Les réfléxions d’une américaine à Paris : la photographie de Rachael Woodson

Après de nombreuses conversations et une relation amicale naissante, j’ai eu le grand plaisir de mieux connaître le travail de Rachael Woodson. J'ai rencontré Rachael lors de son installation en France. Et depuis, ses photographies ont été publiées dans le magazine Nylon et elle a exposé à Révélation 4 à Paris, été 2010.

08_0125_rachael_va_2_cPortrait de Ryan Handt

Après de nombreuses conversations et une relation amicale naissante, j’ai eu le grand plaisir de mieux connaître le travail de Rachael Woodson. J’ai rencontré Rachael lors de son installation en France. Et depuis, ses photographies ont été publiées dans le magazine Nylon et elle a exposé à Révélation 4 à Paris, été 2010.

Cloud, 2005, Band of Outsiders

Quelle est ton éducation photographique?

J’ai commencé à photographier au lycée. Ma mère m’accompagnait à New York, où j’ai suivi un cours pendant mes weekends à Pratt puis au School of Visual Arts (SVA). J’ai aussi passé des heures à la bibliothèque publique en regardant les monographies de Diane Arbus et Mary Ellen Mark. Après mon bac, je suis retournée au School of Visual Arts pour faire une licence, ce qui m’a vraiment ouvert les yeux et le cœur à la photographie, en apprenant son histoire. J’ai découvert à quel point la photographie peut être un moyen puissant de s’exprimer.

Comment décrit-tu ta manière de travailler ? Avec des buts à atteindre, ou est-ce plutôt un processus naturel ?

Ma manière de travailler va et vient au gré de ma vie quotidienne et je ne me donne pas de règles strictes parce que je fonctionne surtout à l’intuition pour me guider.  Une sensibilité, développée pendant des années, s’active en moi dès que je trouve quelque chose que je voudrais photographier. D’habitude, c’est un moment qui représente visuellement une émotion ou une expérience de jeunesse. Il y a aussi certaines personnes, comme mes frères, qui provoquent les mêmes idées, donc quand je les vois, souvent ils m’inspirent de nouvelles photos.

Le Cerisier, 2010, Disconnected

Un de tes projets originel autour de tes frères se retrouve dans ton travail d’aujourd’hui. Quand as-tu commencé ce projet et comment décris-tu son évolution visuelle ?

Je photographie ma famille depuis que j’ai 15 ans, mais le projet avec mes frères a vraiment pris forme pendant ma première année à SVA, deux ans après la mort de mon père. Je faisais des photographies en noir et blanc de ma famille dans la maison où j’ai grandi au New Jersey. Je projetais des diapositives de photos de famille, prises par mon père, sur les murs de la maison, et je les ai photographié.

Donc, le désir de photographier ma maison et la signification qu’elle a pour moi sont présent depuis le début et ont évolué comme une série continue qui a suivi mes frères dans leur adolescence. En photographiant leurs vies, j’ai été aussi inspiré par les sentiments d’isolement de ma propre adolescence. Le projet met en question la notion de l’enfance en tant que période naïve et simple ; il explore ces instants de détachement qui nous arrivent dans ces temps de fragilité et d’incertitude.

Aaron Sleeping I, 2004, Band of Outsiders

Tu photographies un sujet très personnel. Quels obstacles rencontres-tu dans cette exploration de ta vie ?

Photographier ma vie et celles de mes proches, cela ne m’a jamais semblé comme un choix. C’est dans ces circonstances que j’ai toujours senti le lien le plus fort à mon travail artistique. Quand je prends un de mes frères en photo, par exemple, il y a un contraste singulier entre la familiarité et la discrétion dans nos échanges. Ceci dit, les réalités et les complexité entre nos vies à tous et celles de nos proches peuvent être difficile à accepter, même filtré par l’art.

Navy Man, 2006, Band of Outsiders

Parfois, j’ai du mal à cerner comment les personnes que je photographie se représentent à la vue d’eux même dans mes photos, en considérant que les qualités et les sentiments que je cherche sont typiquement très personnels. En fin de compte, je vois ça comme une responsabilité : la photographie dois garder le respect et l’honnêteté que le sujet m’a confié.

