Jean-Christophe Béchet pour Réponses Photo, le magazine photo pour passionnés, fait par des passionnés.

Réponses Photo est un titre bien connu pour tous ceux qui aiment et qui pratiquent la photographie. Une petite équipe libre de fonctionnement et de propos conduit ce titre, et Jean-Christophe Béchet, rédacteur en chef adjoint, nous explique sa démarche. Photographe volubile avant d’être journaliste, c’est en laissant parler sa passion et son état d’esprit qu’il explique le succès du magazine.

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Réponses Photo est un titre bien connu pour tous ceux qui aiment et qui pratiquent la photographie. Une petite équipe libre de fonctionnement et de propos conduit ce titre, et Jean-Christophe Béchet, rédacteur en chef adjoint, nous explique sa démarche. Photographe volubile avant d’être journaliste, c’est en laissant parler sa passion et son état d’esprit qu’il explique le succès du magazine.

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Comment êtes-vous arrivé à la rédaction de Réponses Photo au départ ?

Par les petites annonces dans Libération. En tant que photographe j’étais venu montrer mes photos à la rédaction, j’avais trouvé l’ambiance sympathique. Trois ans après j’ai vu cette petite annonce dans Libé, ils cherchaient un rédacteur. A l’époque je ne voulais pas être salarié, je voulais juste réaliser des piges régulières. Mais on m’a embauché, ça c’est bien passé et je suis resté.

Depuis combien temps Réponses Photo fait partie du groupe de presse Mondadori ?

Réponses Photo a été créé par une maison d’édition anglaise qui s’appelait EMAP. A l’origine le titre Réponses Photo s’appelle ainsi car en Angleterre Emap éditait  Photo Answers, Photo Answers n’existe plus depuis longtemps. Ils avaient trouvé que c’était une bonne idée d’en faire une version française, et un certain Philippe Durand est venu les voir, par hasard au même moment, pour leur demander les droits pour faire une version du magazine en France.
Il y a donc 17 ans que Réponses Photo a été lancé en France, nous en sommes au numéro 213. Moi je suis entré au numéro 32, le magazine existait depuis presque trois ans et appartenait à EMAP France, qui est passé de 4 magazines à une quarantaine pour devenir un des trois plus gros groupes de presse français, derrière Hachette et Prisma. Il y a quatre ans environ, EMAP a disparu, et nous avons été tous rachetés (1000 salariés permanents), par la maison d’édition italienne Mondadori.

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Réponses Photo peut être considéré comme le magazine généraliste de la photo ?

Oui, plus ou moins. En terme de ventes, Chasseur d’images reste devant nous, historiquement c’est aussi le premier magazine photo. Je crois que nous sommes le magazine qui faisons le plus la synthèse entre trois domaines qui sont assez difficiles à réunir : la technique, l’esthétique et la pratique. Nous essayons de donner un avis technique sur les appareils photo, sérieux, avec de l’expérience, une approche et un angle critique. Souvent les gens qui connaissent bien la technique ne connaissent rien à l’esthétique et ne sont pas très bons pour expliquer comment faire de la photo. En revanche, ceux qui sont très impliqués dans le monde de l’art ou de la photographie artistique, se moquent un peu de la technique.
Réponses Photo fonctionne sur ces trois axes : esthétique, technique et pratique. On peut lui préférer un titre plus pointu en technique ou plus fort en esthétique, mais je pense que de tous les magazines, nous sommes le plus équilibré pour quelqu’un qui aime la photo et qui s’intéresse à tout.

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Donc vous parlez à tout le monde.

Pas à tout le monde. On ne parle qu’aux passionnés de photo et qui pratiquent. Il y a quand même un minimum de connaissances, on ne s’adresse pas aux gens qui n’ont qu’un petit compact. A l’intérieur de ça nous essayons d’ouvrir l’esprit vers l’art à ceux qui font de la technique, de donner des clés techniques à ceux qui font de l’art, et donner des conseils pratiques à tous. Nous donnons ces conseils de façon légitime puisque plusieurs d’entre nous sont photographes. Nous sommes plus des photographes qui sommes devenus journalistes professionnels, que des journalistes qui se sont intéressés à la photo.
Pour ma part je fais encore des photos de façon professionnelle, j’en vends encore un peu à côté, je réalise des livres photo également. Du coup lorsque je donne des conseils dans certains domaines, à mon sens je suis encore crédible, alors que dans beaucoup de magazines, ceux qui donnent des conseils n’ont jamais vendu une photo de leur vie. Ce n’est pas tout à fait le même métier…

Comment avez-vous commencé la photographie, avec l’ancienne méthode ?

