L’autoportrait transformé d’Olga Valeska

Les images d'Olga Valeska surprennent : à la fois riches en couleurs et douces avec leur côté impressioniste et fantastique, elles sont réalisées par une photographe qui est également l'unique modèle. Ces photos, ou plutôt ces photo-peintures, étonnent d'autant plus quand on sait qu'Olga ne pratique la photographie que depuis deux ans... et déja son style se définit naturellement...

Les images d’Olga Valeska surprennent : à la fois riches en couleurs et douces avec leur côté impressioniste et fantastique, elles sont réalisées par une photographe qui est également l’unique modèle.
Ces photos, ou plutôt ces photo-peintures, étonnent d’autant plus quand on sait qu’Olga ne pratique la photographie que depuis deux ans… et déja son style se définit naturellement…

Quel a été votre parcours photographique jusqu’à présent ?
J’ignore si je peux déjà parler de parcours, étant donné que tout cela est tellement récent. J’ai découvert la photographie assez tardivement, il y a un an et demi seulement. Jusque là je m’intéressais d’avantage à la peinture, au dessin, à l’écriture mais aussi à la sculpture. A vrai dire, je n’ai jamais rêvé de devenir photographe, et ce n’est toujours pas un rêve que je poursuis. C’est plutôt la photographie qui m’aide à poursuivre mes rêves… Dans ce sens là, la photographie n’est donc qu’un médium parmi d’autres, qui est venu cristalliser un univers qui existait déjà depuis très longtemps.


Vos images semblent plonger dans des contes de fée – parfois enfantins, parfois matures – Comment transformez-vous ces sources d’inspiration en images concrètes ?
Je crois que je ne maîtrise pas tellement ce qui se dégage de mes images. C’est tellement personnel, presque inconscient…. Tout cela s’exprime naturellement sans que quelconque volonté de ma part n’intervienne. De fait, si certaines images se rapprochent de l’univers des contes merveilleux, ce sont toujours des contes très personnels. Mais il est certain que cette dualité entre « candeur » et « noirceur », ce mélange d’ « horreur » et d’ »extase » de la vie dont Baudelaire parlait très justement, est toujours présent. C’est quelque chose qui est très ancré en moi : une capacité à s’émerveiller, à s’enthousiasmer de tout, une grand naïveté parfois, mais aussi une vision très sombre de l’existence, de l’humanité… Quelque chose à mi chemin entre Schopenhauer et Oui-oui ! A vrai dire, j’ai souvent l’impression d’être un enfant emprisonné dans le corps d’une jeune fille, ou inversement d’avoir milles ans dans ce même corps. En tout cas, l’enfant est toujours là, et je crois que malgré tout, je regarderais toujours le monde avec des yeux d’enfants. « On ne devient pas vieux pour avoir vécu un certain nombre d’années : on devient vieux parce qu’on a déserté son idéal. […] Jeune est celui qui s’étonne et s’émerveille. Il demande comme l’enfant insatiable : Et après ? […] Vous êtes aussi jeune que votre foi. [… ] Aussi jeune que votre espoir. […] Vous resterez jeune tant que vous resterez réceptif. Réceptif à ce qui est beau, bon et grand. Réceptif aux messages de la nature, de l’homme et de l’infini. » (Général Mac Arthur)


Quel est l’aspect le plus difficile dans la réalisation de vos images ?
Tout est difficile, mais c’est justement cela qui me plaît. J’aime la difficulté. Elle m’a toujours appris à être plus astucieuse, plus créative. Lorsque c’est trop facile, je me dis que cela n’en vaut finalement peut-être pas la peine. Le plus important en fait, ce n’est pas de lutter contre les difficultés elles-mêmes, c’est de lutter contre le choix de la facilité, qui avec l’habitude, nous rend les difficultés insurmontables. La facilité, c’est la paresse. La paresse, c’est l’ennui, c’est la désillusion… c’est le désenchantement. C’est pourquoi je m’invente parfois moi-même des difficultés, comme un défi à mon imagination. Je me dis souvent : « A vaincre sans péril on triomphe sans gloire» ! Et en effet, si tout était simple, ce serait tellement moins passionnant ! C’est peut-être ma façon de préserver la magie : j’aime que le rêve devienne inaccessible, pour qu’il puisse continuer à être un rêve…

Travaillez-vous seule pendant la prise de vue, ou avec l’aide d’autres personnes ( un assistant photo ou un maquilleuse/coiffeur ) ?
Non je travaille exclusivement seule. Je coiffe, je maquille, je crée mes costumes, mes décors… Je suis aussi mon propre « modèle ». Cela me permet d’aller plus loin dans mes idées, d’être plus proche de mon univers. Il me faut beaucoup de solitude, en toute chose. Parce que j’y ai beaucoup été habituée et parce que j’ai appris à l’aimer.


