Marc Dubord, peintre-photo redoutable

Le style de rendu vieillot et sensuel de Marc Dubord apporte énormément de poésie à ses clichés intemporels.

moibob

Marc Dubord est un personnage et un excellent manipulateur de photo. Son style de rendu vieillot et sensuel apporte énormément de poésie à ses clichés intemporels. Passionné d’images en tout genre il montre qu’on peut se servir d’outils de retouche très populaires sans tomber dans le déjà-vu.

Marc Dubord, vous pouvez nous faire une petite présentation de vous ?

–    Bon alors, ancien athlète de haut niveau reconvertit en travailleur social, avec des kilos de muscles au repos !
–    Un seul neurone défaillant il parait ! Dopé au white spirit soir et matin
–    Je suis recherché par Interpol pour mauvaise image de soi et des modèles
–    Signe particulier : XXXL

On vous dit probablement souvent que vos photos ressemblent à des tableaux, est ce le style directement recherché ?

Clairement j’ai beaucoup dessiné dans ma jeunesse, peint aussi mais n’ayant qu’un talent d’exposant d’arrière salle de café tabac, j’ai sauté sur l’occasion quand j’ai découvert que je pouvais mêler photographie, dessin, peinture, dans un même média à savoir Photoshop.
J’adore la  peinture alors forcément je crois que ce que je fais ressemble à de la peinture. Quand j’ai commencé ça, beaucoup disaient « ce n’est pas de la photographie », pourtant maintenant je l’affirme mes images ne sont que des photographies assemblées entre elles en jouant sur la superposition et la transparence, aucun ajout autre aujourd’hui !
Alors 150 images coupées, effacées, gommées, collées entre elles sont elles encore de la photographie ?
Je crois que les historiens de l’art le diront !

Vous pensez à orienter les choses à la prise de vue ou alors c’est un moment indépendant de la post-production ?

Avant je faisais au ressenti selon ce qui sortais du boitier, faut dire qu’il y avait beaucoup d’images médiocres (je dis ça avec le recul) et je traficotais bien. Maintenant je prépare dés le contact avec le ou la modèle. Je travail sur des thèmes, je récolte des ustensiles de toutes sortes, de la poubelle, au vide grenier tout y passe au grand désespoir d’Isabelle ma compagne. Après je prépare une sorte de canevas avec des dessins de séances vite gribouillés sur un coin de feuille comme quand j’étais à l’école au lieu d’apprendre !
Ensuite je fixe une date en générale assez loin, pas que ça fasse sérieux mais bon je n’ai que les week-ends pour faire des images alors avec les demandes de modèles, la vie de famille, les dates filent vite !
Ensuite je shoote le jour J genre 50 à 100 images par thèmes, je choisis les meilleures que je post-produis rapidement. En général, il reste en gors un tiers d’images d’une séance au final le reste étant recyclé autrement par morceau ou pour d’autres choses.

Votre matériel ?

Des canons argentiques et numériques pour tirer les modèles…
Quelques vieux machins genre Rollei 6×6 de 1935 ou Polaroid de 1960 un vieil ordinateur poussif qu’il faut motiver en pédalant dans les montées, et pour les montages scies, burin, marteau et autres colorants alimentaires classiques.

Vous pourriez décrire un peu plus vos processus artistiques lors de la post-production ?

Bah je prends une image, je superpose avec d’autres je gomme je coupe je joue avec les modes de fusion rien de sorcier.
Beaucoup de gens me demandent mes secrets, aucun intérêt de faire du Dubord ! Alors j’ai monté des stages en week-end sur des demandes pressantes, mais je préfère donner les outils, les méthodes et que les gens travaillent leur style avec leurs images  que de pomper une recette perso, qui au final ne sera pas eux.
Je dois dire que depuis que je fais ça j’ai de très belles surprises en voyant leurs travaux et même je dirais qu’ils pourraient me former maintenant !

Où puisez-vous votre inspiration, quelles sont vos références ?

