Photographier les oiseaux en vol, par Philippe de Almeida

Nous avons interviewé Philippe de Almeida sur l'ensemble de son travail de photographe animalier (lien ici sur lesphotographes.com) et nous lui avons proposé de choisir une de ses photos et de nous parler du contexte, de l'histoire de celle-ci. Il a choisit cette magnifique photo d'oiseau en vol et ouvert par là même un sujet très intéressant : beaucoup d'amateurs de photo de nature et d'animaux font de très belles images d'oiseaux, car cet animal très esthétique est aussi très répandu dans la nature. Mais prendre les oiseaux en vol nécessite une bonne maîtrise et nous allons étudier en détail le cas de ce vol de Buse par Philippe de Almeida.

Nous avons interviewé Philippe de Almeida sur l’ensemble de son travail de photographe animalier (lien ici sur lesphotographes.com) et nous lui avons proposé de choisir une de ses photos et de nous parler du contexte, de l’histoire de celle-ci. Il a choisit cette magnifique photo d’oiseau en vol et ouvert par là même un sujet très intéressant : beaucoup d’amateurs de photo de nature et d’animaux font de très belles images d’oiseaux, car cet animal très esthétique est aussi très répandu dans la nature. Mais prendre les oiseaux en vol nécessite une bonne maîtrise et nous allons étudier en détail le cas de ce vol de Buse par Philippe de Almeida.

Pouvez-vous nous raconter l’histoire de cette photo ?

Ce jour-là je suis installé en lisière d’un massif forestier où j’avais déjà aperçu à plusieurs reprises une buse variable en quête de proies. Tapis sous mon dispositif de camouflage, une simple bâche qui épouse ma silhouette assise, je n’attends pas longtemps après le lever du soleil (dans mon dos) avant que ne débute le balai de busards de roseaux sur la roselière toute proche.
Jour de chance la buse elle aussi ne tarde pas à faire son apparition et décrit des cercles autour de la clairière inspectant la zone où je me trouve.
Mon affût, nouvel élément dans cet environnement est vite repéré par le rapace dont j’aperçois soudain l’ombre portée sur le sol juste devant moi ! La taille de la projection m’indique que l’animal ne se trouve qu’à peine à quelques mètres au dessus de moi empruntant un instant au faucon son vol stationnaire ; Je m’imagine alors un instant dans le rôle de la proie !

Il faut donc agir vite ?

A ce moment-là je suis partagé entre le désir de chercher le rapace au travers de mon objectif et celui de prolonger la sensation étrange d’être survolé par ce dernier, finalement je ne résiste pas à la tentation de cadrer l’animal en me contortionnant mais celui-ci méfiant et suffisamment placé en retrait m’interdit toute prise de vue en contre-plongée.
L’ombre disparait soudain et l’oiseau passe alors à plusieurs reprises devant moi toujours intrigué mais nullement effrayé par ma présence, je profite de l’aubaine pour immortaliser la curiosité de son regard.

Qu’est ce qui vous à amené à choisir cette photo parmi votre collection ?

Je me souviens encore trés bien de ce moment étrange où j’étais devenu un sujet d’observation dans le viseur du rapace qui avait lui ce jour-là en quelque sorte inversé les rôles !!!
Cette photo du rapace n’a rien de particulier à proprement parler mais les moments qui ont précédés cette prises de vue étaient vraiment forts en sensations, j’en garde encore aujourd’hui un souvenir très précis.

Comment éviter les contre-jours et comment se poster pour avoir le meilleur point de vue ?

Il est bien sûr idéal de ne pas se placer face au soleil et d’essayer d’éviter les prises en forte contre-plongée, la difficulté réside donc dans le placement du photographe qui doit saisir l’animal au bon moment avant qu’il ne soit trop haut dans le ciel et ne présente que sa silouhette « par le dessous ». D’où la necessité de connaître les habitudes de déplacement et perchoirs naturels de son sujet, afin de se poster en conséquence et augmenter la probabilité de prise de vues mais sans déranger l’animal dans ses habitudes vitales (alimentation, reproduction, nidification). Cependant il peut-être judicieux d’utiliser le contre-jour dans certaines situations comme dans le ciel orangé d’un  lever ou coucher de soleil ou même dans une lumière douce rasante pour obtenir des effets particuliers.

En général les meilleures attitudes en vol sont celles de décollage, atterissage ou amerissage.
Le décollage nécessite une bonne concentration sur l’animal et la capacité à déceler des signes de décollage propre à celui-ci mais aussi la perception les éléments extérieurs tel le passage d’un prédateur (survol d’un rapace) passage d’un mammifère voir d’un promeneur qui provoquent la fuite de l’oiseau-sujet. Il faut alors être trés reactif et précis.
Le décollage en milieu aquatique est toujours trés graphique car accompagné d’une gerbe d’eau qu’il est possible de figer par l’utilisation d’un grande vitesse sur le boitier.

Quel matériel est idéal selon vous pour prendre les oiseaux en vol ?

Un boitier rapide possédant une vitesse d’images en rafale élevée est un atout pour obtenir une séquence complète de la scène.
J’ai commencé avec du 3 images/seconde mais aujourd’hui 8 images/seconde me semble un minimun.
La capacité « d’accroche » et la rapidité de l’autofocus de l’objectif sont primordiales tout comme la possibilité de pouvoir faire une retouche manuelle du point par la bague de mise-au-point qui peut pallier au dérapage de la mise au point automatique (ou de l’utilisateur !) sur un sujet en mouvement. Tous les objectifs ne le permettent pas et cet aspect doit être également pris en compte pour le choix d’un objectif.

Certains oiseaux très agiles et très rapides sont probablement très durs à photographier, est-ce que certains vous sont restés inaccessibles ?

Les rapaces sont évidemment les plus difficiles à cerner et sont bien plus exigents que les espèces comme les martin-pêcheurs ou même guêpiers qui tolèrent les affûts à faible proximité.
Les rapaces eux sont trés méfiants, en tout cas dans ma région des Pyrénées-Orientales et sont dotés d’une vue trés performante qui obligent à une discrétion extême et un camouflage parfait si l’on veut les photographier d’assez prés.
Une méthode consiste à appater l’animal mais je ne pratique pas cette dernière qui me semble fausser le comportement naturel de l’animal et de par la même l’aspect « sauvage » du reportage.