Non, je ne crois pas qu’on peut dire selon « l’ancienne méthode ». J’ai fait L’ENSP à Arles ; cette école existe toujours même si on n’y apprend plus tout à fait les mêmes choses. Je ne crois pas qu’il y ait une ancienne méthode ou une méthode moderne, la photo a changé, mais de toute façon cette école est plus orientée création artistique que vraiment technique.

Vous pensez qu’il y a une tendance pour un retour à l’argentique ?

Nous sommes certainement le magazine qui parlons le plus d’argentique et de noir & blanc, car c’est notre culture. Nous trouvons que les bases de la photographie sont importantes. D’ailleurs, et grâce au numérique, beaucoup de gens font ou refont du noir & blanc alors qu’ils n’en faisaient pas avant parce que c’était un peu compliqué. La photo évolue.
C’est vrai que nous avons un panel de lecteurs très large qui va du jeune qui n’a jamais connu le film jusqu’à des personnes qui n’ont pas d’ordinateur. Une partie de nos lecteurs, nous le voyons lors des salons, ont envie qu’on leur parle de ce qu’ils font, c’est-à-dire de la photo argentique et du noir & blanc. Ce n’est pas un plan marketing, ce n’est pas un retour ni une tendance. Pour ça aussi nous sommes d’autant plus crédibles que nous utilisons l’argentique pour nos photos personnelles. Moi, je’utilise encore du film. Je dois avoir 25 appareils photo dont 20 en argentique. Quand je fais des photos pour moi ou pour mes projets de livres, j’ai des appareils argentiques que j’aime, que j’ai payé très cher à l’époque, et je ne vois pas pourquoi je ne les utiliserai plus puisqu’il y a toujours de très bons films et que nous pouvons les scanner si besoin.
Pour moi il n’y a pas un côté nostalgique de l’argentique, il y a un côté actuel. Il se trouve que c’est devenu minoritaire, mais il ne faut pas oublier tous ces gens qui font du film. Nous sommes encore leur magazine.

Si toutefois, on devait dire qu’il y a une sorte de retour de l’argentique, et sous certains angles ce n’est pas faux, ce n’est pas comparable en nombre de tirages à ce qui se faisaient avant.. Le moyen format argentique se porte très bien par exemple.
Mais c’est une vision parisienne et française de ce sujet. En Allemagne par exemple, le film a quasiment disparu, remplacé par une pratique courante du numérique, pour la mode et dans le grand public. Les bastions du film ou du noir & blanc sont les Etats-Unis et la France. Il y a par exemple aux Etats-Unis une tradition du paysage à la chambre.

Je connais bien les autres magazines en Europe, et nous sommes un des trois plus gros magazines européens avec 50.000 ventes en France et plus de 10.000 ventes à l’étranger, et ça étonne encore les gens qu’un magazine comme le nôtre parle autant d’argentique. Au dernier Salon de la  photo où nous avions un stand, il n’y avait aucun produit argentique présenté, et pourtant des gens sont venus nous voir pour nous parler d’argentique.

S’il devait y avoir des tendances dans les styles photographiques, vous pensez que Réponses Photo suit ces tendances ou fait les tendances ?

Ni l’un ni l’autre, pour ma part je m’en fiche complètement ! J’ai un détachement total sur ce sujet. Ce serait prétentieux de dire que nous faisons les tendances, nous aimons la photo avant tout. Je suis comme quelqu’un qui aime la cuisine, et qui n’a pas envie qu’on lui dise qu’il ne peut plus utiliser ce qu’il utilisait avant, carottes et tomates, et les remplacer par des pilules à cause de l’ère de la lyophilisation. Non, j’aime toujours les carottes et les tomates de mon jardin, et si le nouveau four à combustion interne marche bien pour les cuire, pourquoi le refuser ? J’ai un scanner, j’ai une imprimante, j’utilise les deux technologies numérique et argentique. Si la tendance en cuisine ces derniers temps est de manger très salé, je m’en fiche complètement.

On pourrait dire que la tendance, par exemple, ce n’est plus du tout de faire de la photo sur le vif dans la rue. Or dans le magazine, on publie beaucoup de photos de rue et de reportage.

Mais les ventes approuvent vos choix, non ?

