Interview avec l’auteur : Valentine Plisnier et Le Primitivisme dans la Photographie

A l'occasion de la sortie de son livre Le Primitivisme dans la Photographie, L'Impact des Arts Extra-Européens sur la Modernité Photographique de 1918 à nos jours, nous avons eu le plaisir de nous entretenir avec Valentine Plisnier lors de sa rencontre-conférence à la BNF. Chercheuse en histoire de l'art et ethno-esthétique à l'Université Paris I, elle livre ici son premier ouvrage. On y découvre les travaux de plus de 80 artistes, et parmi eux, le travail de l'auteure, qui, inspirée par un voyage en Pays Dogon au Mali en 1988, cherche à retransmettre l'image des masques rituels qu'elle a pu voir lors d'une cérémonie de levée de deuil. Elle livre en 1990 une série d'images intitulée «Regard sur l'Art Africain».

A l’occasion de la sortie de son livre Le Primitivisme dans la Photographie, L’Impact des Arts Extra-Européens sur la Modernité Photographique de 1918 à nos jours, nous avons eu le plaisir de nous entretenir avec  Valentine Plisnier lors de sa rencontre-conférence à la BNF. Chercheuse en histoire de l’art et ethno-esthétique à l’Université Paris I, elle livre ici son premier ouvrage. On y découvre les travaux de plus de 80 artistes, et parmi eux, le travail de l’auteure, qui, inspirée par un voyage en Pays Dogon au Mali en 1988, cherche à retransmettre l’image des masques rituels qu’elle a pu voir lors d’une cérémonie de levée de deuil. Elle livre en 1990 une série d’images intitulée «Regard sur l’Art Africain». 

«Les masques, dont j’avais vu seulement des photos ou des variantes dans des musées, furent trois jours durant, sans discontinuer, portés et dansés selon un parcours et un rite que je ne connaissais que de les avoir lus. Le choc fut fulgurant. Des principes plastiques qui m’avaient tant impressionnée, j’étais passée à une dimension tout autre. Imprégnée de ces visions, j’entrepris, à mon retour, une recherche pour en transmettre l’image». Valentine Plisnier, Le Primitivisme dans la Photographie, p.234


Xavier Lucchesi, Masque zoomorphe Guerze (Liberia), de la série « Africa X-Ray », 1998, photographie aux rayons X. © Xavier Lucchesi, Paris. Masque conservé au musée du Quai Branly.

Vous êtes diplômée d’ethno-esthétique ; pouvez-vous nous détailler votre parcours ? Que veut dire concrètement ethno-esthétique ?
En occident, on a d’abord considéré les objets d’un point de vue ethnographique, parfois exotique, mais ces pièces n’étaient pas considérées comme de l’art. Ce sont les interventions des marchands, des collectionneurs, des artistes, qui ont permis à un public plus large d’avoir une appréhension et une compréhension de ces objets pour leurs qualités esthétiques. L’ethno-esthétique, c’est justement considérer des œuvres ethnographiques d’un point de vue esthétique, c’est-à-dire qu’ on a à la fois conscience du contexte originel et conscience de la valeur formelle, esthétique, sculpturale de l’objet. Concernant mes études, j’ai débuté dans une faculté d’arts plastiques jusqu’à la maîtrise, et suite au travail photographique effectué pendant mon voyage et parce que je me posais la question de savoir si les photographes étaient passés à coté de la puissance de tels objets, j’ai dévié, je me suis inscrite  en esthétique et de plus en ethno-esthétique. J’ai poursuivi ces études jusqu’au doctorat que je n’ai jamais fini pour des raisons de trajectoires professionnelles et par manque de temps car je me suis mise à enseigner. Mais j’ai eu plus tard la possibilité heureusement de reprendre les recherches que j’avais débutées bien longtemps auparavant. Ensuite, j’ai rencontré des éditeurs, ce qui explique que j’ai abouti plutôt à un ouvrage qu’à une thèse.


Man Ray, Noire et Blanche, 1926, épreuve gélatino-argentique, 17,1 x 22,4 cm. Initialement titrée Visage de nacre et masque d’ébène lors de sa première publication en mai 1926 dans le magasine Vogue, elle prendra celui de Noire et Blanche en 1928 lors de sa parution dans la revue Variétés. The Museum of Modern Art, New York. Don de James Thrall Soby. © Man Ray Trust – ADAGP, Paris, 2012.

On peut apprécier dans le livre certaines de vos œuvres. Avez-vous un parcours photographique développé, qu’avez-vous avez fait en photographie ?
Non, c’est à la suite de ce voyage que j’ai éprouvé la nécessité de faire des images. Mais auparavant je peignais, je sculptais, j’avais une pratique artistique importante.

