Pied nu Pied, par Alain Constanceau

Alain Constanceau illustre dans son livre les pieds des femmes sous toutes leur coutures, en studio comme dans la vie, dans leur quotidien, ou dans des situations exceptionnelles

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Aujourd’hui plus que jamais, il est important pour un photographe d’avoir une conception originale du sujet sur lequel il travaille. Pour Alain Constanceau, c’est l’idée elle-même qui est inédite, illustrer dans son livre les pieds des femmes sous toutes leur coutures, en studio comme dans la vie, dans leur quotidien, ou dans des situations exceptionnelles. Il obtient un résultat tout à fait singulier, en même temps qu’une relation très particulière avec ses modèles qui ne montrent que cette partie de leur anatomie.

photo Alain Constanceau

Pouvez-vous nous raconter votre départ dans la photographie ?

J’ai découvert la photographie avec un ami, j’avais alors 17 ans, actuellement j’en ai 52.
Nous étions tellement passionnés que nous consacrions tous nos instants de loisirs à déambuler dans Paris, nos appareils en bandoulière à rechercher “La Photo”

Mon premier appareil fut un Yashica Electro 35 suivi de très près par un Fujica ST 901, un des premiers à diodes digitales inscrites dans le viseur, affichant la vitesse en fonction de la luminosité, et cela m’amusait beaucoup car c’était toujours en train de changer quand je bougeais l’appareil.
A cette même époque, j’ai fait l’acquisition de l’agrandisseur, Le traditionnel et extraordinaire KROCUS, ainsi que tous les accessoires, produits, papiers, afin de pouvoir développer les négatifs et ensuite les coucher sur le papier.

photo Alain Constanceau

Très peu de temps après, je devais avoir 20 ans, arriva dans ma vie le “Nikon F1” puis un deuxième (que je changerai pour des Nikon F2 vers 26 ans) avec quelques objectifs Nikon “bateau”, 35mm, 50mm, 135mm et 200mm. Ce n’était pas encore l’époque des zoom boudés par les photographes.

Aux alentours de mes 22 ans, vinrent le 55mm Micro, le 500mm à miroir, et le 55mm ouverture 1,2.

Ainsi avec tout cet arsenal, j’ai essayé de faire de belles photos (mais qu’est ce que faire des belles photos ?). Au début j’étais plus intéressé par le côté graphique, étant natif de Paris et m’y promenant beaucoup j’avais fort à faire avec toute l’architecture environnante, m’amusant à mettre en image la phrase de Rimbaud : “ …et j’ai vu ce que vous avez cru voir…”
Je n’ai essentiellement réalisé que du noir et blanc, car voulant être maitre de mes clichés je les développais moi même, et j’aimais voir monter la photo ce que je n’aurais pas pu en faisant de la couleur. Ceci dit, le noir & blanc me comblait parfaitement.

Comme je l’écris ci-dessus, mon ami et moi, nous nous promenions énormément, chacun avec ses deux appareils, l’un équipé en 125 Asa, et l’autre en 400.
Nous avions un super jeu : trouver le bon rapport ouverture/vitesse avec un objectif X et un sujet Y choisi par nous mêmes…
C’était sympa de savoir après vérification dans nos boitiers que l’on ne se trompait pas beaucoup, même quand les sujets étaient difficiles, avec des embuches comme l’éclairage, les ASA, les objectifs par exemple.

photo Alain Constanceau

Quelles sont vos références parmi les photographes ?

Jean-loup Sieff avec ses noir et blanc extraordinaires, Jean-François Jonvelle pour son côté instantané (j’y reviendrai), Patrick Demarchelier pour la mode. Et beaucoup d’autres mais toujours dans le noir et blanc.

Pour en revenir à Jean-François Jonvelle, je dis toujours en rigolant (mais dans une plaisanterie n’y a t-il pas toujours un fond de vérité !) qu’il m’a piqué mon idée. Toutes ses photos montrent des femmes “brut”, dans leur ordinaire, brossage de dents, lavage, maquillage, choisissant vêtements et chaussures, dormant etc… et toujours en les faisant paraitre comme à la maison.
Quand je dis qu’il m’a piqué mon idée, c’est que dans les tous débuts des années 80, avant qu’il ne soit connu (avant « Myriam, demain j’enlève le bas»), j’avais en tête de faire une série dont le titre aurait été : « 24h d’une femme », et où je l’aurais photographiée du lever au coucher en passant par des situations quotidiennes, métro, boulot, etc… mais en me faisant oublier derrière l’objectif de façon à la rendre la plus naturelle possible.
Mais ce projet n’aboutira pas, faute de ténacité, et c’est bien car Jonvelle a vraiment fait un superbe travail…

photo Alain Constanceau

Qu’est ce qui vous à amené vers ce désir de prendre en photo des pieds de femme ?

