Nicolas Leblanc : Une année ici en vaut cinq ailleurs

Pendant les Rencontres d'Arles 2011, il était possible de découvrir au détour des ruelles de la ville l'exposition de Nicolas Leblanc, jeune diplômé de l’École Nationale de photographie. Mais c'est l'expérience de son enfance passée loin de France, en Egypte, qui lui inspire un sujet tourné vers la rue, la précarité et le mal-logement.

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Pendant les Rencontres d’Arles 2011, il était possible de découvrir au détour des ruelles de la ville l’exposition de Nicolas Leblanc, jeune diplômé de l’École Nationale de photographie. Mais c’est l’expérience de son enfance passée loin de France, en Egypte, qui lui inspire un sujet tourné vers la rue, la précarité et le mal-logement.

Comment vous êtes vous dirigés vers la photo ? Qu’est ce qui vous a décidé à suivre des études de photographie ?

C’est un bon prétexte pour découvrir « l’autre » tout en construisant des histoires.

Durant mes études je me suis rapidement orienté vers l’outil photographique.

Au delà de la photographie, il s’agit pour moi de comprendre et d’utiliser l’image en général (fixe ou animée) pour me questionner par une posture artistique et informative sur certains travers, positifs ou négatifs, de nos sociétés.

Comment voyez la suite de votre parcours vers le monde professionnel ?

La photographie est un terrain qui questionne beaucoup le monde de l’art et de l’information. Si sa place est centrale dans un monde médiatique, son statut aujourd’hui n’en reste pas moins incertain dans de nombreux champs.

La question serait de se demander comment travailler avec l’image et continuer à (ra)conter le monde alors que les structures du domaine de l’art et des médias, fonds photographiques, agences, fondations, collectifs, etc… traversent une époque difficile pour la profession.

En tant que jeune photographe diplômé de l’École Nationale Supérieure de la Photographie d’Arles, je pense que les chemins et les multiples voies qui mènent à la photographie sont en changement et se doivent être réinventer ou à repenser.…

De manière plus personnelle il me plait de penser que la photographie n’est qu’à son commencement. Fred Richin dans son ouvrage intitulé « Au delà de la photographie » définit bien la relation entre la photographie et les nouveaux médias en marche, expliquant que l’ère « numérique », dans son sens large, a bouleversé la relation que l’on entretient avec l’image et que nos perceptions sont en évolution. Nous ne regardons pas de la même manière, nous ne sentons pas de la même manière… Nous somme certes les contemporains d’une époque passée mais l’adoption de nouveaux moyens de communication change le monde en profondeur.

Pourquoi les web-documentaires sont-il financés par la télévision (Arte, France 5,…) ou le cinéma (CNC) ? Et comment les agences de web-design sont-elles les auteurs de nouvelles créations où les spectateurs et regardeurs deviennent des participants ?

L’image est en mutation, les territoires sont changeants, des choses restent à inventer.

Difficile de dire comment s’annonce mon parcours professionnel, même si ma démarche tend vers une pratique d’une actualité et d’une information à contre temps.

L’Egypte ou le Mali, quel choix au départ vous a poussé vers ces destinations ?

Bachelier en 2004 je revenais du Lycée français du Caire avec une multitude d’images dans la tête, dans le même temps je commençais la photographie et cherchais à comprendre ce que signifiait la « crise » du logement en France. Ayant vécu un éloignement du pays où j’ai grandi, j’ai voulu tenter de comprendre « le monde de la rue » au plus proche de moi. J’ai commencé à travailler sur le mal-logement et à écouter ce qu’avait à me raconter les sans-abris. Pour cela j’ai observé de l’intérieur une association du Droit au Logement à Lille.

La rue m’a ensuite amené à rencontrer de nombreux travailleur sans-papiers notamment à Paris, c’est donc à partir de 2007 que j’ai réellement commencé à travailler dans une durée plus longue. De 2008 à 2009 j’ai partagé ce long moment qu’était la mobilisation à la Bourse du Travail à Paris à travers le filtre personnel de Samba Bâh, Malien en attente de séjour. Depuis dix ans en activité avec l’identité d’une autre personne, menant une vie précaire, la frontière entre la rue et leur précarité était palpable. Samba a obtenu gain de cause, il est retourné en 2009 au Mali après l’obtention d’un droit de séjour en France.

C’est à ce moment là que les premiers liens se sont tissés avec le Mali. J’ai voulu passé le relais à un photographe malien pour qu’il suive Samba dans sont retour dans la région de Kayes. Il en a résulté une création photographique et sonore qui fût diffusé à la biennale de photographie de Bamako.

Je suis revenu du Mali à mon tour avec des images.

Puis je suis retournée en Égypte en 2010 après une longue période d’absences. J’ai voulu y retourner six ans après avoir quitté le pays pour continuer à documenter et à me questionner sur le sens des migrations.

En employant un médium supplémentaire, le son, je suis allé en Égypte pour photographier et écouter les parcours et déplacements des réfugiés du Soudan, plus précisément venant du Darfour, au Caire.

En résumé, je veux juste dire qu’il n’y a pas vraiment de choix qui me poussent quelque part, il y a seulement une relation à un territoire connu ou inconnu.

Dans une région comme l’Égypte, comment travailler sa photographie comme un projet artistique et non seulement un projet documentaire ?

Peut être avoir le temps… Peut être également faut-il y être familier d’un lieu …

Quelles sont vos techniques pour conserver une discrétion lors de votre présence et prises de vue ? Est-il nécessaire de se faire oublier pour la réalisation de votre travail ?

Bien au contraire, pour moi il est nécessaire d’être très présent, sans pour autant intervenir dans le quotidien.

Ma volonté était de me confronter aux réfugiés (malgré la barrière de la langue) pour pouvoir être en confiance avec eux et partager certains moment important. Le déplacement est d’ailleurs très important dans cette approche, car il est parfois synonyme de partage. Se déplacer dans les rues égyptiennes avec certains d’entre eux à largement facilité la compréhension de l’autre malgré une différences culturelles évidente.

La seule intervention de ma part à été au moment de la prise de portrait. Généralement après le temps d’écoute des témoignages (En langue arabe), le temps d’installer le matériel est important, il est une sorte de temps propice pour photographier et faire un portrait.

En tant qu’étudiant en photographie actuellement, que change votre voyage pour la fin de vos études ?

Voyager dans le cadre de mes études m’a permis de le faire sans pression ni obligation.

Voyager dans un tel cadre est également un moyen de comprendre et de se situer dans l’acte photographique, de savoir ce que l’on veut montrer et comment le montrer par la suite.

Le fait que le voyage soit introspectif est un terrain propice à la réflexion.

Que vous apporte le fait de pouvoir exposer ce travail ? Comment vous verriez votre prochaine exposition suite à l’expérience de cette première ?

L’exposition dans le cadre des Rencontres d’Arles à l’Atelier du Midi est une aubaine pour présenter au regard du public ces travaux de plusieurs années jusqu’ici à l’état d’archives.

Présenter ces deux séries aujourd’hui est une source d’expériences supplémentaire par les remarques du publics, il permet d’aborder différemment les travaux à venir.

Je n’ai pas d’attente qu’en aux prochaines expositions, à part à ce qu’elle puisse me permettre de poursuivre mon travail.

Titre de la série : Une année ici en vaut cinq ailleurs

Réalisation : 2010

© Nicolas Leblanc