L’antichambre des héros, par Pablo Guidali

Pablo Guidali, jeune photographe Uruguayen de 32 ans, séjourne dans le sud de la France et travaille en tant qu'assistant du labo couleur de l'Ecole Nationale Supérieure de la Photographie d'Arles. Attiré par le monde de la tauromachie comme sujet de reportage photographique, il a suivi le torero Mehdi Savalli dans le monde des arènes et expose ses photos en ce moment à l'Atelier du midi.

Pablo Guidali, jeune photographe Uruguayen de 32 ans, séjourne dans le sud de la France et travaille en tant qu’assistant du labo couleur de l’Ecole Nationale Supérieure de la Photographie d’Arles. Attiré par le monde de la tauromachie comme sujet de reportage photographique, il a suivi le torero Mehdi Savalli dans le monde des arènes et expose ses photos en ce moment à l’Atelier du midi.

photo Pablo Guidali

Comment avez vous choisi votre sujet et qu’est ce qui a fait que vous l’avez exposé à l’Atelier du midi ?

Avant d’arriver à Arles je n’avais jamais vu une corrida de ma vie, en Uruguay il n’y a pas. Je suis venu en octobre 2006 pour travailler comme assistant de langue espagnole, en profiter pour améliorer mon français et préparer le projet de ma résidence à l’ENSP d’Arles. Je venais de travailler comme photographe pour une revue uruguayenne pendant 5 ans, et du coup je me suis retrouvé à Arles sans activité en tant que photographe, ce qui m’angoissait beaucoup.
Je cherchais un sujet pour travailler, et le monde des Toreros m’a attiré l’attention car c’était encore un mystère pour moi. Je voulais découvrir ça, comment une personne de vingt ans pouvait décider de consacrer sa vie à cette activité, comment il se prépare, etc… C’était des choses que j’ignorais complètement car elles ne font pas parti de ma culture.
A coté de ça, je travaillais avec une prof d’espagnol dont la famille est très initiée au monde des corridas car son père était torero. C’est à travers elle que j’ai eu mon premier contact avec le torero Mehdi Savalli, qui très gentiment m’a permis de travailler avec lui. Mon travail s’est fini en 2007, et vers la fin de 2008 j’ai reçu
la proposition de la galerie pour l’exposer.

photo Pablo Guidali

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Faire un reportage sur une seule et même personne vous a permis de le connaître plus ?Oui et Oui et non, je ne connaissais pas Mehdi avant, donc forcement je l’ai connu un peu plus. Au même temps, j’ai partagé le temps de son entraînement et la préparation pour une corrida, des moments où il est
vraiment concentré, presque dans un autre monde.
J’admirais la capacité de Mehdi pour se concentrer, cinq minutes après son arrivéé à son entraînement il est complètement dedans et il est capable de rester comme ça pendant des heures. C’est spécial parce qu’on arrive à avoir l’impression qu’il a vraiment un taureau en face de lui, et forcement, on n’ose pas le déranger
dans une situation comme ça. Donc même si on a passé beaucoup de temps ensemble, on n’a pas eu  beaucoup de temps pour discuter.

photo Pablo Guidali

Comment avez-vous fonctionné avec Mehdi Savalli pour obtenir le meilleur résultat pour votre reportage ?

Je savais dès le début que c’était délicat, car surtout avant la corrida, il s’agitait de situations assez intimes, donc si je n’étais pas discret, je risquais de perdre la possibilité de continuer. Pendant la préparation pour la corrida, j’ai essayé d’être très prudent, mais en même temps je me suis aperçu très vite qu’il avait
vraiment une grande disponibilité de Mehdi pour me laisser travailler. Pour les sessions d’entraînement, c’était plus simple, je devais juste respecter son périmètre pour ne pas déranger son activité, en dehors je pouvais tout faire. Finalement c’était très bien car il avait une sorte d’accord tacite, je devais permettre que tout se passe normalement, et en même temps, c’était ça que je voulais pour mon travail. Donc sans avoir besoin d’en parler c’était une façon de travailler que marchait bien pour les deux.

photo Pablo Guidali

Comment voyez-vous le monde de la tauromachie au travers de votre
reportage ?

Pour moi la tauromachie reste encore un peu énigmatique, je n’arrive pas à comprendre tout, je n’arrive pas à prendre une position non plus. Je pense qu’on a besoin de connaître et de se faire sa propre idée, de passer du temps, pour arriver à bien comprendre.

photo Pablo Guidali

Comment vous êtes vous découvert une vocation pour la photo ?

Après mon bac, j’ai commencé mes études en sciences économiques et gestion à l’Université de la République en Uruguay. Depuis toujours je suis interpellé par la photographie et je m’arrête pour regarder des images, ça a toujours été quelque chose qui attire mon l’attention, même si je ne savais pas charger un appareil.
En 1998 j’ai pris un an sabbatique pour voyager, j’ai fait quelques pays de l’Europe et du Moyen-Orient. Pendant le voyage j’ai acheté mon premier reflex, et quelques mois après j’ai connu Ivan Carrillo, un
photographe mexicain avec lequel j’ai voyagé quelques temps, on a lié amitié, et c’est lui qui m’a appris à me servir de l’appareil. Après cela, je ne me suis jamais arrêté, quelques années plus tard, quand je suis arrivé à vivre de la photographie, j’ai quitté l’économie. C’était une décision difficile car il me manquait très peu d’études pour finir la carrière, mais je ne regrette pas.

photo Pablo Guidali

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Techniquement parlant, quelle est votre spécialité ?

Je travaille surtout en noir et blanc, argentique en format 135.

photo Pablo Guidali

Comment se porte la photo en Urugay ?

C’est une réalité très différente, l’Uruguay est un pays beaucoup plus petit, et avec beaucoup moins de moyens économiques que la France. Et ça compte forcement pour le développement de la photographie, comme pour d’autres manifestations artistiques. L’investissement dans la culture en général n’a pas la même importance qu’en France. Ce que je trouve normal d’ailleurs car les priorités sont vraiment autres.
Il n’y à pas de grandes écoles spécifiques pour la photographie, donc la partie la plus importante de l’apprentissage se fait surtout de façon autodidacte en travaillant.
Le fait d’avoir un petit marché, complique beaucoup l’accès aux matériels et aux technologies. Si actuellement le photo-journalisme traverse une période de crise à niveau mondial, l’Uruguay n’est pas une exception, et en général c’est assez difficile d’arriver à vivre de la photographie, même dans d’autres champs d’application. Néanmoins, il y a des structures que résistent et d’autres que se créent, et beaucoup de photographes dont je trouve le travail remarquable.

photo Pablo Guidali

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Quel serait votre prochain reportage ?

Je travaille sur d’autres projets mais je préfère de ne pas en parler avant qu’ils soient finis…

photo Pablo Guidali

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La série « L’antichambre des héros » est exposée conjointement avec Olivia Pierrugues (lien vers l’interview de son travail sur lesphotographes.com) à l’Atelier du midi à Arles (lien vers l’article sur la galerie).