Je pense me rappeler le moment précis qui m’a donné l’idée du livre et d’en faire mon sujet de prédilection (sujet du moment, moment qui dure !) : à cette époque, ma femme et moi tenions un hôtel-restaurant et un jour de forte pluie la cuisine du restaurant se trouva inondée avec plus ou moins 5 cm d’eau. Alors que nous continuions notre service de restauration, La femme de chambre découvrant les dégâts, ni une ni deux, enleva ses chaussures, ses chaussettes, et posa les pieds dans l’eau sur le carrelage.
Je crois vraiment que c’est cette vision de ses pieds dans l’eau qui m’a donné le déclic.

J’ai trouvé cela magnifiquement beau, je ne sais plus si c’était le pied, la pose ou la situation qui a créé cela… Les méandres du cerveau sont trop complexes pour pouvoir tout expliquer.
En tous cas ce fut le début d’une longue série de pieds qui continue jusqu’à maintenant, ayant encore pas mal d’idées à mettre en images.

photo Alain Constanceau

Ceci dit avant ce “déclic”, j’ai toujours aimé les jolis pieds de femmes, mais, jamais avant ce facteur déclencheur, il ne me serait venu à l’esprit d’en faire des photos.

Le temps a continué de passer, mes Nikon F2 ont été remplacés par le Nikon F90X et ensuite les numériques sont apparus.
Contraint et forcé, je m’y suis mis, en jetant mon dévolu sur le D80 (toujours Nikon) et en reléguant mon F90X au fond d’un placard en attendant…

Je n’ai jamais pu avoir des objectifs avec grande ouverture car trop onéreux excepté le 55mm/1,2 et j’essaie de faire du bon boulot avec des objectifs standard.

photo Alain Constanceau

Certains photographes aiment “shooter”et trier sur la quantité, d’autant plus avec le numérique qui permet de recadrer, retoucher, photoshopiser etc, plus aisément qu’avec l’argentique.
Il est vrai que moi je me targuais de ne pas retoucher, d’ailleurs les photos argentiques de mon livre sont tirées en épreuves d’artiste (avec les bords des négatifs).
Je n’ai jamais fait dans la quantité, même maintenant avec le numérique, mais sans doute est-ce une déformation de mes débuts qui ne me permettait pas de consommer beaucoup de pellicules, de papier, de produits et de temps, et m’obligeait donc à être plus pointilleux à la prise de vue.

photo Alain Constanceau

Pourquoi un livre ? Sans doute pour satisfaire mon ego et donner quelque chose de moi à mon fils. Pourquoi ce livre ? Parce que ce thème n’a jamais été le sujet principal d’un livre photographique et que j’en aurais été le premier acheteur s’il eut existé …
J’ai réussi cependant à en découvrir un au Brésil “Tesao por Pes”, mais il ne m’a guère convenu car beaucoup d’écrits, trop peu de photos et de qualité moyenne.
On n’est jamais mieux servi que par soi même !!! D’où PIED NU PIED…

Pourquoi pas des pieds d’hommes ou des pieds d’enfants ?

Je ne photographie pas les pieds d’hommes, car je n’y trouve aucun plaisir, n’étant pas attiré par leur esthétique, et je ne les regarde même pas…
Tout comme ceux des enfants que je trouve toujours potelés, mignons, mais toujours un peu semblables les uns des autres…

photo Alain Constanceau

Est-ce que vous avez l’impression de faire des photos de nus finalement ?

Non pas du tout. Quand je croise un modèle qui m’intéresse, je lui demande de me prêter ses pieds, voir ses jambes (pour avoir du champ) mais en aucune manière je ne fais l’amalgame.
Quand d’un commun accord avec le modèle nous faisons du nu, j’essaie malgré tout que les pieds soient omniprésents, ne me servant du corps nu qu’en arrière plan.

Quelles sont vos relations avec vos modèles ? Sont-elles toujours au courant que vous ne garderez que la partie inférieure de leur corps ?

Tous les modèles qui m’ont prêté leurs pieds font partie de mon entourage proche, ou des inconnues abordées dans la rue, les marchés, mais aucune n’est professionnelle.
Toutes sont averties que je ne me cantonne qu’à leurs jambes et pieds, je n’ai même pas pour la plupart leur visage en photo.

