Guillaume Piens, directeur et commissaire du salon Paris Photo

Du 19 au 22 novembre s'ouvriront les portes de l'édition 2009 de Paris Photo. Salon, foire, c'est l'occasion pour 89 galeries et 13 éditeurs de 23 pays de rencontrer les professionnels et les collectionneurs. Pour le grand public et les photographes, ils seront en contact direct avec les nouvelles tendances de la photographie et pourront rencontrer une centaines de grands noms venus signer leurs ouvrages. Comment Paris Photo est devenu l'évènement incontournable de la scène photographique ? Nous avons demandé à Guillaume Piens de décrire son travail en tant que directeur artistique et commissaire, et présenter cette 13ème édition.

Du 19 au 22 novembre s’ouvriront les portes de l’édition 2009 de Paris Photo. Salon, foire, c’est l’occasion pour 89 galeries et 13 éditeurs de 23 pays de rencontrer les professionnels et les collectionneurs. Pour le grand public et les photographes, ils seront en contact direct avec les nouvelles tendances de la photographie et pourront rencontrer une centaines de grands noms venus signer leurs ouvrages. Comment Paris Photo est devenu l’évènement incontournable de la scène photographique ? Nous avons demandé à Guillaume Piens de décrire son travail en tant que directeur artistique et commissaire, et présenter cette 13ème édition.

Logo Paris Photo

Paris Photo

En quoi consiste votre travail à la tête de Paris Photo ?

Il y a deux parties dans la fonction que j’exerce, une partie de direction artistique de l’évènement, c’est-à-dire trouver chaque années les pays à l’honneur, regarder quelles sont les galeries intéressantes qui surgissent, être attentif aux évolutions et aux tendances du marché ; mais aussi l’organisation de l’évènement, veiller à ce que techniquement tout se passe bien, que la sélection se déroule correctement, s’assurer de la venue de nos clients, des collectionneurs et des professionnels.

Combien de personne travaillent à la réalisation de ce salon chaque année ?

L’équipe est composée de quatre ou cinq personne tout le long de l’année, et plus le salon approche, plus ce nombre grossit. De nombreux services transversaux viennent se rajouter, et pendant l’évènement nous sommes une trentaine. Nous sommes salariés de la société Reed Expositions France. Il y a un noyau communication et un noyau du commissariat, avec une personne qui s’occupe des relations avec les exposants, une pour les collectionneurs et le programme VIP, et moi même en tant que directeur et commissaire. C’est une petite équipe si on ne compte pas tous les services transversaux et techniques.

Paris Photo

Depuis combien de temps occupez-vous ce poste ?

J’ai commencé à travailler à Paris Photo en 2002, au moment où Reed Expositions a racheté le salon à Rik Gadella, son fondateur depuis 1997. C’est un personnage très intéressant, un éditeur hollandais. Il a réussi, peut-être parce qu’il était étranger, à rassembler pour cette foire des milieux qui ne se parlaient pas vraiment : les gens qui se revendiquent de la photographie pure, les galeristes vintage, les galeristes d’art contemporain, ceux qui représentent des artistes qui utilisent le médium photographique, les éditeurs etc.
Il a pensé qu’il fallait faire un évènement pour la photographie, en mettant le plus ancien avec le plus contemporain. C’est vraiment lui qui a eu l’intelligence de ce concept.

Vous avez toujours des contacts avec Rik Gadella ?

Il vient une fois par an mais habite maintenant au Laos, et s’occupe d’un jardin botanique. Même s’il vient rapidement, on le voit chaque année à Paris Photo.

Vous avez réussit à garder l’âme de ce qu’il avait construit…

Complètement oui, et à le développer.

C’était une condition de départ de rester dans le même esprit ?