Ce n’est toujours pas une question de tendance. Nous sommes quand même sur un créneau assez spécialisé et les tendances ne sont bonnes que pour le marketing. Elles n’existent pas en réalité et pas dans ce créneau. Sur le fond les gens aiment la photo, ils ne vont pas changer, ils aiment les paysages, les photos de voyage, les photos de famille, le portrait…

La tendance actuelle, c’est, la photographie désincarnée, froide, grand format. C’est une photographie qui refuse la surprise, qui refuse l’instantanéité. C’est une photo qui est issue de l’école allemande en partie, et c’est celle-là qui est à la mode dans le milieu de l’art. Une tendance, dans ce domaine, serait la mise en scène, et nous ne sommes pas du tout là dedans. On montre très peu cette photographie là, par goût car ça  ne nous correspond pas. De plus ce n’est pas une photographie destinée à la publication papier mais à être exposée sur les murs des musées.

Nous faisons un magazine qui nous correspond, dans lequel on ne s’ennuie pas, tant qu’on a des lecteurs tout va bien.
Si nous avons un succès, c’est grâce à la personnalité de ceux qui réalisent ce magazine. Nous sommes en photo dans le magazine, tout le monde peut nous voir, nous disons « je », nous parlons un peu comme un club photo, comme des animateurs.
Nous avons une rubrique très connue qui est « d’accord, pas d’accord », dans laquelle nous critiquons des photos, avec une personne pour et l’autre contre. Ça montre qu’on a le droit d’aimer ou de ne pas aimer, il n’y a pas de sentence. Nous sommes beaucoup plus dans cette logique de discussion et nous n’avons pas fait d’enquête sur le lectorat depuis dix ans.

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En interne c’est la même chose ? Lorsque vous avez un sujet à préparer comment faites-vous les choix au sein du magazine ?

Les choix se font très simplement, car nous sommes très peu nombreux. Nous sommes une toute petite équipe, il n’y a pas de service d’iconographie..
Bien sûr nous essayons de nous réunir pour certaines choses. Là nous avons organisé un concours, nous avions reçu plus de 1000 photos de nos lecteurs, nous nous réunissons pour faire le jury. Il y a aussi plein de gens qui viennent nous montrer leurs images, et nous nous concertons pour montrer dans le magazine des dossiers qui vont bien ensemble.
L’équipe n’a pas bougé depuis longtemps, ma collègue Sylvie est là depuis 17 ans, Renaud est là depuis 13 ans et mois ça fait 15 ans maintenant. Cette équipe marche très bien.

C’est beaucoup de travail ?

Oui, c’est beaucoup de travail. Avec douze numéros par an, soit un par mois plus deux hors-série, ça fait quatorze bouclages et c’est beaucoup.

Moralement, vous vous sentez récompensé ?

A l’origine la photo est notre passion, et si je prends mon cas particulièrement, moi je ne fais que ça ! Aujourd’hui nous sommes vendredi, la semaine au le magazine vient de se terminer, demain c’est le week-end et je vais m’occuper de mes photos personnelles. Ça n’existe pas l’idée de prendre des vacances pour moi, quand je pars c’est pour prendre des photos. C’est un peu comme un écrivain, quand il part en vacances il ne va pas s’arrêter d’écrire et rien lire.
Ça ne me pose pas de problème de travailler beaucoup, car il n’y a pas de différence entre ma vie privée et ma vie au sein de Réponses Photo, tout ça se mélange. En nombre de temps c’est énorme mais on y trouve beaucoup de plaisir.
Je fais des stages, je fais des expos, des livres, je me réveille la nuit pour retourner voir mes tirages, je voyage, et tout ça j’essaie de m’en servir pour le magazine qui est nourri de mes activités aussi.

Photographie Jean-Christophe Béchet
Photographie Jean-Christophe Béchet

Vous faites constamment des liens entre vos photos et le magazine…

A l’origine je suis reporter, donc j’aime bien aller me balader un peu partout. Là je rentre de Chine et de Corée, je suis allé sur le Mont-Blanc, je suis allé sur un bateau du Vendée Globe, tout ça cette année. Mais à chaque fois je bosse, je fais un sujet, à chaque fois je trouve un angle pour Réponses Photo. Ce n’est pas vraiment des vacances. J’essaye même de faire plein de sujets qui pourront  être utilisés dans le magazine.
Ce que j’aime avec la photo, c’est qu’il est possible de tout aborder, de tout approcher. Un jour on peut couvrir l’anniversaire du petit Rothschild et le lendemain faire un reportage sur les SDF.
Au départ j’avais peur de rester trop au bureau, mais finalement comme nous sommes une petite équipe, nous sommes assez mobiles. Heureusement car je suis quelqu’un qui s’ennuie vite dès que je fais souvent la même chose. On n’est pas tous comme ça à la rédaction, il y en a qui en ont marre que je veuille tout le temps tout changer !

