Philippe de Almeida, photographe animalier

Philippe de Almeida dépasse ce qui n'était qu'un simple hobby pour en faire une activité passionnelle en plus de sa vie professionnelle, près de chez lui ou lors de voyages organisés exclusivement pour approcher les animaux sauvages.

image15-end

Photographier des animaux est un exercice partagé par beaucoup d’amateurs de photographie, tant il est agréable de « croquer » les petites bêtes qui nous entourent. Philippe de Almeida dépasse ce simple hobby pour en faire une activité passionnelle en plus de sa vie professionnelle, près de chez lui ou lors de voyages organisés exclusivement pour approcher les animaux sauvages. Il nous raconte le parcours d’un « zoo-sensible » comme il aime à se décrire.

Photographie Philippe de Almeida
Éléphants au couchant – Kenya ©Philippe de Almeida

Comment et pourquoi avez vous commencé à photographier les animaux ?

Je suis venu à l’image animalière par la vidéo-sous marine et plus particulièrement sur le sujet des cétacés. Cette activité m’a amené à vivre des moments extraordinaires auprès des dauphins sauvages en Australie et aux Bahamas et a à réaliser des images dont certaines ont été reprises dans deux documentaires animaliers du réalisateur Eric Demay.
C’est l’observation pour la première fois d’un martin-pêcheur en bord de rivière qui plongeait d’une branche juste à côté de moi (alors que je m’étais assoupi sur la berge !) qui à réveillé l’envie d’immortaliser des attitudes et comportement d’animaux.
Dans les mois qui suivirent j’achetais un EOS 1 et un objectif 300 mm F4 pour faire mes premières images… de martin-pêcheur en m’initiant à la pratique de l’affût fixe en bord de rivière.
Je me rappelle encore de la première fois où l’oiseau s’est posé sur la branche face à ma planque à la distance minimale de mise au point de mon objectif : ma respiration s’est littéralement coupée et j’ai envoyé les 36 poses de la pellicule d’un coup !!! Pour 36 photos identiques car l’animal n’avait pas bougé une plume !!!
J’avais en tout cas éprouvé une sensation incroyable d’avoir été si proche de ce superbe animal.

Photographie Philippe de Almeida
Martin pêcheur – France ©Philippe de Almeida

Quelles ont été les étapes de votre apprentissage pour faire de la photo animalière ?

Le repérage et la localisation des lieux de fréquentation des espèces a été déterminant. Ensuite j’ai essayé d’améliorer l’aspect tactique dans la pose de mes affûts fixes.
Peu à peu en suivant une espèce animale ciblée on commence à pouvoir anticiper sur ses comportements et obtenir des images intéressantes et variées. J’ai aussi appris à me lever tôt jusqu’à 4 h du matin en été, ou bien à dormir même dans mon affût photographique pour ne pas faire fuir les espèces à mon arrivée en plein jour et capter les belles lumières matinales.
Parallèlement il a fallut découvrir les principes de la photographie en général et appliqué au mouvement de l’animal dans son environnement, j’ai fait là mes premières rencontres avec les flous, les mises au point approximatives et les problèmes d’exposition !

Photographie Philippe de Almeida
Lionne et lionceau – Namibie ©Philippe de Almeida

D’où vous est venue l’envie de faire de la photo animalière et de vous spécialiser ?

Il y a de nombreuses années j’admirais déjà le travail des photographes de nature dans les magazines comme Terre Sauvage mais je pensais l’activité impossible pour moi car je ne la concevais qu’en d’Afrique, porteuse de tous mes rêves.
J’avais alors déjà fait des voyages à tendance nature au Kenya, en Guyane et au Canada mais prenais peu de photos, surtout très générales, de type photo de voyage.
L’envie est surtout venue avec la faune aviaire qui est variée et la plus facile à observer, ce que je faisais parfois il y a une vingtaine d’année sans matériel photo…
L’attrait des oiseaux m’a rattrapé à l’aube de mes quarante ans l’année de la naissance de ma fille en 2004.
Peu à peu j’ai été gagné par le virus de la photo d’oiseaux et même si ma pratique reste trop irrégulière, rares sont les jours où je n’y pense pas.

Photographie Philippe de Almeida
Canard Souchet femelle – Espagne ©Philippe de Almeida
Pourquoi est-ce cette voie qui continue à vous séduire ?