Non, c’était une volonté de notre part. La passation s’est tellement bien passée que les gens ont du mal à croire que nous ne sommes pas l’équipe d’origine. Les gens voient que l’évènement a grandi, qu’il s’est développé, que son rayonnement s’intensifie ; et en même temps ils ont l’impression que c’est une continuité. C’est très bien. Nous avons su apporter un vrai marketing, un beau site internet, nous avons monté une opération pour les collectionneurs qui n’existait pas, le catalogue est devenu vraiment très beau, la partie presse s’est étoffée, grâce à une agence, et plus de 500 articles dans 30 pays. Ce sont des améliorations. Souvent les gens qui reprennent un projet pensent qu’il faut tout casser, alors que nous sommes en fait « les bons gardiens » de ce salon et de sa qualité.

Paris Photo

Quel est votre parcours avant d’arriver à ce poste ?

J’ai fait histoire de l’art avec une spécialisation en art contemporain. Je ne suis pas quelqu’un de la photo. J’ai appris grâce à Paris Photo, j’ai opéré une mue photographique ! J’ai étudié à Paris I et au départ, comme beaucoup de gens, j’avais une vision de la photographie comme un document plutôt qu’une œuvre d’art. J’associais la photo aux grands mouvements comme le surréalisme mais je n’avais pas de vraie culture photographique, alors qu’elle a sa propre histoire évidement. Par moment elle converge vers des grands moments historiques, mais a aussi ses propres filiations.
La première édition pour moi de Paris Photo a donc été un peu angoissante, car je ne connaissais vraiment que les galeries d’art contemporain et pas les galeries photo.

C’était plutôt votre qualité à apprécier l’art en général et votre capacité à occuper cette fonction qui vous a amené là.

Oui, quand je fais quelque chose je m’engage totalement, je m’investis énormément. Je déteste être ignorant donc il a fallut que je m’instruise beaucoup et très vite. Au départ je travaillais à la presse pour la Fiac, et de 2002 à 2006 je travaillais à la fois pour la Fiac et pour Paris Photo. Suite à la création d’un évènement à Londres qui s’appelle Photo London, j’ai quitté complètement la Fiac, pour être responsable de la presse de Paris Photo à plein temps.
J’ai donc découvert la photographie sur le tard mais ça m’a complètement passionné. Le privilège de Paris Photo c’est que chaque année on peut explorer une scène étrangère, c’est comme une université libre. L’année dernière j’ai découvert la photographie japonaise, je ne connaissais rien au départ et en six mois les gens pensent que je suis devenu un expert de la photographie japonaise ! C’est aussi parce que j’ai une expérience de terrain, car pour les besoins du salon je suis allé à Tokyo. C’est un grand privilège de faire ce métier.

Paris Photo

Est-ce qu’on peut dire que Paris Photo est un peu la Fiac de la photographie ?

Non, je n’aime pas trop ce parallèle. Paris Photo est un évènement assez unique, il est difficilement comparable avec les foires d’art contemporain. Les gens disent que nous sommes plutôt le Basel de la photographie. Paris photo est unique, on l’appelle « Salon Paris Photo ». C’est un salon dans le sens où on y vient promouvoir les tendances et en même temps c’est un évènement commercial pour les galeries. Cet évènement est une niche, sur un médium unique qu’est la photographie, nous couvrons des périodes qui vont de 1839 à nos jours. Nous ne sommes donc pas une foire d’art contemporain. Nous représentons l’écho-système de la photographie, et avons différents micro-marchés au sein de Paris Photo. Nous mixons des galeries de photo 19ème avec des galeries vintage, et des galeries de photographies contemporaines.

Paris Photo

C’est en cela que vous rejoignez le Louvre et l’aspect Muséal de ce salon.

Tout à fait.
Je trouve que le constat un peu triste des dernières années est que les artistes sont évacués des foires, quelque soit les évènements . Ce sont des places de marché uniquement. A Paris Photo au contraire, tous les artistes sont là. Cette année nous avons 103 signatures de livres, des gens comme Elliott Erwitt ou Martin Parr se sentent chez eux et viennent sans problème.
Nous avons aussi les revues de photographie, les éditeurs, les galeristes, les collectionneurs, tous les professionnels, et cela donne une dimension très multiple à l’évènement.
C’est aussi un évènement public, où les gens viennent rencontrer les photographes qu’ils aiment, viennent se faire dédicacer des livres. Nous produisons des conférences, comme cette année par exemple sur la photographie arabe et iranienne, avec des gens qui viennent du Caire et de Téhéran.