Vous continuez cette pratique artistique ?
Je l’ai interrompue, toujours pour des raisons professionnelles. J’ai eu l’occasion de la reprendre en 2006, lors de la vente de la Collection Vérité -une très importante collection d’art africain-  pour laquelle on m’a proposé de réaliser l’identité visuelle et publicitaire du catalogue.


Valentine Plisnier, Regard sur l’art africain, 1990, image Chinon DCM-206 sur papier recyclé, 42 x 29,7 cm.

Il n’existe donc pas d’ouvrage où l’on peut voir un peu plus de votre travail.
Non, j’ai fait un portfolio à titre personnel il y a longtemps, mais malheureusement je l’ai édité en trop peu d’exemplaires et je n’ai plus rien à ma disposition.

Dans votre livre, vous dites à propos de vos images que vous avez utilisé un Chinon DCM-206, pourriez-vous nous détailler un peu la technique de création mise en œuvre ici ?
Chinon est à l’origine une marque de photocopieurs. Le DCM-206 avait pour caractéristique d’avoir un objectif, on pouvait donc voir l’image, on pouvait cadrer et zoomer, travailler comme avec un appareil photographique, mais l’impression était numérique et se faisait à l’époque sur un papier fax. On avait le résultat immédiatement et il fallait ensuite retranscrire l’image sur un autre médium – car le papier fax est glacé et l’image disparaît rapidement- en l’occurrence sur un papier recyclé.

Orlan, Refiguration-Self-Hybridations no 4, 1998-1999, photo Ilfochrome prestige, collée sur aluminium, aide au traitement numérique : Pierre Zovilé, 150 cm x 100 cm. Fonds national d’art contemporain, Paris. © ADAGP, Paris, 2012.

Sur un point plus pratique, votre ouvrage est publié en édition bilingue, pourquoi ce choix ? Est ce que l’ouvrage est destiné à être publié dans les prochains temps à l’étranger ?
Pour toucher les personnes qui seraient éventuellement intéressées dans le monde entier, l’anglais étant la langue internationale. Le livre est déjà diffusé en Europe et probablement très prochainement aux États-Unis.


Alfred Stieglitz, Georgia O’Keeffe, 1918, épreuve sur papier préparé au paladium, 25,4 x 20,3 cm. Collection privée. Droits réservés.

Cela est-il en rapport avec l’exposition actuellement en cours à New York «African Art, NY and the Avant-Garde» au Metropolitan Museum ?
Cette exposition présente en effet des photographies de Stieglitz, que j’ai étudié, mais la sortie de mon livre n’était pas calculée en fonction de cet événement. Par contre je connais très bien la commissaire d’exposition, avec qui je suis régulièrement en contact. Je n’ai pas vu l’exposition mais je connais très bien les travaux qui sont exposés. C’est lié quelques part par le travail photographique mais c’est un concours de circonstances que les événements soient quasiment simultanés.

Votre ouvrage apparaît comme quelque chose d’assez inédit ; avez-vous tout de même eu accès à des sources de référence, connaissez-vous des auteurs qui traitent ce sujet avant vous ?
Non, d’une façon aussi générale ça n’existe pas. Il existe bien entendu quelques monographies pour les photographes les plus célèbres , comme Walker Evans, que je n’ai pas abordé car son travail ne correspondait pas à la problématique de mon livre. Certains livres ont paru sur les  travaux de photographes contemporains et très spécifiquement sur la présence d’art africain dans leurs œuvres, mais d’un point de vue général comme celui-là c’est totalement inédit.


Romare Bearden, Sermons : les remparts de Jéricho (Sermons: The Walls of Jericho), 1964, photomontage, collage de papiers divers, peinture, encre et crayon sur carton, 30,2 x 23,8 cm. Hirshhorn Museum and Sculpture Garden, Smithsonian Institution, Washington D.C. Don de Joseph H. Hirshhorn, 1966. © ADAGP, Paris, 2012.

Quels sont vos projets ? Avez-vous d’autres publications à venir sur ce thème ou allez-vous changer de sujet de recherche ?
Oui, je voudrais maintenant travailler sur des artistes plus précisément et on me propose également un co-commissariat d’exposition sur des thèmes plus restreints. Je vais participer à une exposition qui aura lieu sur l’art primitif et le surréalisme mais l’idéal serait bien entendu de monter un projet qui présente la totalité des œuvres qu’on peut trouver dans le livre. En effet, même si nous avons fait un grand travail avec l’éditeur pour aboutir à la meilleure qualité d’image et de mise en page possible, il reste que de voir les objets en compagnie des photographies qu’ils ont influencées serait très intéressant. Ce n’est pas encore d’actualité mais ce serait un très bel avenir pour ce projet.

Propos recueillis par JV