Les photographies de l’année, pour récompenser les meilleures photos des professionnels

367x1760© Franck Lecrenay

Les Photographies de l’Année est un concours qui a pour double vocation de montrer des talents et de rappeler les fondamentaux de la lutte pour les droits photographiques. Réservé aux photographes professionnels (et sans l’indiquer dans l’intitulé même du concours), Pascal Quittemelle, son créateur, nous invite à partir d’un postulat par défaut qu’une photographie est faite par un professionnel. S’il était une époque très lointaine où les amateurs n’avaient pas accès à la photographie, il en est tout autrement aujourd’hui avec un matériel de grande qualité accessible à tous, et donc une profusion d’images « exploitables ». Cette initiative au travers d’un concours montre qu’on peut communiquer pour éduquer de manière positive en récompensant de beaux travaux dans de bonnes conditions.


Lauréat de l’édition 2011 : © Frédéric Sautereau

“Il faut être photographe « pluriel » aujourd’hui.”

Quel photographe êtes-vous ?

Je suis ce que l’on appelle un photographe illustrateur. Mes photographies sont utilisées dans la presse, l’édition, la publicité et divers documents de communication. La même photographie peut se retrouver à illustrer le calendrier de la Poste, un guide de voyage, la double page d’un magazine, une carte postale, un poster, une affiche du métro parisien que la campagne publicitaire d’un produit ou d’une destination.

Quelle idée de départ vous mène à la création du concours des Photographies de l’année ?

J’avais ce projet depuis le début des années 2000, à mon retour du Canada. Je suis parti du principe qu’on récompense le cinéma (César), la musique (Victoires de la musique), le théâtre (Molière), la littérature (Goncourt, Renaudot, Médicis, etc.), mais pas la photographie dans son ensemble et sa diversité. J’ai pensé que ce n’était pas normal. En 2008, je me suis donc lancé.


Lauréat de la catégorie Jeune Talent 2011 : © Linus Sundahl-Djerf

Pourriez-vous définir ce concours en quelques mots ?

C’est assez simple, on récompense quinze catégories de la photographie. De la photographie animalière à celle de sport. Une fois que le jury a fait son choix dans chaque catégorie, parmi les quinze sélectionnées, les membres du jury choisissent la Photographie de l’année ! Il y a aussi tous les ans un trophée remis à un photographe pour l’ensemble de sa carrière : un trophée d’honneur.

Quel futur pour ce concours ? Que voudriez-vous développer à moyen terme ? Qu’est ce qui vous semble indispensable pour y arriver ?

Il faut que les photographes se l’approprient. C’est leur concours. A ma connaissance c’est le seul concours ouvert à tous les photographes professionnels, peu importe leurs statuts. Ils peuvent être auteur (AGESSA), artisan (chambre des métiers ou CCI), photojournaliste (avec ou sans carte de presse), plasticien, etc. Le concours existe aussi pour faire connaître notre métier, souvent méconnu du grand public. Si le concours peut aider, ça sera du bonus. Pour y arriver, il faut communiquer, encore et toujours.

Lauréat de l’édition 2010 : © Baptiste Giroudon

Comment définir aujourd’hui un photographe professionnel d’un non professionnel, alors même que les statuts professionnalisants sont de plus en plus souples ?

Toute activité professionnelle doit être obligatoirement déclarée auprès d’un Centre de Formalités des Entreprises (CFE). Ces CFE diffèrent selon le champ d’activité photographique choisi. Ils délivrent au photographe un numéro de SIRET et SIREN, ainsi qu’un code activité. Ces informations sont envoyées à chaque créateur par l’INSEE.
Le photographe relève du régime de sécurité sociale des auteurs (AGESSA) lorsque son activité est principalement exercée en dehors du domaine de la presse (photographies pour l’industrie, la mode, la publicité ou l’édition par exemple).

Les photographes qui perçoivent des revenus liés à une activité commerciale sans cession de droits patrimoniaux (photographies sociales entre autres, photos de mariage, scolaire, identité, portraits, etc) relèvent obligatoirement des chambres des métiers, des chambres de commerce, ou d’une inscription à l’URSSAF. Ces institutions font offices de CFE.

Les photographes qui travaillent essentiellement pour la presse doivent être payés sous forme de piges salariales. Et donc bénéficient du régime général de la sécurité sociale.

Lauréat de l’édition 2009 : © Philippe Marchand

Votre engagement pour défendre la photographie professionnelle semble-t-il de plus en plus dur ou ressentez-vous une prise de conscience ?

C’est de plus en plus difficile de faire appliquer la loi ! La photographie est considérée comme une œuvre de l’esprit, et elle est à ce titre protégée par le Code de la Propriété Intellectuelle (CPI), selon les articles L.111-1 et suivants. Le photographe possède les droits moraux (droit à la signature et au respect de l’intégrité de l’image notamment) et patrimoniaux (des droits patrimoniaux impliquant le paiement de toute utilisation de ses photographies, sauf convention écrite contraire, et le droit exclusif d’autoriser précisément les utilisations de l’image). Et bien malgré des lois votées par le législateur, elles sont de plus en plus contournées par des gens sans scrupules. C’est souvent la photographie qui fait vendre. Une belle couverture pour un magazine, une photo en studio ou non pour un produit, etc. Malgré tout, le photographe est souvent la cinquième roue du carrosse… C’est aussi souvent le moins bien rémunéré de la chaîne de la création !

Comment voyez-vous le photographe pro de demain, celui qui est à l’école aujourd’hui ou qui vient juste de déposer son enregistrement et va démarcher ses premiers clients ?

Le marché se réduit de plus en plus ! Et comme dans le même temps, de plus en plus d’institutions ne respectent pas les lois, préférant travailler avec des amateurs ou des entreprises basées à l’étranger qui ne respectent pas le Code de la propriété intellectuelle, c’est de plus en plus difficile de vivre de son métier. En même temps, comme je suis de nature optimiste, les jeunes ont des outils fabuleux pour se faire connaître : sites, blogs, réseaux sociaux, forums, etc. Et la possibilité grâce à Internet de travailler avec le monde entier et de vendre ses images via des opérateurs de services comme Jingoo et Net-Folio ! Ceux qui s’en sortent, même si ce n’est pas facile, c’est d’abord parce qu’ils sont compétents pour certains et très bons pour les autres. Il faut être photographe « pluriel » aujourd’hui.


Lauréat de la catégorie Portrait de l’édition 2010 : © Olivier Fermariello

Avoir créé l’A3PF et ce concours, qu’est ce que cela a changé dans votre propre activité de photographe, dans votre vision de votre métier et votre manière de travailler ?

Disons que le concours m’occupe désormais six mois par an ! Mais que c’est encore mon activité de photographe qui me fait vivre. Après trois éditions des Photographies de l’année, j’ai découvert des photographes très talentueux. Lorsque je vois les photographies d’un Corentin Fohlen (lauréat de la catégorie reportage 2011), d’un Frédéric Sautereau (lauréat 2011), ou de LiLiROZE (triple lauréate), voire le travail de Jean-François Rauzier, et de quelques autres je suis plutôt optimiste… A condition que celle et ceux qui font les lois les respectent, ou les fassent respecter  !

Interview par RD