Jelle Vermeersch, photo reporter flamand

Jelle Vermeersch est un de ces jeunes photographes autodidactes et passionnés qui a réussi à faire de la photographie son métier.

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c Une passion qui naît d’un attachement profond à sa région d’origine. Il transforme en terrain de jeu photographique cette région et y développe le sens du reportage bien servi par un sincère appétit de rencontres humaines.

Comment et pourquoi avoir commencé la photographie ?

J’ai commencé il y a 4 ans. J’ai fait auparavant des études de journalisme et j’ai travaillé 2 ans et demi à la télévision nationale à Bruxelles. J’habitais toujours à Gand, mais les Flandres Occidentales, ma région d’origine me manquait. J’ai commencé à prendre des photos là-bas pour avoir un peu de chez moi, ici à Gand. A cette époque, je suis tombé sur des photos de Stephan Vanfleteren dans le journal « De Morgen ». Il prenait des photos de vieux gens, de petits cafés dans cette région. Je retrouvais là les images de ma jeunesse. J’ai commencé à prendre ce genre de photos pendant mes loisirs. J’ai ensuite arrêté le travail de journalisme, j’en avais marre. J’étais au chômage pendant un an à me demander ce que je voulais faire de ma vie, comme boulot. La photographie devenant de plus en plus importante…

Comment avez-vous appris la photo ?

Essais et erreurs ! Quelques conseils d’un photographe, pas mal de recherches sur internet également. Je n’ai pas fait des études de photographie. La technique ne m’intéresse pas plus que ça. La précision est une chose, mais le ressenti est une autre. Le cadrage est très important, et je pense d’abord à ça.

Comment êtes-vous arrivé à vivre de la photo ?

Au départ, je combinais du travail en intérim avec une petite activité photo à côté. Je faisais des photos de mariage par exemple, pour des amis etc. Et petit à petit, la photo est devenue mon activité principale.

Comment s’est passée cette transition vers la photo pro ?

Je pense qu’un site internet est très important. C’est une des premières choses à laquelle j’ai pensé. J’ai pris beaucoup de photos pour réaliser un portfolio, puis j’envoyais des mails à des rédactions de magazines, à des connaissances en disant « voilà mon travail ». Le bouche à oreille a été important également.

On parlait de Vanfleteren tout à l’heure…

Il vient de la même région que moi et il m’est arrivé pas mal de fois en ouvrant la gazette de tomber sur un thème traité par Vanfleteren que j’aurais moi-même voulu traiter ! Mais je me distance de plus en plus de cette influence puisque ça n’a pas de sens de faire la même chose que lui. Je travaille également de plus en plus en couleur.

Comment travaillez-vous justement, argentique ou numérique ?

J’ai commencé avec le Nikon FE de mon père, et avec un 35 mm j’ai réalisé mon portfolio dont j’ai parlé avant.
Pour mon travail pro j’utilise le numérique un Canon 1ds MkII. Mais pour mon travail personnel, le Hasselbald et le Mamiya 7 II sont ce que je préfère. Impossible d’utiliser ce matériel pour les commandes de magazines où le temps est limité. Il faut développer, faire le scan…Ca coûte plus cher que de vider une carte mémoire sur l’ordinateur ! Quand un magazine achète une série de photos, peu importe comment elle a été réalisée, la paie est la même.
On prend des photos très différentes selon le matériel utilisé en tout cas. Ce sont des outils qui offrent beaucoup de possibilités. C’est du luxe !

Vous travaillez pour des magazines ?

Oui, je fais des portraits pour un magazine de business, et aussi pour un magazine de sport. Ce sont des commandes. Je cherche à avoir des commandes pour un autre magazine également. Mais j’aime avoir du temps pour mon travail personnel, c’est important…Il faut trouver le bon compromis.

Vous avez fait un tour en tracteur dans votre Flandres natale. Comment s’est passé ce projet ? Comment est-il né ?

