James Henkel, joueur d’objets

James Henkel, né en Floride mais habitant au Minnesota, est un expert joueur. Même s’il a beaucoup voyagé avec son appareil photo, il est toujours attiré par son atelier. Son esprit imaginatif et sa passion pour les projets l'aide à transformer la vie quotidienne en des images frappantes et excentriques.

James Henkel, né en Floride mais habitant au Minnesota, est un expert joueur. Même s’il a beaucoup voyagé avec son appareil photo, il est toujours attiré par son atelier. Son esprit imaginatif et sa passion pour les projets l’aide à transformer la vie quotidienne en des images frappantes et excentriques.

Photographer James Henkel
Milk Spill

Comment vous êtes-vous intéressé à la photographie ?

J’ai grandi à Miami et vers 12 ou 13 ans, j’ai été passionné par la peinture.  J’allais souvent à la bibliothèque où j’ai trouvé des photos, que j’ai commencé à copier et dessiner. Et puis, un jour, je me suis rendu compte que les photos elles-mêmes étaient intéressantes.  Au lycée, j’étais de plus en plus intéressé par la photographie, mais je ne me suis pas vraiment lancé jusqu’à l’université quand j’ai pris mon premier cours de photo et que j’ai acheté mon premier appareil. Je pensais enfin que ce monde était possible pour moi.

Photographer James Henkel
Apple Circle

Comment êtes-vous devenu professeur à l’Université du Minnesota ?

Comme étudiant, j’avais fait quelques stages dans une école de Penland, en Caroline du Nord. J’avais la vingtaine et j’y suis retourné en tant que professeur pour ces stages.  J’y suis resté deux ans et puis j’ai appris qu’il y avait un poste libre à l’Université du Minnesota.  Au début, j’ai pensé que c’était comme un « premier job », j’ai commencé en 1976 et je m’attendais à y rester seulement quelques années.  Finalement, j’y enseigne depuis 32 ans.

Photographer James Henkel
Pearl Line

Après tout ce temps, voyez-vous des thèmes répétitifs dans le travail de vos étudiant(e)s ?

Oui et non.  Il y a des similarités concernant leur recherche pour trouver leur voie photographique. Il y a des thèmes récurrents d’identité : « comment je m’entends avec le monde », mais les étudiants sont informés que les temps changent et donc leurs travaux changent continuellement aussi.  Cependant, je suis arrivé à un point où je refuse de regarder des photos du pont Washington Ave., qui traverse le Mississippi et relie les deux côtés de notre campus.
Enseigner, c’est drôle pour moi car on apprend lorsqu’on enseigne. Après 32 ans, je me sens beaucoup plus à l’aise dans mon rôle.  Au début, je devais faire des efforts parce que je ne savais pas tout.  Mais, j’ai appris à ne pas m’inquiéter sur ces zones d’ombre. Je dis à mes étudiant(e)s que nous apprenons ensemble – ça en perturbe quelques uns et en rassure d’autres.

Photographer James Henkel
Bamboo

Vous avez une liste impressionnante d’expositions de vous dans le monde, y compris en Chine, en Russie, à Fargo, dans le Dakota du Nord.  Quelles sont les expos les plus mémorables et pourquoi ?

La liste semble peut-être impressionnante, mais je ne suis même pas allé à toutes. Les expos comme celle qui est en Russie ou en Chine se sont fait grâce aux programmes d’échanges de l’université.

En 1987, vous vécu à Paris, à la Cité International des Arts.  Pouvez-vous nous parler de la sensation d’être un Américain à Paris et ce qui a vous inspiré photographiquement dans cette ville ?

J’habitais dans une partie extrêmement belle de Paris. J’avais toute une année pour faire tout ce que je voulais. J’ai décidé d’être toutes les sortes de photographes auxquels j’avais toujours pensé. Je me suis réinventé. C’était comme une fête d’Halloween où tout le monde se déguise et peut être n’importe qui. J’étais capable d’être Atget, Lee Friedlander ou Man Ray.


Wheel Barrow

Quand je suis arrivé à Paris, c’était « le mois de la photo ». En visitant les expositions, j’ai découvert la ville. J’ai aussi acheté une grande carte que j’ai accrochée au mur chez moi. Chaque jour j’ai choisi un nouveau parc à visiter, j’ai dû apprendre comment y aller et donc connaître le métro. Je n’avais pas beaucoup voyagé avant ça. J’aime bien la routine que j’avais pendant ce temps à Paris, j’ai visité le Jardin des Plantes presque chaque jour. J’ai pris mes petites habitudes. À cette époque, c’était un peu détruit avec une qualité romantique et sombre.