C’est varié, disons que comme tout le monde je suis curieux alors j’ai écumé les romans, bd, films, photographes, musées… Il y a beaucoup d’artistes dans mes influences !
Rebeyerolle, Bacon , Monet, Antoine Van Dyck, Rubens, Dyck Anton van, Rembrandt, Catherine Van Hemessen, Jen Lievens aussi et d’autres comme François Laugée enfin la liste est longue bien sur !
En photo Désirée Doleron mais elle est plus sur le rendu de la lumière que sur l’aspect peinture que moi je tente d’intégrer à ce que je fais. … Je pourrais en citer des tonnes dans la peinture : Schuiten, Bilal, et d’autres comme Boucq ou Serre dans la bd. Des grands maîtres comme Karnarek ou Lartigue , James Bark enfin la liste n’est pas complète sans Saudek, Coigny, Désirée Dolron, James Bark et la peinture comme Klee, Kandinsky, ou les peintres plus connus comme Picasso, et les surréalistes. Bref, la listes est très très longue !
Je ne parle même pas des copains du net actuels !

En parlant de Picasso, vous diriez que vous avez une affiliation concernant les corps recomposés ?

Oui et non, filiation voudrais dire que je m’inspire exclusivement de Picasso hors ce n’est pas vraiment un de mes peintres favoris, mais au final d’autres sont largement devant lui.
On dira que dans les choses que j’aime, il y a surement des influences mêlées mais surement pas de filiation directe et exclusive !

Quel regard portez-vous sur la photographie en général ?

Un regard de passionné : je regarde tout, et tout m’intéresse, je suis comme un enfant face à un paquet de bonbons !
J’aimerais que la photographie soit plus reconnue dans le monde de l’art et que les contemporains ne soient pas au RMI, qu’ils puissent vendre facilement leurs images. Voir autre chose que celles vendues des milliers d’euros, à Drouot et en galeries. Malheureusement il n’y a aujourd’hui qu’un seul réel marché d’œuvres de photographes passés à la postérité ou de quelques uns connus et qu’on publie et diffuse trop à mon goût !

Comment situez-vous votre style par rapport à ce que vous voyez autour de vous ?

Je pense que je n’ai pas encore mon style alors je ne me situe pas encore, et puis ce n’est pas à moi de me situer.
Je fais et je livre aux spectateurs et aux critiques. Les autres font ce qu’ils doivent ! Donc me situer n’est pas ma vocation, c’est celle des connaisseurs, des critiques, des galeristes, des chercheurs et autres historiens. Je doute d’être à la hauteur de leurs préoccupations et attributions ! J’ai encore beaucoup de lacunes techniques à combler avant d’intéresser ces milieux très érudits !

Est-ce que vous pourriez appliquer votre « touche » à n’importe quelle photo, une vue d’architecture, une scène de rue, une macro d’insecte… ?

Oui n’importe quelle image peut être traitée à ma sauce. Avant je n’aurais pas dit ça mais j’ai construit des méthodes rapides de traitement maintenant, qui me permettent d’agir rapidement sur l’ambiance ou les textures. Je peux vieillir une image en 4 clics alors qu’avant je mettais des heures.

Au départ, qu’est ce qui vous mène à la photo ?

Comme tout le monde un père qui me photographiait avec un drôle d’appareil 6/6 Rollei puis dans mon boulot je partais en éloignement de ressourcement psychologique avec des demandeurs d’emplois, et je devais faire des bilans d’actions pour les financeurs publics. Je photographiais donc des demandeurs d’emplois en stage, pendant trois semaines, histoire de mesurer l’impact du ressourcement physique et les activités. J’ai eu rapidement des milliers de diapos des lieux, des activités, des gens et je projetais ça aux bilans d’action en diaporama.

