Gildas Lepetit-Castel, inspiration musicale et cinématographique

Qu'est ce qui vous inspire en tant que photographe ? Voici ce qu'on a envie de demander lorsqu'on est face à une photographie, une exposition, dont l'ambiance nous attire, lorsqu'une image est réussie. Chez Gildas Lepetit-Castel, c'est le cinéma qui nous apparaît, chacun vient y placer sa bande sonore, on voudrait trouver un titre au film dont serait extrait ces images. Qui de la photographie ou du cinéma inspire l'autre ? Il semblerait que ce soit définitivement réversible...

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Qu’est ce qui vous inspire en tant que photographe ? Voici ce qu’on a envie de demander lorsqu’on est face à une photographie, une exposition, dont l’ambiance nous attire, lorsqu’une image est réussie. Chez Gildas Lepetit-Castel, c’est le cinéma qui nous apparaît, chacun vient y placer sa bande sonore, on voudrait trouver un titre au film dont serait extrait ces images. Qui de la photographie ou du cinéma inspire l’autre ? Il semblerait que ce soit définitivement réversible…

Gildas Lepetit-Castel
© Gildas Lepetit-Castel

Qu’est ce qui vous a mené à la photographie ?

Le hasard… étudiant un peu perdu en art plastique je détestais profondément la photographie (presque autant que le sport), une sorte d’angoisse technique. Mais après avoir passé une journée entière dans un labo j’ai su que je voulais continuer à jouer avec la lumière. J’ai pris les choses un peu à l’envers car au départ je faisais des photos pour faire du labo, jouer avec ses mains sous le faisceau de l’agrandisseur. Puis j’ai pris goût à la prise de vues lors d’un voyage à Londres et photographier la ville est devenu vital. J’ai commencé ma culture photographique en flânant dans les librairies, des heures à regarder des livres et à tomber amoureux des images. Depuis mon appareil est toujours dans mon sac.

Gildas Lepetit-Castel
© Gildas Lepetit-Castel

Quelle part occupe t-elle aujourd’hui dans votre vie ?

Je vis la photographie en permanence et je vis de la photographie. Je l’enseigne depuis plusieurs années (histoire et technique) dans une école d’art à Arras, ainsi qu’en tant qu’intervenant pour une association (Destin Sensible-Mobilabo) à Villeneuve D’Ascq. Mes semaines sont assez chargées, ponctuées de stages et d’initiations. N’ayant pas de voiture je passe mon temps dans les trains et à marcher, j’en profite pour faire des images. Le reste du temps je travaille sur mes photos et les projets de livres, très nombreux.

Et puis j’ai deux enfants alors j’essaie de me garder du temps pour être avec eux. Mais il ne se passe pas un jour sans que je ne ressente le besoin de faire des images parfois simplement à la maison, tout prétexte est bon.

Gildas Lepetit-Castel
© Gildas Lepetit-Castel

Vous pratiquez l’argentique en noir et blanc, quels sont les autres éléments de votre recette ?

Depuis mes années lycée, je n’utilise que la focale de 50mm montée sur de vieux réflexes canon eos achetés d’occasion sur ebay !

Je reste fidèle à l’argentique à cause du grain d’argent (la matière de la tri-x dans du rodinal) et du plaisir, un peu masochiste, de secouer les cuves en labo la nuit. j’aime cette latence et ce stress qui monte avant de découvrir les images. L’argentique permet cela, en numérique on a du mal à ne pas regarder les images juste après les avoir fait.

Je développe mes films (400 asa parfois poussés pour monter le grain), puis après un premier regard sur les négatifs, je les scanne (avec un epson perfection V700) la première sélection est ainsi effectuée. Les images numérisées sont classées dans des dossiers thématiques : Nuit, Londres, Contre-jour, Jambes, Lignes, Chapeaux, Typo, Oiseaux……… mais surtout je les garde en mémoire car lorsque je fais des photos je pense beaucoup aux livres et il m’arrive souvent de prendre une image juste pour aller avec une autre, de créer une double page.

Pour les tirages je le fais sur papier baryté directement au format final où je conçois l’image en vue d’une expo ou autre. Le format du tirage est important, je n’aime pas les trop grands tirages. Vu le temps et le coût je tire hélas de moins en moins, mais le labo peut être un havre de paix, baigné dans la lumière rouge et la musique le temps ne s’écoule plus de la même manière. Malgré tout, li n’est pas impossible que je passe un jour à la digigraphie, surtout si le papier continue à se rarifier et à perdre en qualité. Sinon je retravaille assez peu les scans, je n’utilise photoshop que pour des retouches de bases et pour redonner le bon contraste sans trop changer l’image. Et enfin, je recadre très rarement. Une seconde sélection s’opère lors du choix des photos qui composeront le livre, ce travail peut prendre pas mal de temps, trouver le juste équilibre entre images fortes et images d’ambiance.