Photographer James Henkel
Ferris Wheel Tuluries

Être américain à Paris, c’est aussi vivre des moments où la culture Américaine m’a manqué. Le baseball m’a manqué. Quand je suis retourné aux États-Unis, j’avais une quantité de matériaux (de photos) massive et j’ai tout rangé/mis de côté.  Au lieu de travailler avec mes photos de Paris, j’ai choisi de me focaliser sur mes natures mortes et celles qui sont faites dans mon atelier. Il n’y a que cinq ans que j’ai regardé pour la première fois mes photos des rues Parisiennes.

Photographer James Henkel
Milk Glass

Vos séries « Stacks », « Spills » et « Light Work » semblent être fait dans un atelier.  Vous travaillez seul ou avec l’aide de quelqu’un ?

Tout seul, très seul. C’est comme l’improvisation au théâtre. Je trouve des objets et je commence à jouer avec. Je me demande : pourquoi suis-je intéressé par ça ? Quelles sont ses qualités ? Je vois quelque chose, je le prends et l’emmène à l’atelier…et je le garde.  Parfois, il reste dans l’atelier pendant quelques années ; c’est utilisé ou c’est recyclé.

Photographer James Henkel
Wine Drawing

Les objets deviennent des métaphores et des symboles. Je continue à revisiter ces objets.  C’est comme jouer avec raison. Il y a un élément que j’aime beaucoup, c’est trouver les solutions aux problèmes.  C’est un peu comme si j’étais un enfant.  Et comme je suis fils unique, j’ai eu l’habitude d’être seul et confronté à mon imaginaire.

Un thème répétitif chez vous est « jouer » et j’ai l’impression que vous vous amusez beaucoup en créant vos photos.  Pour la série « Stacks » avez-vous joué beaucoup avec les tranches des livres, ou avez-vous une idée particulière en tête avant de commencer ?

Les deux. Je commence en jouant. Quand le projet a muri un peu, je cherche plus spécifiquement les objets, comme un numéro ou une couleur sur le dos de la couverture.  En trouvant plus de maturité, le projet trouve aussi plus de raison.

Photographer James Henkel
Volume 1-7

Au début, j’ai eu du mal à couper les livres. Ça ma rendait nerveux et j’ai du faire une pause. Mais j’ai dû me faire une raison – c’était leur destinée.  Je travaille en utilisant des livres depuis l’université, et à chaque fois que j’arrête, je découvre que j’ai envie de recommencer.

Photographer James Henkel
English Poet

Ma petite blague pour mon public est : « Je ne peux pas dire qu’il n’y ait pas eu de livres blessés dans ce projet, mais je peux dire qu’il n’y a eu aucun bon livre blessé. »
En fait je vais dans les magasins d’occasion où j’achète des livres pour 50 centimes. J’imagine que si je ne les achète pas ils risquent de devenir du carton.  Parfois je sauve des livres qui sont intéressants et je les garde, ou je les offre à des amis.

Vous travaillez sur quels thèmes maintenant ?

En ce moment je me cherche un peu. Je vais à mon atelier presque tous les jours. Je photographie des balles comme des planètes. Mais c’est un style très nouveau pour moi.  Je pense souvent que ces photos sont superbes, seulement pour m’apercevoir quelques semaines plus tard que, bien sûr, elles ne le sont pas.
Je travaille aussi à Gettysburg, le champ de bataille de la guerre civile des États-Unis, en photographiant les monuments. Quand je travaille dans ce paysage, c’est presque comme si le paysage devenait un atelier. Quand je fréquente un lieu je le transforme en atelier. Je retourne dans cet environnement s’il devient confortable. C’est un peu comme à la plage en 1999-2000, quand j’habitais en Floride. J’allais à la plage tous les jours pour photographier les objets rejetés par la mer. Je laisse les objets venir vers moi.

Photographer James Henkel
Pistol

Jusqu’à très récemment, j’ai n’ai utilisé que des pellicules. Mais, après des années, j’ai développé une réaction aux chambres noires et leur produits de développement – trop d’années avec une mauvaise ventilation. Donc j’étais enchanté quand la photographie numérique est arrivée. Ces raisons de santé ont facilité ou accéléré ma transition vers cette nouvelle technologie. Maintenant, ma chambre noire est devenue un espace de rangement.

Photographer James Henkel
Pair of Shoes

Propos recueillis et traduits de l’anglais par LG


Se du photographe James Henkel