Julien Lachaussée, la photo comme un tatouage.

Julien Lachaussée est un jeune artiste de talent, témoin photographique pour saisir les images d’un monde de « méchants »

Julien Lachaussée est un jeune artiste de talent, témoin photographique pour saisir les images d’un monde de « méchants ». Ses choix sans compromis le conduiront à coup sûr vers une autre notoriété, alors qu’il est déjà connu dans certains milieux de la nuit et du rock. La vague éternelle pour ces courants où la force et l’honneur valent mieux que les paillettes, lui apporte une inspiration basée sur le rapport humain. Un artiste à suivre de près…

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Comment avez-vous commencé à photographier ?
Au début c’est arrivé un peu par hasard, ma vie au départ c’était de faire du skate. J’ai commencé à faire des photos de ça pour le plaisir et ça m’a vachement plu. Mais je n’étais pas du tout fait pour la photo au départ, je voulais devenir skater professionnel. Je faisais que ça, je n’allais plus à l’école. Ensuite j’ai commencé à être sponsorisé par des marques de sport mais je me doutais que ça ne durerait pas très longtemps. Il était temps de faire quelque chose de tout ça.

Comme j’aimais bien la photo j’ai fait l’école EFFET à Daumesnil pendant deux ans en cours du soir et je travaillais en parallèle dans l’intérim. J’ai eu des profs super bons, c’était vraiment génial et très orienté sur la pratique. Ça m’a vraiment donné envie de continuer. Par contre après cette école ça a été un peu difficile de passer à l’étape supérieure donc j’ai cherché à assister.

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A côté de ça j’ai eu de la chance, je travaillais pour un concept-store Levi’s dans le Marais à Paris, et une collègue était en relation avec une styliste dont le mari est Jan Welters, photographe de mode hollandais reconnu. J’ai eu la possibilité de venir le voir à l’œuvre, pour le plaisir au départ, il me proposait de venir voir comment se passe le vrai travail de professionnel. Je suis venu une fois, deux fois, trois fois… et je suis resté cinq ans !

Après ces cinq ans il a été encore plus difficile de passer au stade supérieur et de se dire qu’il serait bien que je fasse mes propres travaux. Quand on travaille comme assistant on est souvent très admiratif, surtout quand on travaille cinq ans avec le même photographe. En plus la photo c’est quand même très difficile, à trente ans je vis toujours chez mes parents, et plutôt que de prendre un appartement en parallèle je fais un choix. Pour moi ce choix est vite fait, je préfère me concentrer sur ma passion. Dans les dernières années où j’étais assistant, j’ai commencé à faire des petits tests pour des agences de mannequins, comme je travaillais avec un photographe de mode j’ai voulu faire de la mode. J’ai essayé, j’étais plutôt content mais le milieu est vraiment trop compliqué. Beaucoup de relationnel, un milieu très fermé, pour quelqu’un qui débute c’est très difficile de rentrer dans cet univers. Donc j’ai vraiment essayé de faire des travaux pour moi, sans compromis : « ça plait ou ça plait pas » !

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Donc naissance du style, comment fonctionniez-vous au début ?
J’ai pris en photo mes amis les plus proches, des gens qui sont dans un univers assez rock ‘n’ roll. Pour moi c’est normal, en ayant fait des années de skate, parfois dans les parkings, et m’étant baladé partout dans les rues, l’univers un peu « roots » de mon quartier de place des Fêtes, c’est mon quotidien. Donc je m’y sens bien, je connais les endroits, les petits ghettos de quartier, avec de tels univers on pourrait se croire aux Etats-unis. L’explication c’est que j’ai une culture en rapport avec les films, j’aime l’univers US, striptease, Hustler, les bars etc…

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Petit à petit j’ai rencontré ces gens qui m’ont présenté d’autres gens. Tout ça m’a amené à penser que le projet d’un livre serait bien pour moi. J’avais déjà commencé un peu avec le magazine Sang Bleu, je connaissais Audrey Rasper (qui travaillait avant pour Purple) qui avait monté ce magazine en Angleterre, et Maxime le directeur artistique et ils m’ont proposé de faire une série. J’avais déjà le projet de faire tous ces portraits, j’en ai fait un portfolio d’une douzaine d’images, et je leur ai envoyé. Ils ont vraiment adoré. Ce magazine est incroyable, il est présenté comme un livre, avec pour thème photo et tatouages mais présenté comme une galerie avec du très beau papier, un côté très classe.

