle s’appelait Image…

“Si c’était pour faire la même chose que d’autres festivals, ça ne servait à rien !”