L’affût photographique offre des moments variés allant de la longueur des attentes infructueuses à la magie de la survenue du sujet dans les conditions espérées, ces moments-là ne sont jamais les mêmes et sont à chaque fois trés intenses en sensations, le moment de la prise de vue nécessite un état de concentration qui nous met comme en osmose avec les mouvements de l’animal. Je suis friand de ces moments-là et ne pourrai plus m’en passer aujourd’hui.
Les plus belles rencontres ne s’oublient pas et j’aime parfois repenser à certaines d’entre-elles même si le résultat en images n’était pas celui espéré.
La préparation de l’affût (repérage et installation) est également une étape importante  et vraiment intéressante où on doit mettre un minimum de sens tactique pour pouvoir observer les espèces sans être vu soi-même en s’intégrant dans l’environnement mais aussi pour se mettre dans les meilleures conditions possibles de prises de vues. J’y retrouve un peu les sensations de l’enfant qui construit sa cabane !!!
La pratique de la photo animalière offre des perspectives trés variées en termes espèces et de types d’environnement, il y a tant de destinations que j’aimerais rejoindre qu’il m’est parfois difficile de faire un choix, ça me garantit en tout cas encore bien des voyages dans le futur.
La motivation de progresser est un moteur important dans ma pratique, je me penche souvent sur le travail des autres, je me délecte réellement de ce que je vois dans les publications et suis conscient du chemin à parcourir. Cela passera forcément par des remises en question dans ma pratique, j’aime cet aspect évolutif.

Photographie Philippe de Almeida
Otarie -Namibie ©Philippe de Almeida

Cette spécialité, en plus de la maîtrise de la photo, demande des connaissances animalières ?

Bien-sûr car pour réaliser des images d’animaux il faut connaitre les habitudes de ces derniers et notamment l’environnement qu’ils fréquentent. Ça entend également d’avoir des notions sur le comportement, ça s’apprend surtout sur le terrain et permet d’anticiper les prises de vue. La connaissance des cycles de vie de l’animal est également importante afin de déterminer les périodes d’activité intense de l’animal qui garantiront plus de rencontres et d’attitudes intéressantes.  (Reproduction, éducation et nourrissage de la descendance par exemple). Savoir lire les traces de passage dans la nature est d’une aide notable et détermine les lieux de passages des gros animaux et peut donner des idées pour se poster.
Dans la pratique de la photo à l’approche il est important de connaitre les distances de sécurité de l’animal; en d’autres termes la distance minimale qui nous sépare avec lui qu’il tolère en fonction de sa vitesse de fuite. Sur un plan éthique il est important de ne pas « forcer le passage » et ne pas stresser l’animal, une photo respectable a un prix, celui du respect de l’animal avant tout.

Photographie Philippe de Almeida

Photographie Philippe de Almeida
Guêpier d’Europe – France ©Philippe de Almeida

Quel est le message, les émotions que vous voulez faire passer à travers vos photos ?

Montrer la beauté de la vie sauvage me semble un devoir en tant que photographe de nature et un juste retour des choses tant cette nature me donne des moments forts à vivre. On reprend systématiquement l’expression « protéger la nature pour les générations futures », cette expression me semble bien trop « homo-centrique » et je préfère entendre protéger la nature pour elle-même en y incluant notre espèce qui s’en est beaucoup éloignée. Je souhaiterai au travers de mes photos faire passer le message d’alerte que nous sommes en train de faire disparaître des espèces issues de millions d’années et d’une extraordinaire évolution, de façon irrémédiable. Nous devons soutenir les personnes qui se battent pour la cause de la vie sur la planète mais aussi revoir nos comportements ainsi que notre regard sur certaines espèces animales impopulaires et classées au rang de nuisibles « à l’homme » qui lui, pourtant, est le seul à produire des dégâts à l’échelle planétaire.
Prenons conscience de la beauté et de la fragilité du monde qui nous entoure, nulle espèce ne mérite ni le harcèlement, ni l’enfermement et la disparition.
Pouvoir observer la nature à l’état sauvage est un privilège que je veux faire partager autour de moi.
J’ai du reste fondé l’association « Images & Vies sauvages » support d’interventions de sensibilisation au respect de la nature par l’image en milieu scolaire et éducatif.

Photographie Philippe de Almeida
Éléphants dans les nuages – Kenya ©Philippe de Almeida

Auriez-vous envie d’essayer un autre type de photo ? Si oui, lequel ?

