Montréal s’expose sur les films de Robin Cassiau

Robin Cassiau est un jeune photographe de rue, dont le travail hypnotique et coloré n’est pas sans rappeler les plus grands. Ses images, prises sur le vif, ne s’ancrent pas dans le temps; elles sont brutes tout en gardant une certaine douceur, sûrement due à la bienveillance de l’artiste. Robin sublime le quotidien grâce à son oeil aiguisé, trouvant toujours la bonne lumière, le bon angle, les bonnes associations de couleurs. Dans sa dernière série , »Shadow Journey », faite durant l’été 2016, c’est Montréal que Robin a exploré. Il y photographie des silhouettes, souvent de dos, témoins de son errance.

Robin nous parle ici de ce dernier travail, de son amour pour la photographie, de sa manière de travailler, de ses références… 

Peux-tu te présenter brièvement ?

Et bien je m’appelle Robin, je suis originaire de Normandie, j’ai fait des études de cinéma en Belgique pendant 2 ans puis je suis descendu à Paris pour me former sur le tas en tant qu’assistant caméra.

Comment t’es venu ce goût pour la photo ?

En Belgique on devait rendre des travaux de Romans-photo tous les trimestres. Ça nous apprenait le cadrage, la composition et à fabriquer une histoire en une dizaine de photographies. On travaillait à l’argentique, en diapositives qu’on projetait sur écran. C’était un super exercice et puis le rendu, la qualité des photos était incroyable. Il y avait vraiment de belles couleurs, c’était un plaisir de faire ces travaux. Je continuais la photo en parallèle avec mon numérique de temps en temps, je cherchais mon style un peu.
Puis sur Paris j’ai commencé à faire de plus en plus de photos dans la rue. J’ai ensuite repris mon argentique et des Kodak et j’ai été séduit immédiatement !

Montréal, 2016 © Robin Cassiau

Qu’est ce qui t’attire dans la street photography ?

Ce qui m’attire c’est toute les possibilités qu’on trouve dans la rue et partout ailleurs. Il faut être aux aguets, car le temps n’attend pas !
J’aime beaucoup les gens qui s’habillent hauts en couleurs ou qui ont une certaine classe. Ils ont ce quelque chose pour mixer les matières et les couleurs entre elles. Je cherche aussi des attitudes, des ambiances. Ca peut former un tout aussi.

Montréal, 2016 © Robin Cassiau

C’est quoi ta technique pour te rapprocher de tes sujets ?

Il n’y a pas de technique à part se rapprocher… Non en vrai il faut être discret du mieux qu’on peut, faire semblant de prendre autre chose en photo. Au fur et à mesure on peut apprendre à photographier sans regarder dans le viseur, les gens peuvent devenir méfiant et vous perdez un peu ce de que vous cherchez dans leur « aura » je dirai.
Donc savoir ce que vous voulez, ne pas trop montrer son intention et puis, faire comme si de rien n’était. Il agit de photographier la réalité, le reste et le regard des autres importent peu.

Montréal, 2016 © Robin Cassiau

Le côté frontal de certaines de tes images m’a rappelé le travail de Winogrand. Quelles sont tes références ?

Tu m’as rappelé ce photographe. C’est vrai que je peux avoir ce côté frénétique quand je fais des photos. J’en ai profité pour feuilleter le bouquin de ces photos. C’est vrai que je m’y reconnais beaucoup. Comme Winogrand, je n’aime pas trop travailler par séries, mais des thèmes reviennent souvent.
J’ai découvert Raymond Depardon en premier avec son livre « Errance ». Puis les photos à la chambre de Meyerowitz à Cape Code et ensuite son travail de rue incroyable. Les couleurs des pellicules étaient sublimes !

Aussi, Josef Koudelka, Alex Webb, Willy Ronis, Cartier-Bresson, Elliott Erwitt, Claude Nori, Bruce Davidson (livre Subway).

Montréal, 2016 © Robin Cassiau

Quel est ton appareil photo fétiche ?

Un Nikon FM2. J’aimerai essayer un jour de shooter au Leica. Et puis j’ai d’autres appareils compacts argentiques dont je me sers de temps à autre.

Qu’est-ce que l’argentique apporte à ta pratique ?

J’ai évolué très rapidement grâce à l’argentique. Tu apprends à mieux appréhender ta photo, tu fais plus attention. Il y a un travail mental à faire sur comment ta photo va rendre avec telle lumière, tel mouvement, telles couleurs, c’est vraiment intéressant. C’est pour ça que le numérique ne me donne pas trop envie. En tout cas pour des projets personnels je choisirai en premier lieu l’argentique.

Montréal, 2016 © Robin Cassiau

Photographier Montréal t’a-t-il aidé à faire connaissance avec cette ville qui n’est pas la tienne ?  

Je connaissais déjà un peu Montréal et je ne connais pas encore tous les quartiers mais ils ont tous leur ambiance et leur population. J’ai encore beaucoup à découvrir de cette ville.

Qu’est-ce que tu as voulu faire ressortir de cette ville à travers tes photos ? 

J’ai voulu la figer dans le temps. Je veux donner une autre identité aux endroits que je photographie, loin des clichés. Je veux saisir toutes les opportunités que l’humain peut offrir dans son rapport à l’environnement, son comportement et ses activités. Il y a tellement à voir et à documenter.

Montréal, 2016 © Robin Cassiau

Quels conseils donnerais-tu à un jeune photographe ?

Et bien… De faire des photos tout le temps, tout le temps. Bien choisir ses photos est essentiel et moi-même j’ai encore du mal à bien choisir mes photos parce que je veux montrer beaucoup de choses…
Il faut avoir confiance en son travail, on ne réussit pas tout du premier coup. Et de la détermination.

Laquelle de tes images te représente le plus ?


Je vais prendre trois exemples de ce qui me représente.

L’ambiance, la démarche, les deux personnes qui entourent la dame en blanc et l’architecture forme un tout qui rend l’image un peu hypnotique. Je surplombais un carrefour et cette dame est sortie d’un building. On ne voyait qu’elle et j’ai pris un premier cliché. J’ai dévalé les marches et je l’ai suivi. Je prends une deuxième photo mais je ne suis toujours pas satisfait, il manque quelque chose… J’arrive enfin dans cette rue avec un immense trottoir, je prends un peu d’avance car j’ai repéré ces deux passants qui marchent à la même allure et j’espère que la dame arrivera à cet endroit à ce moment précis. Tout se passe très vite, mais finalement, tout s’assemble.

 

Il faut parfois s’attarder sur des détails dans la photo de rue. En errant dans le 8 e , je remarque ce coin de rue ou des gens passent à travers une lumière complètement surréaliste. Je me rends compte qu’ils traversent le reflet lumineux créé par le phare et la taule de la voiture. Je fais une exposition sur quelques autres passant en attendant le personnage parfait. Paris 2015.
Voici un moment que l’on n’attend pas. Sa posture sera différente ensuite. Paris 2015.

 

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