Paris Photo

Les gens viennent aussi pour acheter, de la photographie anonyme du 19ème siècle à 300€ jusqu’à des photographies d’art très cotées. Le public est là, parmi les professionnels qui ont parfois des stands gigantesques et qui réalisent de vrais accrochages muséaux. Cette année sera présentée la première photographie prise au moyen orient en 1839, ce sera un grand évènement.

Cette année il y a plusieurs lieux qui présentent des expositions et des photographies du moyen orient. Il y a un effet d’ouverture en particulier sur cette région du monde et ses cultures ?

“On revient souvent sur ce préjugé que l’Islam proscrit l’image, et ce que nous voulons montrer c’est qu’il y a au contraire (…) une fascination réelle pour l’image dans les pays du Moyen Orient.”

Nous n’avions pas vraiment vu que nous étions plusieurs à en parler. Mais c’est vrai qu’il y a une tendance réelle de redécouverte de l’art photographique du monde arabe et iranien particulièrement. Ce sont des foyers actifs, où la photo est un médium de choix pour la plupart des artistes de ces pays. En même temps il y a effectivement un effet de marché qui veut chaque année redécouvrir quelque chose, et s’alimenter de nouveautés. L’année dernière c’était les Chinois et les Indiens.

Ce qui nous a beaucoup intéressé, c’est le paradoxe qui existe entre le moyen orient et la photographie. C’est une région du monde qui est complètement associée à son invention. La photographie est née en 1839 et simultanément, les photographes européens partent tout de suite au moyen orient, photographier les lieux bibliques pour diverses raisons dont des raisons archéologiques. C’est aussi l’endroit où la photographie se fait aisément : matériellement, la lumière y est idéale à cette époque où il n’y avait pas de lumière artificielle, la sécheresse permet de mieux travailler aussi. Faire de la photographie n’était pas simple dans ce temps là, tout était encombrant, et l’espace de ces nouvelles régions était idéal pour les premiers photographes européens.

Paris Photo

C’est une région qui est tout de suite en contact avec la photographie, alors qu’elle n’a jamais été vraiment associée à l’histoire de la photo. Il n’y a pas vraiment de livre sur la photographie iranienne par exemple. C’est ce paradoxe qui nous a intéressé. L’intérêt qu’on peut y trouver n’est pas que sur l’émergence d’une photographie du moyen orient, mais aussi dans une dimension beaucoup plus historique.

Le chaînon manquant est l’histoire, alors même que les arabes se photographiaient beaucoup eux-mêmes. C’est quelque chose dont on ne parle pas car il n’y a pas eu de politique patrimoniale depuis très longtemps pour la photographie, il n’y a pas eu vraiment d’archives ni de musées sur ce sujet.
Pourtant le Chah d’Iran en 1848 était passionné de photographie, il se faisait photographier avec sa cour, avait sa collection de photographies, dans son palais du Golestan il avait même une galerie pour montrer les œuvres qu’il possédait.
Au départ ce sont surtout les arméniens qui ont diffusés la photographie, et les étudiants installés au Caire, à Beyrouth ou à Bagdad.

“L’émergence de la scène arabe et iranienne n’est qu’une vue de l’occident qui se réveille sur ce sujet”

On revient souvent sur ce préjugé que l’Islam proscrit l’image, et ce que nous voulons montrer c’est qu’il y a au contraire une prolifération d’images dans le monde arabe et iranien, du passé et du présent, et une fascination réelle pour l’image.
Nous aurons la venue de la Fondation Arabe pour l’Image, fondation assez unique dans le monde arabe puisque c’est la seule à s’occuper, conserver le patrimoine photographique du monde arabe. Sa collection se compose de fonds d’ archives qui viennent de familles, d’amateurs ou de studios professionnels. Cette collecte a été faite principalement par des artistes contemporains arabes, tous exposés à Paris Photo. Ces fonds photo montrent des choses assez passionnantes comme par exemple les photos du Caire en 1870.