Je ne pratique pas vraiment la photographie de paysage pourtant complémentaire en terme d’environnement des espèces animales. Le matériel optique que je possède actuellement n’est pas vraiment adapté à ce type de photographie que je voudrai de qualité.
Originaire du Sud-ouest je pratique parallèlement la photo sportive et plus particulièrement sur le sujet du rugby à XV professionnel, j’essaie de sortir des standards de la photo documentaire sportive pour aller chercher des éléments graphiques sur le terrain. La tâche est rude car là aussi comme dans la nature cela va vite et isoler des moments dans les affrontements est parfois difficile. Je trouve cette pratique très vivante et dynamique, j’y vois des similitudes avec la photographie animalière notamment dans la technique de prise de vue d’actions et la réactivité qu’elles nécessitent.
Je prépare une exposition en noir & blanc sur le sujet que j’espère être en mesure de présenter dans le courant de l’année prochaine.
Résidant en bord de méditerranée je photographie également les surfers de la côte de ma région (Pyrénées-Orientales).

Photographie Philippe de Almeida
Grenouille de cœur – France ©Philippe de Almeida

Avez-vous un métier en plus de la photo ? Quelle part occupe la photo dans votre vie professionnelle ?

La photographie de nature reste une activité passionnelle pour moi car parallèlement et sans transition j’exerce dans la profession d’infirmier.
J’ai pris récemment de nouvelles options de planning professionnel qui j’espère vont me laisser plus de temps à consacrer à la prise de vue, de façon plus constructive et régulière ce qui me faisait défaut jusqu’alors.
Personnellement je me définis plus en tant que preneur d’images dans la nature que photographe à vraiment parler car il y a beaucoup de thèmes et d’aspects techniques que je ne maîtrise pas suffisamment.

Photographie Philippe de Almeida
Tarante sur éclairage public ou « Gecko on the moon » ©Philippe de Almeida
Vous entretenez une relation particulière avec la nature. Pouvez-vous nous en parler ?

La vie animale sauvage m’a toujours interpellé et je porte cet intérêt depuis l’enfance.
Je porte ça en moi sans trop savoir pourquoi, ça va au delà de la passion je pense, il y a de l’ordre de la fascination pour l’histoire de l’évolution, de l’étrangeté et de la variété des espèces, de l’exotisme des environnements tel la savane africaine ou le milieu sous-marin ou bien encore la magie des grandes migrations. Je suis on va dire « zoo-sensible » !!!
Il y a probablement aussi une fuite de l’évolution du monde moderne dans lequel je ne me retrouve pas forcément et un côté « sauvage » qu’on m’attribue parfois…
Paradoxalement Je suis venu tardivement à une activité en relation avec la nature, je n’ai pas le cursus du jeune photographe qui a commencé à photographier les grenouilles à 13 ans… C’est arrivé sur le tard, parfois je regrette mon manque d’implication par le passé mais cela ne fait que renforcer mon envie d’apprendre, de progresser et de découvrir.

Photographie Philippe de Almeida
Macareux Moine – Iles Shetlands ©Philippe de Almeida

Quelles sont, selon vous, les « références », les « incontournables » de la photo de nature ? Est-ce que ces photographes vous inspirent dans votre travail ?

J’ai un profond respect pour les professionnels de photo de nature qui sont allés jusqu’au bout de leur passion et on prit le risque d’en vivre. Parmi eux j’apprécie tout particulièrement le photographe Canadien Paul Nicklen dont J’ai vu une exposition il y a 2 ans au Festival Visa Pour l’Image à Perpignan, je suis resté sidéré par la qualité, l’intérêt et le côté spectaculaire de ses prises de vues du phoque léopard prédateur de manchots. J’avais déjà vu certaines d’entre-elles dans un numéro de National Geographic.
Je n’ai pas pu rencontrer Paul Nicklen malgré qu’il soit parfois sur son lieu d’exposition… regrets.
J’ai beaucoup d’admiration pour le photographe allemand Karl Amman qui s’implique vraiment sur des terrains difficiles dans la défense de la faune sauvage en Afrique et notamment au Congo.
En somme j’apprécie autant l’implication que le talent photographique. Je suis également très admiratif des travaux photographiques de tous ces amateurs qui ont un talent digne des meilleurs professionnels.
Forcément la culture de l’image qu’apporte le travail de tous ces photographes m’influence dans le choix des sujets notamment, le style de prise de vue, le matériel utilisé. Leurs conseils qu’on retrouve parfois dans les publications sont très utiles.