Photographie Gildas Lepetit-Castel
© Gildas Lepetit-Castel

Vos sujets sont souvent présentés de sorte qu’on ne puisse les reconnaitre. Peut-on y voir ici la pratique du « sujet volé », très courant finalement dans la photographie ?

J’aime les silhouettes à contre-jour qui transforment les individus en personnages de films. On peut alors leur substituer un être cher ou bien une parfaite inconnue que l’on rêve de suivre. En somme ces jeux de cache-cache permettent à l’imagination de se développer. Une image n’est pas fermée et son lecteur à le droit de se l’approprier un peu. C’est pour ça que je ne mets que très rarement des légendes, je m’amuse à retirer les repères.

Il y a également la crainte du droit à l’image… mais ça… il m’arrive de photographier de jolies filles ou bien d’étranges garçons de face.

Et enfin il y a les chapeaux, je ne sais pas pourquoi j’aime les photographier et il vrai que j’ai pas mal d’hommes à chapeau un peu incognito dans mes images.

Photographie Gildas Lepetit-Castel

Quelle place et quelle représentation de la femme dans votre travail ?

Une grande place….. tout comme la lumière ma vraie « muse ». La présence féminine est importante dans mes images, ce peut être ma femme, ou simplement des inconnues croisées que j’imaginerais bien héroïne d’un vieux film. Je pense, sans rentrer dans la psychanalyse, essayer de retenir sur la pellicule des filles qui restent ancrées dans ma mémoire… Le Livre « Take Away » comporte pas mal de femmes de dos, je ne l’avais sincèrement pas remarqué lors de la maquette, des amis me l’ont souligné. Il y a également beaucoup de jambes… mais je ne pense pas pour autant être fétichiste.

Photographie Gildas Lepetit-Castel

Quels ont été les paramètres qui vous ont porté vers l’auto-édition pour vos livres ?

En premier la lenteur du système. Des éditeurs intéressés mais jamais pressés ni vraiment impliqués et qui demandent toujours des avances… Je pense qu’ils sont submergés et ont peur de prendre des risques, ce qui est un peu dommage. Puis la principale raison pour moi : faire ce que je veux, c’est à dire un livre comme je le rêve dans la forme, le contenu, la diffusion. Il y à fort à parier que personne n’aurait édité « JUST CLICK ! » et c’est un livre dont je suis fier qui ressemble à s’y m’éprendre à un comics US, même format pas du tout standard en photo, couverture dessinée par ma femme qui lui vaut souvent d’être rangé parmi les BD en librairies ! Préface surréaliste d’un ami/chanteur/producteur belge Miam Monster Miam. Et surtout pour annoncer sa sortie un ami musicien m’a composé une bande annonce parfaitement dans le ton.

J’aime bien faire des teaser pour annoncer les livres. On peut ainsi plonger le futur lecteur dans l’univers, instaurer un climat tout en s’amusant… Depuis toutes mes publications font l’objet de ce type de teaser et la musique prend nue place importante dans certains projets : « Précipitées », « Soundscapes ».

J’aime aussi choisir le papier, discuter personnellement avec l’imprimeur, mettre un fil de couture coloré si l’envie m’en prend… Bref m’amuser et ne surtout pas rentrer dans une collection ! Chaque livre est une nouvelle aventure, un objet à part entière. Je garderais à jamais gravé dans ma mémoire l’arrivée au petit matin d’un semi-remorque m’amenant une demi tonne de mon premier livre, très très fort ce moment ! Et l’ouverture des cartons était proche d’une naissance… sentir le livre, tourner ses pages, se dire qu’il est là.

Photographie Gildas Lepetit-Castel© Gildas Lepetit-Castel

Pensez-vous que c’est un tremplin pour se faire connaitre puis accéder à l’édition classique ?

Je pense que ça peut être un tremplin et faire venir des éditeurs vers son travail, mais surtout que c’est une manière de donner vie à un projet qui vous tient à coeur.  Je fais  des livres pour tourner la page sur un reportage, et parfois comme ce fut le cas pour Londres, un nouveau livre s’ouvre…

Je suis heureux de faire mes livres moi-même, bien que cela prenne beaucoup de temps et d’énergie, et qu’à chaque nouveau projet il faille prendre des risques. Mais je ne fais pas mes livres pour devenir riche, je veux que le travail soit diffusé, accessible, et le livre : petit objet que l’on peut balader partout, partager, offrir, me semble le support idéal pour véhiculer mes images comme je l’entend. On peut à travers la mise en page déployer des idées comme on le ferait lors du montage d’un film, attirer l’attention sur une image, créer des univers… je fais vraiment des photos pour faire des livres.

En fait j’aime les livres depuis mon plus jeune âge, en cours de français, je passais plus de temps à regarder les dessins de mon livre de grammaire qu’à écouter le prof. Les livres, les images, c’est un peu obsessionnel en fait ! Et j’apprécie les ouvrages à petits tirages qui peuvent devenir rares. Ce type de publications pourrait bien représenter le futur de l’édition photographique. Mais il faut être passionné car la diffusion prend un temps fou. Heureusement, internet et les réseaux sociaux aident beaucoup pour cela.