Paris Photo

Les images que nous avons réunies sont principalement autour du portrait, car nous trouvons qu’il est justement une caractéristique principale de cette photographie arabe et iranienne. La photographie est ce qui construit l’identité, il y a donc eu beaucoup de photographies individuelles et de groupe, beaucoup de choses passent par le portrait. Parmi ces images certaines font référence au surréalisme, les juxtapositions d’images et les superpositions. On y voit parfois une vision de la femme très émancipée, je pense en particulier à la danseuse de cabaret Sousou à Bagdad dans les années 30, qui s’exhibe avec de gros serpents autour du cou. Il y a des images comme celle là qui sont très étonnantes. On y retrouve aussi le multi-culturalisme ou le cosmopolitisme de villes comme Bagdad ou Le Caire.

Paris Photo

L’émergence actuelle de cette scène n’est qu’une vue de l’Occident qui se réveille sur le sujet de la culture arabe ou iranienne, et croit que c’est une nouveauté du moment. Tout ça finalement vient d’un fond historique qui est extrêmement présent et intéressant, et plutôt méconnu.

Qu’est ce que peut apporter ce salon aux jeunes professionnels de la photographie ?

Nous pensons que les visiteurs sont exposés au meilleur de la photographie, dans sa diversité, et son ouverture géographique sur le monde. Cette année 23 pays son représentés, c’est énorme, et le rayonnement de Paris Photo ne cesse de croître. Pour un jeune pro, ça me semble essentiel de savoir se qu’il se passe autour de lui, et hors de ses frontières. Nous sommes vraiment dans un travail de défrichage, et pas dans une démarche de consécration. Cet axe de découverte est un gain de temps pour les gens, gain d’énergie aussi de savoir qu’en cinq jours ils pourront avoir une idée très précise de ce qu’il se passe.

Paris Photo

Ce n’est pas un peu difficile parfois, pour les pros, de gérer leur activités sur le salon avec autour d’eux un public très important en nombre ?

Lorsqu’un évènement comme Paris Photo a de plus en plus de succès, il y a en effet de plus en plus de monde. Pour réagir à cela nous avons créé cette année des horaires professionnels de 10h00 à 11h30 chaque jour, et qui ne sont pas accessibles au grand public. C’était nécessaire pour les professionnels et pour les collectionneurs.
A côté de cela, nous ne faisons aucun marketing de masse pour promouvoir le salon, nous ne recevons que les gens qui ont envie de venir, et malgré tout l’année dernière nous avons eu une rupture de billetterie avec 39.000 visiteurs.

Vous vous attendez au même succès cette année ?

Oui, je pense. Il y a autant d’excitation que l’année dernière, les gens viendrons.

Paris Photo

La photographie : un art à collectionner, un art à accrocher chez soi ? Que diriez-vous sur ce sujet ?

“Ce que j’aime dans la photographie, c’est qu’elle prend en charge le réel.”

Ce que je vois dans l’art contemporain, à la différence de la photographie, c’est qu’il nécessite de connaître les codes pour apprécier une œuvre. Il y a un hermétisme qui me gène de plus en plus et même un formalisme qui est très ennuyeux je trouve. On est dans le gadget, dans l’incitation, dans les renvois, les codifications…

Ce que j’aime dans la photographie, c’est qu’elle prend en charge le réel. Elle me fait vibrer aujourd’hui car elle raconte vraiment des choses. Elle est aussi plus accessible.
Je pense que la photographie est un art jeune, le marché de la photo d’art est né dans les années 70 et ce n’est que récemment qu’elle est considérée comme un art majeur.
La photo ne fait plus débat aujourd’hui, entre la photographie « pure » et la photographie plasticienne, tout ça est devenu discussion de chapelle, un moyen d’établir des divisions artificielles pour des logiques marchandes.

Propos recueillis par RD

Liens vers le site officiel de Paris Photo

L’édition 2009 de Paris Photo aura lieu du 19 au 22 novembre.