Photographie Philippe de Almeida
Busard des roseaux – Espagne ©Philippe de Almeida

Quel matériel utilisez-vous ?

Question matériel j’utilise la gamme Canon. Côté boitiers je possède un EOS 1DMK2 + EOS 30D sur lequel je monte essentiellement un objectif 500 mm F4.5 un vieux modèle qui me rend bien des services, en attendant d’acquérir un jour la dernière version du 500 mm F4.
Ensuite j’utilise beaucoup moins souvent un 70-200mm F2.8 et encore plus rarement un 28-80 F4.

Photographie Philippe de Almeida
Martin pêcheur – France ©Philippe de Almeida

Avez-vous un matériel spécifique ?

Je pratique l’affût fixe dissimulé sous une toile de tente adaptée et camouflée pour l’occasion.
J’ai aussi un affût flottant de ma fabrication que j’ai peu expérimenté mais que je compte ressortir au printemps prochain car j’affection vraiment les prises de vues au raz-de-l’eau pour l’effet de proximité qu’elles génèrent.

Quelles sont vos  « ruses » ?

Hormis l’affût, les levers matinaux et le respect du sens du vent je ne possède aucune ruse particulière, en tout cas certainement pas celle de l’appât que je ne considère pas comme naturelle et va à l’encontre de ma conception de la photo d’animaux et d’observateur.
J’essaie simplement de m’adapter à l’animal et aux données du biotope…

Quels sont les conseils que vous donneriez à un débutant ?

De pratiquer le plus souvent possible et d’éviter les longues périodes de coupure, de s’intéresser au travail des autres afin d’y confronter son propre travail, montrer ses photos pour les faire critiquer et accepter les critiques qui font vraiment progresser.

Photographie Philippe de Almeida
Foulque Macroule – France ©Philippe de Almeida

Plus spécifiquement aux photos animalières ?

Ne pas s’éparpiller et se fixer sur une même espèce puis ne passer à une autre qu’après s’être consacré vraiment à la précédente, exploiter les différentes saisons et leur particularités en terme de présence animale et comportementales, accorder de l’importance au repérage et à l’adaptation de l’affût. S’armer de patience et multiplier les séances de prise de vue.

Quelles sont vos projets ?

Retourner photographier en Afrique, je n’y suis pas retourné depuis près de 3 ans maintenant, les hurlements des hyènes la nuit et le « râle » nocturne des lions commencent à me manquer sérieusement.
Ma dernière incursion en Afrique s’était soldée par une série incroyable de panne de matériel de boitier et d’objectif à des moments cruciaux et avait bien entamé mes chances de ramener de bonnes photos alors que mon partenaire de safari Laurent Baheux, photographe professionnel, allait exploiter parfaitement ce séjour à Masai Mara.
J’ai du reste beaucoup appris à ses côtés en notion de cadrage et bien rebondi par la suite
notamment en acquérant le matériel que je possède aujourd’hui qui malgré tout n’est plus le dernier cri mais m’a permis de progresser.

Vos rêves ?

Pouvoir me mettre réellement dans des conditions de reportage à savoir rester plusieurs mois dans un pays d’Afrique ou bien en Australie par exemple. Les zones froides de la planète comme l’Antarctique, les îles Kerguelen ou Crozet me font beaucoup rêver également.

Photographie Philippe de Almeida
Macareux Moine – Iles Shetlands ©Philippe de Almeida

Comment imaginez-vous la suite de votre parcours ?

La grande difficulté comme nombre d’amateur est de concilier pratique de la photo avec activité professionnelle et obligations familiales.
Je dois être plus mobile pour pouvoir diversifier mes sujets, et planifier des séjours pour rester dynamique.
Je compte sur l’arrivée du printemps prochain pour aborder la macro-photographie.
A long terme je souhaiterai améliorer la qualité et l’intérêt de mes images pour les proposer à la publication. Je caresse également l’idée de faire un livre de photos sur le sujet de la faune que j’observe dans ma région.
Je suis très enthousiaste à l’idée des moments qu’il me reste à vivre matériel en main et parmi la faune sauvage, à l’autre bout de la planète comme tout près de chez moi.