Julie Acroute, productrice photo

Olala Production est spécialisée dans la mode et le « high street » c'est-à-dire les marques de vêtements grand public, jeunes et branchés (Etam, H&M, Zara). L’idée est de faire une entreprise anglaise pour les anglais qui viennent shooter à Paris pour trouver un thème français : ponts parisiens, boulangeries et rues pavées

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Oolala Productions est une jeune société anglaise de Londres dirigée et fondée par Julie Acroute. Elle est spécialisée dans la mode et le « high street » c’est-à-dire les marques de vêtements grand public, jeunes et branchés (Etam, H&M, Zara). L’idée est de faire une entreprise anglaise pour les anglais qui viennent shooter à Paris pour trouver un thème français : ponts parisiens, boulangeries et rues pavées ; mais avec un service à l’anglophone. Pour Julie Acroute, c’est ce qui fait la différence avec les « boîtes de prod » françaises.

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Comment définissez-vous ce métier de productrice photo ?
C’est l’organisation et la méthode. Quand un client comme un magazine ou une maison de couture va vers un photographe pour lui faire réaliser une campagne de publicité, il faut une prod derrière pour organiser les locations, les trajets des voitures. Toutes les journées de travail vont être entre nos mains. C’est compliqué d’avoir une autorisation de permis pour prendre des photos dans Le Louvre par exemple.
Il y a parfois des demandes folles, par exemple une piscine sur La Concorde, ou juste prendre des photos sur cette place est déjà strictement interdit. C’est à nous de trouver les solutions pour que tout puisse se faire.
La qualité principale c’est donc d’être organisé, méthodique, alors qu’on demande au photographe d’être un artiste, d’être créatif, c’est complètement différent. Ce sont des critères de travail différents.

Au niveau du travail, concrètement, ça fait des longues journées et des longues semaines ! Il faut beaucoup de réunions avec le client pour parler de la prod, échanger les reçus, les dépenses quotidiennes etc…

Comment se déroule la préparation en amont ?
C’est le client qui va choisir son photographe, on demande parfois à la prod d’organiser le casting mais ce n’est pas toujours le cas. Souvent le photographe ou l’agence de pub veulent le faire eux-mêmes. Comme les photographes aiment travailler en équipe, ils ont déjà leur coiffeur-maquilleur, leur styliste, les gens avec qui ils aiment travailler d’habitude.

Et ensuite ?
Et bien la production commence le matin de la séance photo et se termine le surlendemain après un récapitulatif de toutes les dépenses. Il n’y a pas vraiment « d’après », pas de regard sur les photos. Même si le client n’est pas content des photos, c’est le problème du photographe.

Par contre je veux absolument être en contact avec des vrais nouveaux artistes, et je travaille en collaboration avec une designer à Londres, qui est très talentueuse, qui était directrice artistique au magazine GQ. C’est grâce à elle que je vais voir la fin de certains projets, mise en papier, mise en page, illustration. Je suis vraiment intéressée par l’effervescence créative autour de ce milieu.

Comment pouvez-vous déterminer cette différence entre un service « à l’anglophone » que vous privilégiez et un service « à la française » que vous avez choisi de ne pas faire ?
Les méthodes de travail sont totalement différentes, la sensibilité n’est pas la même, les détails pratiques sont différents, les habitudes. Je doute que certains clients anglais soient trop ravis d’avoir de la bière sur les scènes de shooting par exemple. Ce sont des détails qui comptent.
Pour mes clients, trouver quelqu’un ici qui parle totalement et couramment l’anglais, ça fait vraiment leur bonheur. Sans parler de la vieille rivalité franco-anglaise qu’ils n’ont pas à ressentir dans leur travail. En Angleterre ou aux Etats-Unis, il y a un service à la personne qui est extrêmement développé et qu’il est bénéfique de conserver pour mes clients.

Le résultat du travail en passant par Oolala c’est la possibilité de travailler sans surprises, ils viennent, ils font les photos et tout se passe bien.

A l’origine, qu’est ce qui dans votre parcours vous amène à créer cette société ?
Et bien ça fait huit ans que je suis dans le monde de la photo. Je suis partie du sud de la France j’avais à peine dix-huit, pour aller au Canada étudier les sciences politiques, mais j’ai arrêté assez vite. Je suis devenue assistante de photographes, assistante de studio et de plateaux, pour des grosses publicités, Pepsi, Warner etc…

A 23-24 ans, je suis donc revenue en France car Montréal est quand même un endroit très petit pour le milieu de la mode. Il y a une effervescence artistique super mais dont on ne fait pas grand-chose malheureusement.
En arrivant à Paris j’ai travaillé pour « La mode en image » qui est spécialisée dans les défilés. J’ai donc fait de la coordination de défilés pendant trois ans pendant toutes les périodes de prêt-à-porter. Je travaillais beaucoup avec les mannequins, j’organisais les cabines back-stage de Kenzo, de Rochas, Mc Queen, je faisais les castings, les ordres de passage etc…
C’est vraiment là que tout à commencé pour arriver là où j’en suis maintenant, je suis allée m’installer à Londres pour travailler, suite à un arrêt maladie j’ai été bloquée chez moi, j’ai vraiment réfléchi et je me suis demandé ce que je voulais faire vraiment. Je savais que je voulais vraiment monter ma société et je me suis lancée. J’ai commencé à me dire que j’aimais être dans ce milieu artistique mais je voulais mettre à profit mon sens de l’organisation et de la méthode dans mon travail. Je me suis dit que je pouvais allier les deux : ce métier c’est la production photo. Maintenant ça fait un an et ça fonctionne très bien.

Le choix du nom « Oolala Productions » ?
Quand on parle aux anglais et qu’on leur dit qu’on est français, il y a pour eux des citations classiques, les gros-mots, les « rendez-vous », et « Hou la la » ! C’est un mot drôle qui leur parle et qui leur plaît.

A long terme, des projets ?
Oui, je monte une cellule dans Oolala Productions qui sera Oolala Locations, pour louer des lieux de ma banque d’image à destination des photographes. Je suis assez spécialisée pour les lieux en Amérique du Sud, et beaucoup en Argentine. Mais aussi, bien sur, en France et en Angleterre. Je veux vraiment développer ce secteur pour moi.
A très long terme, nous aurons aussi un service de bateaux privés, et en général développer les services à la personne dans l’industrie du luxe, de la publicité et de la photo.

Propos recueillis par RD