Gilles Favier – « Marseillais du Nord / Les Seigneurs de naguère »

En 1992, Gilles Favier ( agence VU’) se rend dans l’une des cités les plus défavorisées des quartiers nord de Marseille, la Renaude. Il va y photographier le quotidien de ses habitants.

Presque 25 ans plus tard, Philippe Pujol, journaliste lauréat du Prix Albert Londres pour « Quartiers shit », est retourné à la Renaude pour montrer aux habitants d’aujourd’hui les images capturées par Gilles Favier pendant l’été 1992.

Marseillais du Nord / Les Seigneurs de naguère est un superbe livre photo où les regards du photographe et du journaliste se croisent et dépeignent le portrait d’un quartier méconnu.

Gilles Favier nous parle de sa manière de travailler, des rencontres

Vous collaborez depuis longtemps avec Libération. Comment s’est passée cette rencontre avec Christian Caujolle ?

J’ai commencé à travailler à Libération en 1979 pour le magazine du week-end qui s’appelait Sandwich… Puis en 1982, j’ai rencontré Christian Caujolle qui a publié sur six pages un reportage «  la dame aux lions » que j’avais fait dans la région de Toulouse sur une ancienne dompteuse avec laquelle j’avais passé plus d’une année. Quelques semaines plus tard , il m’a envoyé faire le premier supplément Cannes libé/cahiers du cinéma.

Depuis un an, je ne collabore que très rarement avec le journal par manque de temps surtout et de propositions aussi.

Connaissiez-vous Marseille avant d’être missionné par l’Etat ?

Non, je ne connaissais pas Marseille avant ma commande publique. Je suis d’abord allé à Felix Pyat mais la cité était trop grande et la population pas assez sédentaire pour un travail au long cours.

Comment s’est passée la découverte de La Renaude et des quartiers Nord ?

La Renaude convenait bien à mon travail. Très rapidement, tout le monde me connaissait ce qui ne voulait pas dire que c’était facile. Loin de là, il a fallu plus de trois mois avant de rentrer dans le vif du sujet et d’être accepté en tant que photographe.

Quelle est la rencontre qui vous a le plus touché ?

J’aimais bien Hamed qui était un tailleur de pierre algérien et qui avait le mal de la famille restée au bled. Il faisait un beau travail de restauration de monuments dont, entre autres, de chapelles, lui, le musulman. Et il en était fier. Mais il n’était pas le seul à être attachant dans le quartier.

Les images sont très fortes et dégagent quelque chose de dramatique sans pour autant être voyeuristes. Quel a été votre angle de vue pour aborder ce sujet ?

L’idée c’est de ne pas juger. Montrer sans juger. Et parfois si la misère sociale exhale des images, les gens sont toujours dignes et la solidarité n’est pas un mot vain dans le quartier. Mon appareil, un hasselblad, est imposant et il m’oblige à ne pas voler les images, à me confronter aux visages sans cesse. C’est ce que j’aime dans la photographie, ce moment où l’autre attend le déclic…

Avez-vous dû changer vos méthodes de travail par rapport à vos autres reportages ?

Non je n’ai pas changé de méthode. Depuis mes débuts où j’arpentais les rues de Belfast pendant la guerre, j’ai toujours aimé les temps faibles de l’actualité, quand il ne se passe rien de grave, c’est là, que l’on découvre le mieux les choses, à mon sens.

Quelle image reste pour vous LA photographie du reportage ?

Il n’y a pas d’image spécifique que je retienne. Ce travail a été rejeté à l’époque de sa sortie comme ne « ressemblant » pas à la France mais au Mexique. Les journaux ne voulaient pas voir cette France là. C’est un bloc, un ensemble qui reflète tout une communauté à laquelle nous n’avons pas de leçon à donner, surtout pas sur le « vivre ensemble »

Le superbe livre de Gilles Favier et de Philippe Pujol et disponible ici et a donné lieu à une exposition à Le Merlan scène nationale de Marseille

l’exposition est accessible dans le hall du théâtre lors des représentations, jusqu’au 30 juin 
Merlan scène nationale de Marseille
avenue Raimu, 13014 Marseille
04 91 11 19 20