Vos photographies ressemblent souvent à des tableaux de peinture impressionniste, ou à d’anciennes photographies. Est-ce là un effet voulu ?
Au début ce n’était pas voulu. J’avais très peu de moyens, très peu de connaissances techniques. Je  travaillais avec un petit compact : la qualité des images était atroce je dois dire ! Mais j’arrivais quand même à « réaliser » quelques rêves, et ce n’est pas mon manque d’intérêt pour la technique qui aurait pu m’arrêter. Et puis petit à petit, je me suis rendue compte que ces défauts cadraient parfaitement avec ma façon d’envisager les choses. En effet, je n’ai jamais aimé tout ce qui est trop lisse, accessible… trop rationnel en somme. J’aime les images mystérieuses, secrètes, qui suggèrent plus qu’elles ne montrent, entre songe et réalité. Aujourd’hui encore je revient donc souvent au compact pour obtenir ces mêmes résultats que je craignait auparavant. J’aime voiler mes images, les re-colorier, leur donner du flou, du grain… D’une certaine façon, je crois que je cherche à les « protéger » du regard des autres, à mettre une forme de distance. La peinture devient donc une forme de rempart, une carapace.

Enfin, je me suis toujours sentie plus proche des arts « traditionnels » en général. Tout ce qui a trait à la modernité, à la technologie m’inhibe complètement. J’ai souvent l’impression de venir d’un autre siècle, et nombreuses sont les situations un peu cocasses où je me suis retrouvée, car je suis tellement « dans la lune » ! Ce cher Mr Hulot vous en parlerait mieux que moi. De même, je suis quelqu’un d’assez passéiste, qui aime romancer ses souvenirs : au fond je n’ai pas l’impression d’avoir beaucoup grandi. Aujourd’hui le fait de mélanger la photographie à la peinture et au dessin, me permet donc de renouer avec tout cela.

En général, combien de temps passez-vous pour réaliser une image ?
Énormément de temps, mais je ne saurais être précise. En réalité, c’est un travail permanent. Même quand je n’ai pas de projet précis en tête, je suis toujours en train de bricoler quelque chose… Ainsi quand une idée me vient, je ne crée pas nécessairement tout en fonction de cette idée : je pioche beaucoup de-ci de-là dans ce qui a déjà été fait. J’aime aussi parsemer des objets personnels dans mes images, comme des petits clins d’oeils, des messages codés… Je dois dire que j’ai un côté un peu fétichiste et animiste, et je me plaît beaucoup à mettre en scène tous ces amis imaginaires !


Une couleur domine votre portfolio : le rouge. Quels rôles divers a-t-elle dans vos photos ?
En effet, j’ai vraiment une sorte d’obsession pour le rouge. Je trouve que la réalité manque beaucoup de ces couleurs chaudes, éclatantes, que j’apprécie tellement. Tout me semble tellement gris, terne, avec beaucoup de couleurs froides comme le bleu ou le vert… A mes yeux le rouge a ce quelque chose de baroque, merveilleux, flamboyant… presque fantasmagorique. Il m’évoque la fête de Noël, le folklore russe… le style khokhloma, les matriochkas et les châles de Pavlov Possad… Il me rappelle surtout la maison où j’ai passé mon enfance. Et puis c’est une couleur dramatique, théâtrale, qui mélange le mystère à la passion. Non pas la passion amoureuse ou sexuelle… ce n’est pas un sujet qui m’intéresse particulièrement. Je pense plutôt à la passions mystique, la passion du feu intérieur… Et puis, la passion du Christ… C’est le rouge du coeur sacré de Jésus.


Pourquoi l’autoportrait ?
Parce que j’aime travailler seule, et être seule en général. Être mon propre modèle me permet de maîtriser chaque photographie de bout en bout, de faire corps avec elle… de les fabriquer de toute pièce. Cela me donne une plus grande indépendance, tant d’un point de vue pratique que d’un point de vue artistique. Et puis, l’autoportrait est aussi un moyen d’exprimer ce côté très extravaguant qui est en moi, bien que je sois assez réservée… Mais il ne s’agit pas tellement de me représenter ni de me définir, encore moins de me mettre en valeur. Mon corps est juste l’acteur de mes personnages intérieurs.