Maquillage par Florence Depestele, une discipline étroitement liée aux photographes de mode

A partir d'un certain niveau, ou d'une commande le permettant, les photographes oeuvrant dans la mode ont le plaisir de s'offrir les services d'un/d'une maquilleuse.

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A partir d’un certain niveau, ou d’une commande le permettant, les photographes oeuvrant dans la mode ont le plaisir de s’offrir les services d’un/d’une maquilleuse. Quels atouts peut-on espérer de cette collaboration lors d’un shooting ? Qu’espérer quand à l’efficacité face à la post-production ? Florence Depestele nous en dit beaucoup sur sa profession, qu’elle exerce pour des photographes mais aussi pour des créateurs de mode, et qu’elle améliore par des modifications corporelles issues du milieu des effets spéciaux.

Maquillage Florence Depestelle

Comment se faire connaitre dans ce métier ?

Grâce à un réseau qu’il m’a fallu constituer au fur et à mesure des rencontres faites auprès des photographes que j’ai démarché à mes débuts… Dans le cinéma la grande majorité des maquilleurs sont intermittents du spectacle. Dans la mode, le plus souvent ils sont freelances rattachés à un agent, qui lui même est agent de coiffeurs et de photographes également. Dans mon cas j’ai décidé d’avoir un statut de micro-société.

On ne démarre pas en trombe dans ce métier…

Effectivement, les débuts sont souvent longs, les conditions difficiles et il faut accepter de travailler dur pour faire ses preuves. Souvent, dans ce métier, on nous demande d’avoir de l’expérience dés le début. La confiance en sa propre réussite est alors primordiale. Au fil du temps et des différents projets sur lesquels j’ai travaillé, mon book s’est étoffé, mes réseaux se sont étendus et je me suis sentie de plus en plus à l’aise.

Vous voulez dire que ce n’est pas pour rien qu’on demande aux gens d’avoir de l’expérience dans ce métier ?

Tout à fait, quand on sort d’une formation on n’est pas véritablement à même d’anticiper et de gérer toutes les situations dans la pratique. Mes débuts se sont passés dans un petit studio aux côtés d’un photographe « à l’ancienne ».  J’ai beaucoup appris avec lui car nous recevions des gens dits « ordinaires » qui venaient pour des relookings. C’était très formateur de côtoyer au quotidien des peaux de tous les jours, de toutes les couleurs, qu’il fallait rendre plus belles.

Maquillage Florence Depestelle

Comment vous décririez la différence entre le maquillage cosmétique en post-production et l’action d’un ou d’une maquilleuse professionnelle à la prise de vue ?

Le maquillage et la post-production sont le plus souvent indissociables. Pour le grain de peau par exemple, c’est en appliquant un maquillage de qualité qu’on peut arriver à une texture de peau qui est belle et vivante et malgré tout un rendu très sophistiqué.

Le rôle du maquilleur ne s’arrête pas là. Il donne un regard, trouve les atouts d’une physionomie, met en valeur des expressions. Il nous est possible de trouver ce petit quelque chose en plus dans un visage, avec juste une touche « bien sentie » de blush dans les rosés passés, pour accentuer les pommettes et révéler la couleur des yeux, par exemple…

La maquilleuse est donc physionomiste ?

Oui je pense.

Maquillage Florence Depestelle

Ainsi, le photographe vous donne donc au préalable une direction de prise de vue et c’est ensuite que le maquillage sera choisi ?

Oui, on nous indique l’attitude que le mannequin devra avoir. La photographe Mara Zampariollo, une Italienne avec qui j’ai travaillé pour différents magazines, additionne plusieurs images, plusieurs ambiances, des poèmes, des phrases, et m’envoie ce travail deux semaines avant la séance afin que je puisse m’en imprégner. Aujourd’hui, elle dit avoir entièrement confiance en son coiffeur et moi-même : je me suis par exemple inspirée de ses instructions en réalisant par une série de pochoirs sur le thème de la chrysalide, des nuances de couleurs très particulières et un rendu de petites écailles au dessus des paupières.

Donc elle vous laisse carte blanche jusqu’à la prise de vue ?

Oui, ce n’est que le jour de la prise de vue que je lui soumets les idées auxquelles j’ai pensé et que nous décidons ce qui sera réalisé.

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Vous intervenez surtout sur les visages ou pas uniquement ?

Pas uniquement, les corps sont souvent maquillés. Certains mannequins ont une peau vraiment extraordinaire, mais ce n’est pas le cas de toutes.

Votre « trousse à outil », c’est plutôt une petite mallette ou carrément un camion ?!

C’est une grosse valise qu’il m’est même parfois difficile de transporter sur mon scooter. Là, je pars à Singapour pour travailler et c’est extrêmement dur de respecter les 20kg de ma valise entre mon matériel, qui pèse assez lourd, et mes affaires personnelles.

Chaque maquilleur a ses propres outils favoris j’imagine.

Oui, nous avons tous notre trousse à pinceaux, avec nos pinceaux fétiches auxquels nous tenons beaucoup. Il y a aussi des produits qu’on utilise plus que d’autres.

