L’écriture photographique d’Emmanuel Madec

Quelques mois avant que ses photographies soient exposées en Arles, nous avons retrouvé Emmanuel Madec pour discuter de son travail, entre photographie et film, variation de style et de thèmes, de ses inspirations photographiques et de ses projets à venir.

Quelques mois avant que ses photographies soient exposées en  Arles, nous avons retrouvé Emmanuel Madec pour discuter de son travail, entre photographie et film, variation de style et de thèmes, de ses inspirations photographiques et de ses projets à venir.

Emmanuel Madec sera exposé à Arles du 1er au 15 juillet à la galerie l’Atelier du midi, 1 rue Sauvage Arles. Vernissage le 4 juillet 2012 à 18h30

Quels sont les photographes qui influencent votre travail ?
Il est certain que les photographes américains des années 50 aux années 70, m’ont beaucoup impressionnés à l’époque de ma découverte de la photographie. La série « Depuis la route » a d’ailleurs été pour moi une manière de m’en détacher, tout en rendant hommages à ces auteurs. J’y interrogeais l’influence que ces images mythiques exercent encore sur le monde occidental. Mais aujourd’hui je retiendrais principalement Robert Adams, William Eggleston et Stephen Shore en tant que réelles influences. Viennent ensuite des photographes tels que Paul Graham, dont j’admire la finesse des propos et la subtilité de leur restitution photographique. Mais aussi, Wolfgang Tillmans qui a su décloisonner les genres photographiques, Christophe Bourguedieu pour son rapport à la fiction et les portraits de Koos Breukel . Tant d’autres…

Il faut aussi chercher du côté du cinéma qui m’a beaucoup nourri (Antonioni, Wenders, Fathi Akin, Reygadas…)

Diriez vous de certaines de vos photos qu’elles sont portées par le travail de Sudek ?

Je ne dirais pas cela. Bien que j’observe un grand respect pour le travail de Sudek, il ne fait pas partie de mes inspirations. En revanche je peux comprendre le rapprochement que vous faites. En effet, je porte une grande attention à la banalité, mais je ne cherche cependant pas à la subjuguer, ou à lui donner un autre statut. Je la prends pour ce qu’elle est, en tachant simplement d’en souligner l’importance et le fragilité.

On ressent souvent une impression de cheminement, de parcours voire de voyage dans vos travaux. Est-ce un leitmotiv que vous poursuivez consciemment ?

Il s’agit parfois d’un réel voyage comme pour la série « Lebanon » présentée à l’Atelier du midi cet été et d’autres fois il s’agit de fictions, où le voyage est davantage suggéré sur un territoire éclaté. Le titre que nous avons choisi pour l’exposition présentée à Arles, « Un ciel plus loin », amorce déjà la notion de déplacement, en tout cas de déplacement mental. Il s’agit finalement d’une allégorie qui revient en effet fréquemment sous diverses formes, souvent poétiques je l’espère.

Vous êtes passé du film documentaire à un pratique exclusive de la photographie, et pourtant on observe plutôt le trajet inverse chez les photographes aujourd’hui qui sont obligés de se mettre à la vidéo. Pensez-vous que l’image animée puisse être une obligation ?

Je ne crois pas que les photographes soient obligés de se mettre à la vidéo. Je pense qu’il y a de nos jours une frontière de plus en plus ténue entre les deux médiums. De nouvelles formes comme les POM (Petites œuvres multimédia) nous le montrent bien. Pour ma part, je n’ai pas abandonné l’image en mouvement, même si j’ai mis cette pratique en sommeil pour le moment.

Ce qui m’intéresse particulièrement dans la photographie, c’est sa force narrative, sa persistance et l’indépendance du visiteur (ou lecteur) qui décide quelle image regarder, le temps qu’il passe à l’observer et ce qu’elle lui suggère.

Vos photographies seront exposées durant les Rencontres d’Arles (en dehors de la sélection officielle) à l’Atelier du midi. Qu’attendez vous de cet évènement ?

J’ai découvert l’Atelier du midi la première année où je me suis rendu à Arles, pour le festival, en tant que visiteur. Je me souviens de cette arrivée car le premier endroit où je me suis arrêté était justement cette Galerie qui présentait alors le travail de Malik Nejmi. J’y ai donc fais mes premières rencontres Arlésiennes. Avec ce photographe dont j’apprécie beaucoup le travail, et aussi d’autres comme Franck Gérard qui est devenu un ami et qui m’a soutenu pour cette exposition ainsi qu’Olivier Jobard avec qui j’ai travaillé lors d’une programmation artistique. J’ai donc une affection particulière pour cet endroit que j’ai continué à fréquenter lors de mes visites suivantes et où j’ai découvert des expositions de très belle qualité.
J’y ai rencontré Patrick et Laurence Ruet, les créateurs de cet espace l’année suivante, avec qui jusqu’à cette année, nous avons beaucoup échangé sur la photographie, mais aussi sur d’autres choses. Ils m’ont très tôt encouragés dans mon travail personnel. Cette exposition a donc une double dimension pour moi.

L’Atelier du midi m’offre l’occasion de montrer plusieurs aspects de mon travail à la fois. Ce qui n’est jamais arrivé auparavant. Je revendique une pratique protéiforme. Entre la série « Lebanon » (réalisée au Liban), qui appartient au registre documentaire, bien qu’empreinte de poésie, et la série « Affranchis », il peut sembler y avoir un monde. Cependant à mes yeux tout ceci reste fortement imbriqué. Notamment par cette notion « d’errance mentale » qui a été pointé par Patrick et qu’il a bien saisi. Un large public se déplace pour découvrir les productions des photographes, je souhaite lui faire cette proposition et avoir son retour.

La composition dans votre photographie est très soignée, mais semble pouvoir venir à l’encontre d’un sentiment éphémère qu’apporte la plupart des images, qui sont très axées sur des instants fugaces. Est-ce un style ? Pouvez-vous nous en dire plus ?

J’accorde une grande importance au cadrage, à la construction des images. Cela fait partie de mon écriture photographique. J’adopte souvent une esthétique du découpage, en particulier pour ce qui concerne les corps. Chacun a conscience du schéma corporel, je me permets alors d’user de ce savoir partagé, pour extraire des parties de corps ( bras, jambes…) afin d’accentuer l’attention sur la posture et aussi générer un souvenir, peut-être lié à l’enfance, lié à une sensation.
Il y a souvent la notion de snapshot dans mes images. Mais ce ne sont pas toujours des instantanés. Je demande parfois au sujet de garder une attitude, ou d’en reproduire une le temps d’une prise de vue. C’est sans doute pourquoi vous avez ce sentiment. Je tiens en effet à figer ces instants, à les rendre consistants.

Quels sont vos prochains projets en tant que commissaire d’exposition ?

Il y a ceux du Lieu, à Lorient, sur le thème de la trajectoire et aussi un projet parisien en développement, qui je l’espère, verra le jour en 2014.