Liliroze : ésprit intimiste et féminin

Les images de Liliroze semblent nous tendre une main, nous inviter à prendre le temps de regarder ces lignes douces et ce flou charmant. Dans son livre "Liliroze : Confidences", c'est l'ambiance suggérée qui attire le lecteur. A l'occasion de la sortie de son livre, accompagnée d'une exposition à l'Ambassade Suisse de Paris, cette photographe française nous décrit ses projets, son parcours photographique, et plus généralement son style et son approche.

Les images de Liliroze semblent nous tendre une main, nous inviter à prendre le temps de regarder ces lignes douces et ce flou charmant. Dans son livre « Liliroze : Confidences », c’est l’ambiance suggérée qui attire le lecteur. A l’occasion de la sortie de son livre, accompagné d’une exposition à l’Ambassade Suisse de Paris, cette photographe française nous décrit ses projets, son parcours photographique, et plus généralement son style et son approche.

Nous avons connu votre travail suite à l’exposition à l’Ambassade Suisse, pendant le Mois de la Photo à Paris.  Comment êtes-vous rentrée dans ce haut-lieu de la politique mais aussi de l’esthétique ?
J’ai eu la chance de rencontrer l’Ambassadeur, Monsieur Jean-Jacques de Dardel à l’une de mes expositions, pour le lancement de mon livre précédent, (Fol Amour, paru en 2011 aux éditions de la Martinière). Depuis, nous sommes restés en contact et j’ai même eu le plaisir de réaliser un calendrier pour l’Ambassade. Lorsque nous avons cherché un lieu pour le lancement de ma monographie, c’est apparu comme une évidence, et l’Ambassade nous a fait l’honneur de nous accueillir.

Vous avez récemment sorti un nouveau livre – parlez-nous des étapes dans la création de ce livre… (des complexités/frustrations, des choses apprises, etc)
C’est un travail très long (presque deux ans !). Il faut laisser aux choses le temps de se décanter, de prendre du sens, de se mettre en place. Il fallait trouver un fil rouge, une manière de raconter les images, sans les mettre bout à bout comme dans un catalogue, et aussi écrire et faire écrire des textes. Mais j’ai eu une chance inouïe avec les gens avec qui j’ai travaillé : Carole-Anne Boisseau, qui m’a orientée sans jamais me mettre de barrières et qui m’a aidé à construire le livre, et Isabelle et Hervé Chopin, qui m’ont laissé carte blanche pour faire le livre dont je rêvais. Du coup, j’étais soutenue et accompagnée et je n’ai pas eu beaucoup de frustrations. Mais le plus dur est certainement de devoir faire un tri. On ne peut pas tout mettre, il faut faire des choix, enlever des images… Et savoir s’arrêter aussi. Parce que c’est dur de reconnaître que le livre est un jour terminé, et qu’il faut arrêter de modifier des choses et l’envoyer à l’impression…

Comment décrivez-vous votre style ? Avez-vous consciencieusement recherché à définir un style ?
Je n’ai pas tout de suite cherché à définir un style. Mais il s’est affirmé au cours des années jusqu’à devenir ce qu’il est aujourd’hui. C’est toujours difficile à décrire soi-même, mais je pense que je suis dans un registre féminin, sensuel et intimiste. J’ai parfois l’impression que mes images sont comme des introspections, qu’elles traduisent mes humeurs. Qu’elles sont mon journal intime, ma thérapie. Je suis souvent aussi à la limite de la peinture, dans le résultat comme dans ma manière de travailler. Je bricole, je superpose, je reviens dessus jusqu’à ce qu’elles m’apparaissent comme « finies ». Je suis très loin de la photo réaliste je crois. Plus proche d’un sentiment ou d’une impression.

Comment incorporez-vous le Polaroid (ou bien un effet Polaroid ? ) dans votre processus ?
C’est ce qui me permet d’être le plus proche de ce que j’ai envie de montrer. Je travaille à la chambre, en films instantanés. Lorsque les films Polaroïd ont disparu, j’avais un petit stock, et pendant plus d’un an j’ai fait des essais et des tests pour parvenir à garder les effets de ces films tout en photographiant avec d’autres films instantanés. Quitte à les salir. Je n’aime pas que les choses soient trop définies, j’aime garder un peu de brouillard, de mystère, de magie. Alors on a parfois l’impression de voir quelque chose qui n’appartient qu’à nous.

Quel a été votre parcours photographique jusqu’à présent ?
A la sortie de mon école (Louis Lumière), j’ai travaillé comme assistante pour plusieurs photographes, tout en continuant mon travail personnel à côté. Progressivement j’ai fait de moins en moins d’assistanat et j’ai travaillé de plus en plus comme photographe, jusqu’à ne plus faire que ça. Ensuite c’est aussi les rencontres que j’ai faites qui m’ont amenée là où je suis aujourd’hui.

Le corps féminin domine vos images comme un des sujets principaux. Pensez-vous, en tant que femme photographe, que vos images expriment un esprit particulièrement féminin ?
Je pense que oui. Certainement, encore une fois, parce que je parle de ce que je connais, de ce qui me touche, de ce qui est proche de moi.

Vous travaillez avec une variété de mannequins – est-ce que l’autoportrait apparait également dans vos séries photo ?
Oui l’autoportrait apparaît également. Parfois c’est une vraie démarche, ça a besoin d’être moi, et parfois ça n’a pas d’importance, ce n’est pas mon propos, mais simplement j’avais un besoin urgent de faire une photo (j’ai un côté très impatient parfois, dans la vie comme dans mon travail), et comme je n’avais personne sous la main je me suis prise moi-même. Dans ces cas-là c’est plus anecdotique. Mais forcément, il y en a beaucoup.