Ensuite j’ai accumulé le stock d’images et un jour je me suis dit : ben c’est con ! T’as un paquet de classeurs qui dorment en vrac dans le bureau, ça peut peut-être être utilisé autrement. J’ai alors pris rendez-vous avec une photothèque lilloise qui a sélectionné un millier de diapos parmi 40.000.
Je suis devenu salarié chez eux de 1995 à 2005 date de leur dépôt de bilan dû en grande partie à l’arrivée du numérique et à une mauvaise négociation du virage dans l’agence. Depuis j’ai récupéré mes images (environs 200.000 images en diapos). Parallèlement j’ai découvert le numérique et Photoshop. Après, ça a été l’engrenage, une manière de cumuler mes passions ! Peinture, dessin, photo, depuis je ne fais plus d’illustration.
Aujourd’hui je diffuse mes tirages ailleurs et autrement.

C’est-à-dire ?

Ben je vends des tirages en ligne sur photoslimited et sur archangel, une photothèque américaine. Et même si je dois bosser à côté ce n’est pas un problème pour le moment je classe l’activité au rang de loisir qui s’autofinance à peu près.

Aujourd’hui, vous professionnalisez votre photographie ?

Je me suis installé il ya peu comme retoucheur d’image et photographe auteur. Il me manque les clients maintenant !
Ça va attendre que les fous soient libérés des hôpitaux fautes de lits subventionnés !

Quel est votre plus grand plaisir en tant que photographe ?

J’en ai deux !
Les yeux écarquillés des enfants face à mes images et leurs commentaires.
Et  avoir photographié un chanteur français très  connu pour faire sa prochaine couverture de cd mais c’est encore top secret… ce qui m’a fait le plus drôle c’est de le voir débarquer de New York, chez moi, dans mon studio de poche de la honte, de manger avec lui comme avec  un ami alors que quand j’étais ado j’allais au Printemps de Bourges comme tout le monde pour le voir chanter.

Quelle est votre actualité ?

En 2009 j’ai commencé par Photoshop Advanced, une plein page de présentation de mon travail. Ensuite une parution d’une image dans le guide gastronomique « bon appétit » de Puerto Valarta Mexique, une image parue dans le magazine en ligne BULB usa, une sélection parmi d’autres photographes de déviantart (un forum mondial), là je discute avec un auteur italien pour des images qui illustreront ses textes, et avec un Soundzine américain pour illustrer des musiques. Normalement les deux cd – un Usa l’autre Europe – du chanteur français dont je parlais mais que je ne peux pas encore nommer, les deux couvertures plus les livrets, et puis quelques trucs plus régionaux qui ne sont pas encore faits donc pas réalisés !

Quels sont vos projets ? Une expo ?

Mes projets, il y en a pas mal. Déjà pouvoir réaliser quelques projets d’images :
un truc autour du poker avec des modèles 8 en tout normalement. Ça aura lieu fin février et j’y travaille depuis des mois. Deux ou trois séances en chantier avec des modèles d’agence, aussi une autour de Vénus et du nu déformé. Une autre sur la biomécanique et robotique mais ça nécessite beaucoup de matos alors vu que les finances ne sont pas au top. Ça prends le temps de la récupération dans les poubelles !
Les expos pour le moment ça attend. J’ai normalement une exposition qui devrait être accrochée à Lille dans un cyber café pour la St Valentin sur le thème de cabanes !
Mais pas de gros projets à l’horizon pour le moment à part ceux là bien avancés. D’autres sont en gestation mais pas encore finalisés ! Disons que je discute avec des modèles quoi !

Marc, on a très envie que vous puissiez vivre de votre travail, ce que vous faites est vraiment réussit. Et vous, vous êtes confiant ?

J’espère. De toute façon je tente toujours les choses après on verra bien comment ça tourne ! Et puis si je n’en vis pas, je ferais autre chose. Comme j’ai toujours fait en continuant à bosser à côté dans un boulot tout aussi passionnant puisque je viens en aide à des gens économiquement faibles et souvent en difficulté personnelle, sociale ou professionnelle !

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