A un certain moment, je me posais la question de savoir si je voulais rester habiter à Gand ou alors retourner dans ma région d’origine. Ce tour était un peu un au revoir, et mettre un trait sur ma période de là-bas. J’ai emprunté le tracteur d’un voisin et je suis parti à la rencontre des gens de là-bas.

Comment était l’accueil des gens sur votre passage ?

Le fait d’avoir été en tracteur donnait directement l’occasion aux gens d’ouvrir la conversation. Ils me disaient : « pourquoi êtes-vous en tracteur ? » par exemple. C’était un moyen très efficace de rentrer en contact. Je passais dans las cafés, avec le tracteur garé dehors ! Enfin, c’est quelque chose que j’ai aimé faire, mais que je voudrais refaire en y passant plus de temps. Dans les cafés il fallait faire attention, chacun payait sa tournée. Il faudra que je me méfie plus la prochaine fois. C’était une belle expérience, j’aime être avec des gens, bavarder. J’ai connu de bons moments. Un monsieur que j’ai rencontré comme ceci me demandait si j’avais déjà mangé m’a finalement invité dans la caravane où il vivait pour manger un steak frites. Une belle conversation, quelques pichets de vin là encore !

Comment les gens réagissaient-ils devant l’objectif ?

Ca dépend des gens, voir des régions. Dans une certaine région, les gens avaient peur de se retrouver dans le journal, donc ils se méfiaient beaucoup. Je devais bien expliquer que c’était des photos pour mon loisir, expliquer ma démarche. Il faut passer le cap de se faire accepter, ensuite ça va bien. Il ne faut surtout pas être « agressif » l’appareil en main. Si les gens ne veulent pas être pris en photo, je n’insiste pas.
Ce que je fais souvent c’est de repasser voir les gens que j’ai photographié pour leur donner un tirage de leur photo. C’est plus facile ensuite de refaire une série.

Dirigez vous les gens lors d’un reportage ?

Je dirige peu et il me semble qu’il est préférable d’avoir du naturel. On doit photographier les gens comme ils sont. Je n’impose rien aux gens dans leur attitude, mais s’il faut se tourner un peu pour avoir la lumière comme il faut, là oui. Je recherche en fait à exprimer le sentiment que je perçois des gens à travers une direction très simple. La tristesse d’un regard par exemple sera mise en valeur avec tel angle de vue, telle lumière. C’est tout le travail du photographe que de capter ce moment.

J’ai beaucoup aimé une série que vous avez faite sur les collectionneurs, était-ce une commande ?

Oui, c’était une commande pour un programme de conservation du patrimoine. Ils voulaient faire un livre avec 50 collectionneurs, que j’ai du photographier. C’est un travail d’un mois et demi, très intense. C’est un bel exemple de travail qui se conjugue avec le plaisir, ça s’apparentait à du travail personnel. Bientôt, je dois photographier des majorettes pour une exposition, je pense que ça sera un peu la même chose.

Quel est votre sentiment sur l’évolution de la photo avec l’avènement du numérique ?

Nous sommes à un point important. Le fait que tout le monde peut prendre des photos est bon je pense. L’intérêt pour l’image n’a jamais été aussi grand. Mais ça ne va pas être mauvais pour les photographes. Le photographe a quelque chose en plus que les gens qui prennent des photos pendant les vacances. Le numérique ne va pas tuer les photographes. Par contre, il y une évolution dans les journaux, où de plus en plus de journalistes sont amenés à faire eux-mêmes les photos de leur reportage. Les rédacteurs en chef disent : « tout le monde peut faire des photos ». Je trouve ça dommage. Une autre tendance du moment est la vidéo qui apparaît sur certains appareils photos. L’image fixe et animée peut être combinée et ça ouvre encore davantage de possibilités.
Je suis très optimiste pour l’avenir, on aura toujours besoin de photographes. Il faudra de plus en plus savoir faire des choses différentes, avec sa propre touche personnelle. Avoir de bonnes idées et les réaliser avec passion.

 

Note : Depuis l’entretien, les photos de Jelle sont désormais aussi publiées par le magazine Humo, hebdomadaire flamand largement diffusé.