Nicolas Havette, directeur artistique d’Antennes Photo, projections pendant les Rencontres d’Arles

Chaque années le festival des Rencontres d'Arles concentre dans le sud de la France la population des photographes et les animations autour de leur travail. Nicolas Havette, dynamique directeur artistique nous projette l'avenir de la première édition d'un de ces évènements, les projections Antennes Photo.

Chaque années le festival des Rencontres d’Arles concentre dans le sud de la France la population des photographes et les animations autour de leur travail. Nicolas Havette, dynamique directeur artistique nous projette l’avenir de la première édition d’un de ces évènements, les projections Antennes Photo.

Vous allez mêler l’espace créatif des photographies et des vidéos à l’espace public de la ville d’Arles, comment allez vous faire cela ?

Le projet ANTENNES s’inscrit dans la volonté de la mairie d’Arles de redynamiser le quartier Jouvène–Liberté, un quartier situé au cœur du centre ancien d’Arles. C’est pour cette raison qu’a été créée l’antenne Jouvène-Liberté à qui j’ai proposé de mettre en place ce projet. Après validation et soutien de la mairie d’Arles, j’avais comme feuille de route de faire apparaître l’énergie et la créativité des structures culturelles et artistiques présentes dans le quartier en présentant en parallèle un programme de projections sur lequel j’avais le libre choix de la direction artistique. Cette contrainte aurait pu être un écueil, mais m’a permis finalement de prendre conscience que Arles et principalement ce quartier regorge d’énergies et de projets de grandes qualités.

Le cadre, l’espace de monstration, le mode de présentation des œuvres donnent toujours une teinte, une orientation particulière à leur réception par le public. Nous avons choisi lors de cet événement de montrer le travail des photographes dans la rue et en projection durant la semaine d’ouverture des Rencontres d’Arles du 4 au 10 juilllet de 21h30 à 23h30. De ce choix volontaire initial découle également le thème : vous avez dit : « street photography ? ». Il permet de relier le foisonnement créatif présent dans ce quartier (épicerie d’art, galeries, studio de production, maison d’édition) à l’histoire de la photographie.

Qu’entendez-vous par street photography ?

Le terme « Street Photography » fait partie intégrante de l’histoire de la photographie : Garry Winogrand, Walker Evans, Robert Frank, Helen Levitt, Ed Ruscha entre autres font parti du panthéon de cette histoire de la photographie prise dans la rue. C’est une extraction parfois violente, faite avec humour, cynisme ou détachement. C’est la vision d’un individu qui, par le biais de la photographie, pose un regard sur ces contemporains, leurs modes de vie, leurs habitudes, leurs travers, ce qu’ils donnent à voir de manière publique. Le photographe sculpte le monde à sa manière et nous le donne à voir. Cette partie de l’histoire de la photo commence très tôt dans les années 1920, à un moment ou les enjeux politiques, de contrôle et de surveillances des rues étaient bien différents de ceux que nous connaissons aujourd’hui. Il me semblait intéressant de traiter de cette question dans le contexte qu’il m’était offert d’investir. Quels enjeux se jouent aujourd’hui dans nos rues, qu’est ce qui est visible et comment les faiseurs d’images trouvent les formes pour en parler.

Pour la sélection des photos, donnerez-vous une direction au jury ? Y aura-t-il un style annoncé pour les œuvres présentées ?

L’idée de l’Ecran Ouvert est justement de pouvoir laisser la possibilité aux photographes, vidéastes présents durant le festival de pouvoir présenter leur travail dans de bonnes conditions de projection, sans passer par des concours préalables. Les lecteurs de portfolios ou de vidéos seront présents tous les matins du 4 au 10 juillet de 10h30 à 12h30, à l’antenne Jouvene-Liberté, 2 rue Jouvène pour accueillir les artistes. Il sera composé de responsables des structures culturelles locales et de professionnels : galeristes, artistes, directeurs de festivals, éditeurs … J’aimerai que ce lieu soit un espace et un temps de rencontres, tant entre les membres du jury, que du jury avec les artistes. Le but n’est pas de programmer les images vues dans telle ou telle structure privée ou public, mais d’avoir un retour multi corde sur un travail en train de se faire et qui parfois, selon la décision des membres du jury aura la maturité et la pertinence d’être proposé au public lors de notre soirée de clôture le 10 juillet.

En quoi consiste être commissaire, directeur artistique d’un événement comme Antennes Photo ?