Photographie Jean-Christophe Béchet
Photographie Jean-Christophe Béchet

Cette liberté de fonctionnement et de propos, vous la retrouver dans d’autres magazines à centre d’intérêt ? Vous pensez que c’est possible de l’appliquer à d’autres magazines en général ?

C’est vrai que nous sommes très spécialisés, et que je serai incapable de travailler dans un magazine plus généraliste et sur un sujet différent. Nous sommes une toute petite équipe, moi j’écris directement dans la maquette, je la crée parfois pour certains sujets. Nous avons un fonctionnement atypique, mais c’est le seul moyen d’être hyper efficaces. Nous avons quand même un magazine qui fait environ 180 pages par mois, et ça m’est arrivé d’en faire 35 moi-même. C’est énorme. Donc pour « tomber autant de pages », il faut que je sache comment l’article va être construit dès le début, comment il va être maquetté, je suis obligé d’aller assez vite.

Dans les domaines spécialisés, la liberté se conquiert, Réponses Photo n’a rien à voir maintenant avec ce que c’était au début quand je suis arrivé. Petit à petit nous avons tous évolués et nous avons fait un magazine différent. Au début c’était un magazine très marketing, très à l’anglaise, très découpé, avec des textes de 500 signes, accessibles à tout le monde. A un moment les ventes se sont mises à baisser car ceux qui avaient appris avec nous, nous quittaient. Il était temps de passer à autre chose et nous avons monté le magazine en qualité, ce qui nous a plutôt réussis.

Je suis contre le marketing, qui consiste à tenter de prendre des ventes chez les autres. Je pense que c’est même un  des problèmes de la presse. Tout le monde applique les mêmes recettes, tout le monde prend les lecteurs pour des clients incapables de lire plus de dix lignes d’affilée.
Notre hors-série, même s’il se vend moins que le magazine, est justement une révolte contre ça. On y trouve des sujets de quatorze pages, non coupés, il n’y a pas plein de pages à gauche qui servent à mettre de la pub à droite. J’écris un édito qui fait quatre pages, ce qui est aberrant normalement. Ce n’est même pas la peine de soumettre ça à quelqu’un qui serait conseiller en presse, pour qui un édito n’a pas le droit de faire plus d’une page. Je n’avais pas prévu de faire un nombre de pages en particulier, j’ai commencé à écrire, ça faisait six pages et j’ai réduit à quatre. Je trouvais que ça tenait la route, donc j’ai essayé. Si le magazine est un échec complet, j’arrêterai mais il faut tenter.
Dans le hors série, nous essayons de laisser parler les photographes, nous ne parlons pas des grands photographes morts, mais des photographes en activité. C’’est un pari mais pour l’instant ça tient à peu près.

J’avais envie de cette liberté, parce que j’avais envie que ça change. C’est vrai que nous avons la chance d’être dans une structure où on nous fait confiance,. Nous sommes comme le petit épicier de quartier en plein milieu d’un grand centre commercial, comme notre rayon fonctionne bien sans que la grande enseigne puisse expliquer pourquoi, on nous laisse importer nos petits produits exotiques sans trop nous poser de questions. Pour certains la photographie qui devrait marcher serait une belle photo bien nette d’une jeune fille blonde sur une belle voiture rouge. Et nous, nous mettons un vieux monsieur noir dans une ombre, le tout un peu flou, et nous le titre se vend comme ça.

Nous faisons ce que nous voulons mais nous respectons un cahier des charges, c’est-à-dire être présent sur les sorties technologiques, sur tous les reflex, ne pas rater un test. C’est un magazine où nous essayons de faire plaisir au lecteur. Même sur le hors-série, je ne choisis pas que des photos qui me plaisent à moi. Ce n’est pas toujours ce que je préfère mais je pense que c’est important de le publier et de le partager avec les lecteurs.

Les rendez-vous pour recevoir les photographes, comment ça se passe ? Quelle opinion avez-vous sur ce que les gens viennent vous montrer ?