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Par contre ça me faisait mal au cœur d’arrêter mon travail personnel, je voulais continuer à rencontrer ces gens incroyables, ces vies incroyables, ces personnes qu’on pourrait croiser dans la vie de tous les jours et passer à côté.
Ce qui me plaît dans tout ça c’est que j’aime les gens. J’aime discuter, j’aime partager un peu leur passions, je ne partage pas forcément leurs idées chacun a les siennes. Mais on ne vit qu’une fois et on vit à fond, c’est bien aussi, ça amène une certaine richesse.

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Aujourd’hui quel est votre quotidien de photographe ? Que professionnalisez-vous en dehors de ce projet personnel ?
En dehors de mon projet de livre où je peux vraiment me lâcher, et comme tout le monde on a besoin de vivre, j’essaie de m’adresser aux magazines et travailler pour eux, mais seulement pour ceux dont j’ai un coup de cœur. Je n’ai pas envie de me brader. Je trouve qu’on est dans une phase en ce moment où les gens reviennent sur les choses authentiques. J’aime vraiment l’idée de « pas de compromis ». Je pense que quand on est honnête dans son travail et qu’on ne fait que des choses qui viennent du cœur, les gens le ressentent. Ce que je recherche avant tout c’est l’échange humain. C’est aussi parce que quand on commence à travailler, l’argent n’est pas vraiment au rendez-vous donc il faut trouver son intérêt ailleurs.

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Donc j’ai fait une série pour le palais de Tokyo, un portfolio pour le magazine Rugged de la marque Carhartt, un autre portfolio pour le magazine Power Glide. Là aussi ça a été un coup de cœur, je feuilletais le magazine et j’y ai trouvé un bel univers. Je les ai contactés et nous avons travaillé ensemble.
Tout ce qui est un peu hip-hop, ça vient d’amis d’enfance qui ont une marque qui s’appelle Wicked One. Ils sont plutôt hip-hop car ce sont des gens qui viennent de l’univers de la marque Too-High, la marque de Kool Shen. Comme on est tous très solidaires, j’avance dans mon projet mais j’avance aussi avec eux. Et on est plus heureux quand tout le monde réussit en même temps. Donc ça me fait plaisir de les aider, je prends des photos pour eux, je réponds à des commandes. C’est pour ça qu’on peut voir beaucoup de photo du monde du free-fight aussi, un milieu qu’ils aiment bien, et des gens de ce monde là comme Cyril Diabaté, Grégory Choplin etc…
On sait que l’image c’est très important et j’ai envie que mes amis aient des belles photos pour présenter leur produits.
Ça me permet aussi d’apprendre à travailler avec des gens qui ont déjà une notoriété, c’est intéressant et agréable. Les gens que j’ai photographié jusqu’à présent pour mon projet personnel ont aussi leur notoriété mais dans leur univers à eux.

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Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur la réalisation de vos photos ?
Pour tout ce qui est matériel et technique, on dira que c’est mon petit secret, ma petite potion magique à moi !
Pour le labo photo je travaille avec Processus, rue de la Roquette, qui fait du super travail. C’est très familial et c’est ce que j’aime, j’aime qu’on m’appelle par mon prénom, et j’aime pas du tout le côté numéro. C’est pour ça que je les ai choisi.

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Quelle est votre actualité ?
J’ai fait une exposition cet été au mois de juin dans une galerie du Marais : Collect’art. Depuis elle a malheureusement fermé car c’est vraiment très dur de tenir une galerie à Paris. Mais la personne qui tenait ça est vraiment incroyable, Katy, qui fait aussi des bijoux pour les chiens ( !), quelqu’un que j’ai rencontré aussi en rapport avec les photos que je fais évidement. Elle rejoint tout cet univers et j’ai pensé que c’était justement l’endroit idéal pour exposer.
En tout cas c’était ma première vraie exposition, j’avais fait des petites choses avant mais c’était avec beaucoup d’autres artistes.
Pour l’année prochaine il y a pas mal de choses. Je prépare une autre série photo pour Power Glide, je travaille avec la marque de jeans Edwin sur une expo qui aura lieu à la rentrée, une nouvelle série pour le magazine Sang Bleu. Pour les gens qui apprécient l’univers un peu striptease, j’ai fait une petite série sur le Hustler Club de Paris. Voilà pour le moment, les choses se développent petit à petit. Ma motivation vient vraiment avec les projets qui me parlent, j’y consacre beaucoup de temps car j’ai besoin de prendre mon temps et je ne me sens pas pressé. J’ai attendu jusqu’à trente ans donc j’ai encore le temps d’attendre !

Propos recueillis par RD