Photographie Gildas Lepetit-Castel
© Gildas Lepetit-Castel

Quel succès rencontrez-vous lors de vos expositions et lors de la sortie de vos livres ?

Je profite des expositions pour vendre mes livres, en général les gens appréciant mes images sont contents de pouvoir les retrouver dans un livre. Mais le succès d’une publication se mesure dans le temps. j’ai eu de la chance, « Un an, Arras » m’a permis de retenter l’aventure avec ma seconde monographie « Just Click! », qui elle-même m’a permis de sortir « Précipitées »… Ce qui est important c’est qu’un ouvrage continue de se vendre dans les mois suivant sa sortie et lorsque quelqu’un après vous avoir acheté un livre vous en achète un second exemplaire pour l’offrir puis s’offre vos autres publications ça fait très plaisir ! « Soundscapes » -boite métallique comprenant un livre, un tirage et un album CD, à plutôt bien démarré. C’est un objet spécial, plus proche du livre d’artiste.

La vente de tirages est plus rare, beaucoup de personnes pensent que vu que les images sont tirées sur papier baryté ils sont hors de prix mais au contraire, j’aime bien que les images soient accessibles à tous.

Photographie Gildas Lepetit-Castel
© Gildas Lepetit-Castel

Vos photos montrent peu de repères temporels et sont empruntes de poésie, elles font parfois penser à des images qui auraient été prises il y a longtemps. Cela évoque chez les gens une forme de nostalgie. Quel est le sentiment qui ressort chez vous, à la prise de vue et à la sélection de vos images ?

Je ne suis pas fait pour mon époque, j’aime le jazz, la musique surf, les cravates en laines, les courbes des vieilles voitures… Je suis attiré que par ces petites choses vintage, et le fait de les croiser dans la rue créé en moi un véritable sursaut, sans coup de coeur, pas de photo. Le plaisir ressenti à chaque déclenchement « heureux » est immense, c’est pour cela que je ne peux pas me lasser de la photo.

Lors des vernissages les gens sont très surpris, m’imaginant  20 ans plus âgé ! Cela m’amuse assez en fait, mais je ne joue pas pour autant le jeu de la nostalgie, bien que je n’ai pas connu les époques auxquelles sont souvent apparenté mes images, elles font un peu parties de moi et de ma sensibilité. Et lors de la sélection des images j’ai tendance à ne pas garder celles qui comporte trop de signes actuels.

Photographie Gildas Lepetit-Castel
© Gildas Lepetit-Castel

Comment placez-vous votre travail par rapport à une certaine photographie humaniste ?

C’est toujours dur d’avoir un regard sur son propre travail. Je passe mon temps à regarder celui des autres lors des cours ou des stages et j’avoue pour moi travailler au feeling, sans trop de recul.

Ces photographes humanistes font forcément partis de ma culture visuelle. Mais je ne pense pas témoigner de mon époque puisque mes images sont intemporelles, par contre témoigner de certains « bonheurs simples » comme le faisaient les humanistes fait parti de mon langage (la lumière ou le vent dans la chevelure d’une femme, une ombre portée sur un mur…).

Je veux juste créer des histoires et donner une vision un peu à contre-jour de la ville que j’aime tant. Je suis un photographe de la ville pas de la campagne.

Photographie Gildas Lepetit-Castel
© Gildas Lepetit-Castel

De quels photographes vous sentez-vous proches ? Quelle est la part de leur travail que vous intégrez comme inspiration dans votre photographie ?

Mes photographes préférés sont avant tout : Sergio Larrain, Bernard Plossu -un très grand photographe et un vrai ami qui m’a motivé à me lancer il y a quelques années dans l’aventure de l’édition-, Robert Frank, Saul Leiter, Masao Yamamoto… mais j’aime aussi dans un tout autre registre Erwin Olaf.

J’aime découvrir des photographes dans les librairies, et oui, ils m’inspirent. Je ne cherche pas à les copier, j’aime voir la manière dont il traite un sujet. Mais, avant tout et depuis toujours, j’ai comme source d’inspiration la musique : la bande son des images que je rêve de faire. Et puis le cinéma: beaucoup de films, anciens comme récents, tellement d’images ! Quand je fais des photos je pense avant tout musique / film / page de livre.

Photographie Gildas Lepetit-Castel
© Gildas Lepetit-Castel

Une dernière question volontairement nostalgique : que voudriez-vous qu’on dise de votre photographie dans 100 ans ?

Ouh là… saperlipopette ! euh… « il me donne envie de faire des livres-photo » ou quelque chose du genre !

C’est dur d’imaginer une lecture de son travail 100 ans après… mais c’est également flatteur car ça voudrait dire qu’il y a des choses qui restent et c’est aussi le but de la photographie et des livres.

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