C’est une fois pas mois. J’aime bien cette tradition, c’est très important. Il faut être sérieux, je suis contre les lectures de portfolios n’importe où, dans n’importe quelles conditions. Nous donnons un rendez-vous, pendant une demi-heure, nous recevons des jeunes pros ou des débutants, mais le cadre exigé est sérieux, il faut que ce soit une démarche volontaire du photographe pour être publié.

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Ça nous donne aussi un retour sur ce qui se passe autour de nous. Nous organisons des concours avec des thèmes qui les obligent à prendre des photos pour le concours, comme le dernier « Mon été 2009 ». On demande toujours une lettre pour expliquer le contenu du dossier, et nous passons trois ou quatre heures à dépouiller tout ça. Nous essayons d’être en contact avec le lectorat, et je crois que nous sommes le seul magazine à faire ça sans partenaires, en direct avec l’équipe.

Ce serait envisageable de publier un hors-série supplémentaire, tourné vers une photographie artistique plus exclusive ?

Non, pas vraiment. Pour ça je préfère faire mes propres livres sur ma photographie artistique. Je ne fais pas ça pour l’argent, c’est même le meilleur moyen d’en perdre, mais c’est là où je peux exercer au mieux mon ego et mes goûts. Dans Réponses Photo, malgré tout, l’important est que la personne qui reçoive mon article comprenne ce que je veux dire et que ça lui apporte quelque chose. Dans mes livres je propose ce que je pense être intéressant, si la personne ne comprend pas, j’en suis désolé mais je ne vais pas changer.
Dans mon œuvre je ne fais aucune concession et c’est pour ça que ce sont des livres assez confidentiels. Il n’y a pas de place pour cette démarche dans un grand magazine et un groupe comme Mondadori. Le fait qu’il y ait un hors-série est déjà un miracle !

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Les douze numéros paient un peu le hors-série…

Absolument, le hors-série tout seul ne pourrait pas du tout exister. Il ne coute pas plus cher car il ne demande pas de frais supplémentaires, à part le papier et le contenu, l’équipe est déjà là. Mais un titre qui se baserait sur le contenu de notre hors-série pour ses ventes régulières ne fonctionnerait pas ou du moins pas longtemps.

Si vous deviez transmettre votre place à quelqu’un, comment l’envisageriez-vous ? Comment serait Réponses Photo après JCB ?!

Il se trouve que nous avons été embarqués dans cette histoire, au fur et à mesure. Au départ je n’étais pas du tout fanatique de mettre notre tête dans le magazine, j’étais même contre. Petit à petit ça a créé des liens avec le lecteur, et c’est une des raisons du succès.
Je pense que nous avons plein de lacunes, plein de choses à améliorer, j’ai plein d’idées pour faire d’autres articles. Nous n’avons pas toujours le temps, ou bien je n’ai pas forcément les compétences : la photo a énormément évolué.
Un autre qui arriverait après moi, avec d’autres idées apporterait peut-être tout ça. C’est sûr que le magazine serait complètement différent. Avec le temps nous l’avons pas mal incarné. Je crois beaucoup aux médias incarnés justement, même dans les grands médias, il y a eu le Grand Libé, Serge July, des signatures. Les signatures partent, mais c’est vrai qu’il peut très bien y avoir quelqu’un qui redonne un autre élan par la suite.
Si j’arrêtais un jour, j’espère que le suivant continuera de faire de Réponses Photo un bon magazine. Il sera forcément différent et heureusement ! Ceux-là perdraient des lecteurs que nous avons acquis avec le temps mais ils en récupéreraient d’autres, car je suis sûr qu’il y a des lecteurs qu’on doit insupporter avec notre approche trop puriste peut-être.
C’est parfois drôle de lire les courriers des lecteurs, certains nous reprochent d’être trop pro-Canon et juste ensuite d’autres nous reprochent d’être trop pro-Nikon !
C’est vrai qu’on a pas les moyens de raconter tout ce qui se passe en province au niveau photo. ON essaye de le faire mais si nous avions des correspondants partout ce serait bien. Malheureusement c’est inimaginable financièrement. Et malgré le nombre de pages que nous avons, nous n’arrivons pas à publier tout ce que nous voulons. Moi tout seul je remplirai 250 pages par mois si j’avais le temps ! La photo ouvre sur tous les domaines, c’est ce qui est génial, et il y a des centaines de sujets qui attendent d’être traités. C’est ce qui fait que je reste à Réponses Photo et que ce travail est aussi passionnant.

Propos receuillis par LG, MF & RD