Pour celles rencontrées dans la rue, il est très difficile de leur proposer de faire des photos de leurs pieds, les femmes se méfient moins si on leur demande de poser nues que de poser pour leurs pieds… !!! Dès que l’on aborde le sujet des pieds, on passe pour un gros malade ou pervers, ce qui réduit d’autant les chances d’une acceptation…
Après ce premier pas franchi, non des moindres, (sans oublier que cela ne peut se produire qu’en été !) il faut que le modèle prenne conscience que l’on va essayer de faire de belles photos, et qu’elle va devoir s’appliquer à mettre en valeur ses pieds, leur faisant prendre des poses, des situations et non pas les proposer comme de simples pieds posés par terre…
Pour beaucoup de modèles, je n’ai fait qu’une séance de photos car le courant ne passait pas et cela se ressentait sur les clichés, d’autres sont devenues très proches.

photo Alain Constanceau

Comment choisissez-vous « vos pieds » ?

Le choix de mes pieds se fait sur un critère strict. Le pied Grec (l’orteil à côté du pouce plus long que ce dernier), les chevilles fines, le pied mince et élancé. Je ne les aime pas grassouillets, potelés.
Bien sûr je n’ai pas toujours réussi à avoir tous ces facteurs réunis, mais j’ai réalisé des photos qui me plaisaient même quand un des critères n’étaient pas respectés, ce ne sont pas les plus jolis pieds qui ont donné les plus belles photos, parlantes, avec une âme, mais bien le rapport que j’ai avec le modèle.

Comment décririez-vous la sensualité des pieds ? Nus ou chaussés, vernis ou nature ?

Chez la Femme, Je trouve que les pieds, tout comme les seins, la silhouette, les fesses etc… sont des attributs de même valeur photographique.
Je les aime dans toutes les circonstances, nus ou chaussés, vernis ou nature, avec un penchant pour le « nature »,  pouvant s’agrémenter d’une chainette très discrète. Pourvu qu’ils soient grecs, fins, longs….
Pour le vernis, il est trop souvent mal posé ou défraîchi, en attente d’un dissolvant salvateur…
Mon critère de beauté est la femme fine élancée, tout comme pour les pieds. Et souvent ils vont ensemble, il est rare de rencontrer une femme potelée avec des chevilles et pieds fins…

photo Alain Constanceau

Quel est votre matériel de prédilection ?

Je suis un inconditionnel de Nikon, que j’utilise depuis très longtemps.
Voici les objectifs que j’aimerais, mais que je n’ai pas pu m’offrir jusqu’à présent : Nikon 17-55mm f/2.8G  –  Nikon 70-200mm f/ 2.8G  –  Nikon 105 mm f/2.8G

A partir de quel moment vous en êtes venu à l’idée d’un livre ?

Dès que j’ai commencé à photographier les pieds, suite au déclic marqué dans mon laïus, j’ai recherché des livres de photos artistiques sur ce sujet, je n’ai trouvé ce thème abordé que chez Roy Stuart, mais photos en couleur et très très sexuel, cela ne m’a pas satisfaisait, et « tesao por pès ».
Pour combler ce manque j’ai pensé à réaliser ce livre, mais certainement aussi pour mon ego.

photo Alain Constanceau

Est-ce que vous arrivez à le vendre ? Vous avez eu des retours positifs sur ce travail ?

Il est vrai qu’il est difficile de se faire connaître quand on est auto-édité, et sans nom célèbre ou des contacts privilégiés chez les média.
Heureusement internet est un outil accessible au quidam. Mon premier support a été Argentic (très beau site), puis Ebay, Chasseur d’images qui a inséré mon livre dans la rubrique nouveautés de son numéro de juillet-août.
Je contacte les podologues et réflexologues qui sont de bons clients.
Mon livre est en dépôt dans plusieurs librairies sur Paris, Montpellier…
Depuis que mon fils a réalisé le site www.piednupied.com les visites sont en constante augmentation, dont un tiers hors de nos frontières.
Toutes les personnes qui l’ont acheté sont satisfaites et m’envoient de très bons commentaires. Jusqu’à maintenant aucun retour négatif.
Je peux remarquer et m’étonner qu’un tiers des acheteurs sont des femmes.

Quelle est votre actualité ?

Pour le moment je me tourne essentiellement sur la promotion et vente de ce livre tout en continuant à faire des photos de pieds.

Si vous deviez commencer un nouveau projet, quel serait-il ?

J’aimerais remettre en page un autre livre de photos de pieds avec un champ moins serré, et plus d’extérieur.
J’aimerais le réaliser intégralement tout comme le précédent, prises de photos, le choix des photos, cadrage, mise en page, textes, recherche d’imprimeur, suivi de l’évolution jusqu’à la phase finale, en évitant les petites erreurs commises dans le premier.

En supplément, le récent travail de l’auteur sur ce thème :

photo Alain Constanceau

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