Qu’est-ce qui t’attire toujours à travailler sur le même thème ?

Mes sentiments sont difficiles à réprouver. L’essence de mon style a été formée par mes expériences de jeunesse. Cela me mène à trouver de nouvelles manières d’explorer les idées qui me motivent vraiment. Quel que soit l’évolution d’un photographe, je trouve qu’il est important de trouver un fil conducteur dans son travail, ce qui rassemble tout.

En continuant dans cette voie, comment incorpores-tu de nouveaux éléments, de nouveaux portraits, de nouveaux points de vues ?

Le concept de mon projet le plus récent, Disconnected, provient directement de la série sur mes frères. En les photographiant, un aperçu, une fenêtre m’est ouverte en rapport avec les moments de détachement, soit dans le regard de quelqu’un ou dans une scène trouvée par hasard. Photographier ces scenarios me permet d’investiguer sur les idées de l’abandon, la coupure, et l’isolement dans un sens plus large, et de partager ces découverts avec d’autres.

Le Lama du cirque au camping, 2010, Disconnected

Où espères-tu que ce projet ira prochainement ?

L’exclusion et ses victimes, les styles de vie qui ignorent les normes de la société m’ont toujours attirés. Il y a beaucoup d’histoires qui méritent d’être présentées au publique.  D’ailleurs, je vais souvent à Dunkerque et je trouve que cette ville a une identité singulière qui est fascinante à photographier.

L’ensemble des photos sur ton site est un mélange de portrait et de lieux. Lorsque tu fais le portrait de quelqu’un, comment arrives-tu à capturer les sentiments que tu cherches ?

Ce qui me motive est de photographier des personnes uniques qui ont une qualité énigmatique. J’essaie d’enlever un peu de ce mystère et je leur demande de se présenter naturellement, sans expressions forcées. Cette requête, qu’ils laissent tomber leur garde, entraine souvent  un reflex de précaution chez eux, mais ceci crée une tension intéressante  dans les photographies. Il y a une beauté délicate qu’une personne exprime qui se révèle de cette façon et c’est important que les photographies le transmette.

Jeannie, 2008,Disconnected

Qu’est-ce qui attire l’attention de ton œil photographique ?

Une chose m’intéresse quand il y un appel à un souvenir ou un élément de surprise dans les circonstances autrement banales. Normalement, ceci m’arrive quand plusieurs éléments hasardeux se réunissent pour contribuer à constituer Le moment. Par exemple, la façon dont la lumière et les ombres tombent peut illuminer un lieu ou un objet d’une manière qui transforme ce sentiment en révélation.

Tiergarten, 2010, Disconnected

Il y a un an que tu as déménagé de New York à Paris. Quelle transition photographique pour toi ?

C’est fantastique de découvrir une nouvelle ville et c’est revigorant pour la créativité. Beaucoup de mes nouvelles photographies sont prises en France maintenant (et partout en Europe). Photographier les ruines romaines à Nice et les bunkers allemands à la frontière Belge ont ajouté un accent historique à mes recherches et apportent de nouveaux sens aux histoires de mon grand-père lors de la Seconde Guerre Mondiale. En tant qu’étrangère, je regarde les choses différemment par rapport à un français natif. Les lieux communs peuvent être nouveaux et mystérieux pour moi. Ceci me fait penser au photographe suisse Robert Frank et sa série « The Americans », qui a regardé la société américaine des années 50 avec le regard d’un étranger.

Walls, Berlin, 2010, Disconnected

J’aime être de nouveau étrangère. C’est bien d’être curieux et étonné par ce qui est simple et inconnu. C’est très inspirant pour moi en tant que photographe et individu, et ça me force à ralentir un peu. Je souhaite la bienvenue aux découvertes à venir, et à ce qui m’attends dans mes voyages en France.

Les Dunes, Dunkerque, 2010,Disconnected

Propos recueillis par LG

site de Rachael Woodson