C’est une bonne question ! C’est avant tout une question de spontanéité, d’envie. Découvrir des regards, des cultures individuelles et faire partager ces découvertes en pensant qu’elles pourront apporter du grain à moudre, des idées, voir mêmes parfois des informations à d’autres. Cela représente beaucoup d’énergie mais peu finalement en comparaison à ce que ca apporte humainement parlant.

C’est aussi savoir composer, discuter, échanger avec les artistes. Il faut être sacrément gonflé pour demander à un photographe de travailler sur son diaporama, son film-photo, de prendre du temps pour formater les images, faire une sélection particulière pour l’évènement, penser son travail à présenter dans ce cadre et ne pas le rémunérer … C’est un peu une dualité pour moi sur cette question, j’ai envie de montrer ces travaux, vraiment, et d’un autre côté je suis aujourd’hui incapable de proposer une rémunération pour ça … Je pense à WIP exposition de jeunes photographes pendant les Rencontres d’Arles que j’ai participé à créer lorsque j’étais président de l’association des étudiants de l’école nationale supérieure de la photographie, ou la Bodega Melon Rouge : after du Photo Phnom Penh festival organisée avec l’agence Melon Rouge durant les deux premières éditions du festival. Je remercie vraiment les artistes qui travaillent avec moi sur ces événements organisés depuis quatre ans. Je pense que la plupart croient simplement en ce qu’ils font. J’aimerais simplement sur les prochains événements pouvoir être également un soutien financier pour faciliter leur création ou leur production.

Quelle bagage, quelles qualités sont nécessaires à votre avis pour cette fonction ?

C’est une question à laquelle il est difficile de répondre sans paraître présomptueux. Après de solides bases de connaissances formelles acquises à l’école des Beaux Arts de Beauvais, puis aux Beaux Arts de Rennes puis à l’ENSP Arles, je me suis donné la chance ces dernières années de voyager, de passer par des contextes très différents : Afghanistan, USA, Cambodge, Birmanie, Chine, Serbie… et de tendre à chaque fois à rencontrer les artistes, passer du temps avec eux, construire des réseaux de communication, d’échanges, tout en gardant un pied en France en travaillant chaque année pour les Rencontre d’Arles et le festival des Photaumnales. Il me semble aujourd’hui, puisque vous me posez la question, que c’est ce mélange d’apprentissage et de découvertes, de rencontres de personnes, de lieux, de cultures qui me poussent à me dire : « ça il faut le montrer, j’ai l’envie de le partager et de trouver les moyens pour le faire ».

Quel est votre profil, vos activités ? Comment fonctionne-t-on à l’année lorsqu’on a des postes ponctuels comme celui-ci ?

Je suis photographes avant tout et c’est avec cette activité de photographe auteur, inscrit aux Agessa que je gagne ma vie. En même temps que je mets en place cet événement je travaille à la coordination de l’exposition de Diaphane invité par l’association Regards et Mémoires à la bourse du travaille à Arles pendant le festival de cet été. Le moi dernier j’ai travaillé sur plusieurs shooting de mode. Il faut multiplier les jokers dans son jeu de cartes et avoir des soutiens permanents qui comprennent et qui soutiennent…

Entretenez-vous une relation particulière avec la ville d’Arles ?

Oui bien sûr ! J’y ai passé trois ans pour étudier la photo et débuter réellement un travail de photographe. L’ENSP à été une expérience décisive dans ma jeune expérience, pour le meilleur et pour le pire… Et puis la ville en elle-même possède une énergie particulière. Chacun se fait une expérience particulière en fonction des lieux et du temps qu’il y passe. Pour ma part j’ai pu trouver à Arles particulièrement des amis, des énergies qui me correspondent. Je ne parle pas uniquement du festival des Rencontres d’Arles. Il y a quelque chose dans l’air, dans l’air du temps…

Qu’attendez-vous de cette première édition ?

En premier lieu, je veux que la réalisation soit à la hauteur des travaux des photographes, vidéastes et dessinateur que j’ai sollicités ces derniers mois. Je n’ai pas forcément le désir de pérenniser cette initiative. Et puis si je me prends à songer j’aimerais qu’un jour dans plusieurs années, qu’une personne me dise :  « Ah mai oui je me souviens ! C’était chouette ce que vous aviez fait dans la rue là. Oui, les photos retrouvées dans les rues après Katrina à la nouvelle Orléans et puis ce concert sur les images (…) je ne savais pas que les rues du Congo c’était comme ca (…) et puis c’est vrai qu’on s’est rencontré là-bas».

site de l’évènement

site personnel de Nicolas Havette