A mes débuts, j’ai commencé le maquillage avec peu de moyens et je me suis toujours amusée à mélanger les produits et à fabriquer mes propres couleurs. Avec trois couleurs de fond de teint, j’arrivais à faire toutes les couleurs que je voulais. Aujourd’hui, j’ai plus de matériel mais je reste quelqu’un qui aime manipuler. Je mélange toujours mes rouges à lèvre. Je suis vraiment passionnée par les couleurs, en particulier celles créées par les pigments naturels qui me permettent d’obtenir des nuances incroyables et sans aucunes limites.

J’ai fait un voyage pour étudier les maquillages corporels en Inde. Au départ, je ne devais partir que quelques semaines ; finalement je suis restée dix mois ! J’ai passé quelque temps dans une tribu, les Teyams, qui pour des cérémonies, fabriquent eux-mêmes leurs couleurs et se maquillent. Chaque couleur provient de fleurs ou de minéraux; ce qui nécessite une technique spécifique pour pouvoir en extraire les couleurs. J’ai été bien acceptée là-bas et j’ai appris beaucoup de choses riches et utiles pour mon métier. Depuis ce jour-là, je fabrique aussi mes rouges à lèvre, ou bien je les transforme pour avoir des couleurs très justes par rapport à ce que je souhaite, ou par rapport à la collection des vêtements.

Vous pensez que les gens qui font appel à vous sont au courant de ces talents ?

Non pas forcément. Ils voient une différence dans le résultat final surtout. Ceci dit, parfois quand ils me voient travailler, ils se rendent compte de mes particularités. Par exemple, j’ai des petits pots de poudre en noix de coco, des potions un peu personnelles…

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Les photographes qui vous emploient, ce sont toujours les mêmes ? Des nouveaux parfois ?

Les photographes avec qui j’ai débuté font régulièrement appel à moi mais il m’arrive souvent d’être sollicitée par de nouvelles personnes. Il peut arriver qu’un magazine fasse appel à moi juste pour une séance photo. Il y a quelque temps j’ai participé à la série du photographe Denis Rouvre « sortie de match » pour Marie Claire. Il a fallu appliquer aux joueurs de faux bleus, des blessures factices. Je n’avais jamais travaillé avec lui auparavant.

Avec qui avez-vous le plus apprécié travailler ?

Sans hésiter pour la Maison Yves Saint Laurent pour laquelle j’ai beaucoup travaillé.

J’ai également été très impressionnée lors de ma collaboration avec Jean-Paul Gautier, qui est très exigeant, et n’a d’ailleurs pas l’habitude de s’entourer de gens plus jeunes. En tout cas, mon profil l’a assez intrigué pour qu’il envisage de me revoir prochainement pour que je lui présente mon travail.

Il y a des photographes qui diraient « si je n’ai pas ma maquilleuse, je ne bosse pas. » ?

Oui, Mara Zempariollo est comme ça, elle veut sa coiffeuse et sa maquilleuse. Par exemple, elle était ennuyée d’apprendre que je m’absentais quelque temps, il a fallu qu’on fasse des séries à l’avance avant mon départ pour qu’elle puisse les diffuser dans des magazines.

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Vous n’avez pas peur pendant votre absence qu’elle trouve quelqu’un qui puisse éventuellement lui plaire aussi, voire finalement vous remplacer ?

J’ai une façon de travailler qui m’est vraiment propre et je sais que si on fait appel à moi c’est pour des compétences bien spécifiques.

Qu’est ce qui est le plus important pour vous entre le travail du photographe et votre travail de maquilleuse ?

Pour moi les deux sont indissociables. Le photographe et le maquilleur doivent avancer dans le même sens. Je suis passionnée par le travail de la lumière (naturelle et artificielle) tout comme l’est un photographe.

Vous faites de la photo vous-même ?

Oui, mais j’ai un regard très critique et j’attends d’être vraiment satisfaite de mon travail photographique avant de le montrer.

Maquillage Florence Depestelle

Maquillage Florence Depestelle

Vous travaillez principalement pour la mode, et en parallèle vous avez développé une compétence particulière…

Il y a quatre ans, j’ai commencé à travailler les effets spéciaux avec un grand artiste : Benoît Lestang. Il est devenu une sorte de mentor pour moi. Il m’a beaucoup appris et m’a permis d’élargir mes champs de compétences et d’appréhender différemment mon métier de maquilleuse en travaillant entre autres des matières habituellement peu utilisées dans la mode. Depuis sa disparition, je continue à créer des masques, des prothèses et à explorer de nouvelles matières/techniques.

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C’est assez particulier de marier ces compétences utilisées pour le cinéma dans le milieu de la mode, non ?

Effectivement, mais c’est aussi ce qui intéresse de plus en plus les créateurs et photographes. Lors d’un défilé d’Alexander McQueen, j’ai aidé à la réalisation et à la pose de prothèses sur le visages des mannequins. Plus récemment, pour le défilé Prêt-à-porter Homme (automne/hiver 2010-11) de Jean-Paul Gaultier sur lequel j’étais chef maquilleuse, j’ai réalisé 70 prothèses de coups et blessures. Traxx Magazine m’a également demandé de créer des masques en disque vinyles fondus pour une série de photos avec Wax Tailor.

Comment voyez-vous votre avenir vis-à-vis de ces nouvelles compétences ?

Je souhaite continuer à découvrir, mélanger, adapter, améliorer et étonner…

Propos recueillis par RD

Site maquillage de Florence Depestele