Estelle Dougier, poésie et nostalgie

Composition, format carré, utilisation des flous provoquent l’émotion pour ces clichés contemporains emprunt de nostalgie.

autop02-21

C’est depuis le studio 28, petit cinéma de la Butte Montmartre, qu’Estelle Dougier nous raconte sa photographie. Elle nous montre son affection pour les scènes de nuit et pour les spectacles. Composition, format carré, utilisation des flous provoquent l’émotion pour ces clichés contemporains emprunt de nostalgie. Elle vient de finir une exposition parisienne à la galerie Canal Pictures & Art intitulée « Le Merveilleux de l’Ombre à la Lumière ». Depuis 2005, elle a fait une dizaine d’expositions personnelles en France et une quinzaine d’expositions collectives à travers le monde, et a été récompensée de nombreuses fois pour ses photos et ses publications.

01-2.jpg

Comment avez vous commencé à photographier ?
J’ai commencé enfant avec mon premier appareil. Ensuite à mes dix huit ans j’ai demandé un reflex argentique Nikon, mais toujours dans le cadre de photos de famille. J’aimais aussi beaucoup les magazines, les expos. Ce qui a fait que je me suis vraiment intéressée à la photo c’est que je suis partie à New York pour faire mes études et il y avait de la photo partout. C’est vraiment la ville de la photo ! Je suis allée à l’International Center of Photography, qui est un grand centre d’études, et j’y ai suivi les cours du soir pendant un an. J’avais déjà une trentaine d’année, et c’est là que je me suis vraiment ouverte à la photo, j’y ai acheté mon Hasselblad d’occasion, j’ai pu bénéficier de super labos là bas, et c’est devenu une vraie passion.

03-2.jpg

Vous avez exposé pendant un mois à Paris, quels ont été pour vous les autres exercices de la photographie comme métier ?
Je réponds à des commandes en général. J’ai fait des photos pour des vêtements pour enfants. J’ai fait les photos pour leur catalogue la première saison, et comme ça leur a plu, j’ai poursuivit avec le catalogue de la saison suivante. Grâce à ça j’ai eu des publications dans quelques magazines. J’ai fait aussi des photos pour une marque d’experts culinaires, pour leur brochure, des photos pour une crèche…
Mais mon métier aujourd’hui c’est d’être traductrice. Et c’est un grand avantage qui me permet de travailler de chez moi et d’adapter mon temps de travail avec cette passion.

09-2.jpg

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur votre travail sur les flous ? Car ce n’est pas quelque chose qu’on rencontre très souvent finalement…
On m’en a beaucoup parlé au début : « ah, c’est flou » ! Oui mais c’est voulu ! Certaines personnes ont l’impression que la photo est ratée alors que moi je trouve ça poétique. C’est doux, j’aime l’ambiance que ça crée. Et mes photos sont souvent prises de nuit, dans des endroits très sombres, et ça créé des situations de flou. J’aime beaucoup les lumières artificielles de la scène, et je n’utilise jamais de flash.

06-2.jpg

Pourriez-vous nous en dire plus sur la réalisation de ces photos ? Quelles sont vos méthodes de travail ?
Pour les scènes de nuit c’est quelque chose que je gère toute seule et qui se fait sur le coup, je sors, je me balade. Je n’ai pas de trépied mais je pose l’appareil quelque part, car je suis limitée à 800 ISO.

07-2.jpg
C’est au coup-par-coup, ce qui me plaît en marchant longtemps dans les rues.

Les photos de spectacles il y a plus de démarches avant parce qu’à chaque fois j’ai du demander l’autorisation. Donc j’ai écrit, j’ai rencontré les gens. Le cirque j’y suis resté trois mois, j’ai regardé les lieux à l’avance, j’y retourne etc. parfois il faut vraiment négocier : le Moulin Rouge ça a duré un an avant que je puisse y prendre des photos.

Photo Moulin Rouge par Estelle Dougier

Une fois la photo prise, comment l’exploitez-vous ? Vos photos sont elles retouchées ?
Non, au départ je fais développer et scanner les négatifs chez Negatif +, je les trie sur l’ordinateur, mais ensuite les tirages sont faits chez Dupon à partir du négatif. Pas de retouches, on change parfois légèrement le contraste mais tout se fait au labo.

Photo de cirque par Estelle Dougier

Quel est le message, les émotions que vous voulez faire passer à travers vos photos ?
J’aime que les gens ressentent de la poésie et de la nostalgie, il n’y a pas de message, c’est plus de l’émotion.

Quels sont les photographes que vous admirez ? Où puisez-vous votre inspiration ?
Il y a des gens que j’aime comme Helmut Newton, Sarah Moon. Dans les plus jeunes j’aime beaucoup Julia Fullerton Batten et son travail sur les adolescentes. En général je regarde beaucoup de photographes, je lis plein de magazines photo. Mais il n’y a personne dont je m’inspire directement.

05-2.jpg

Parlez-nous un peu plus du matériel que vous utilisez.
Un argentique Hasseblad 501 CM avec lequel je fais tout mon travail. Depuis que j’ai celui là je n’ai plus touché à mon reflex 35mm. Ce qui a motivé mon choix à l’origine, c’est en ayant vu un livre d’Avedon dans lequel il disait utiliser ça comme appareil. A partir de là je suis allée dans une boutique à New-York où on pouvait trouver du matériel d’occasion, il y en avait un qui était correct, et je l’ai acheté. Par contre au début je ne savais pas du tout m’en servir et mes deux premières pellicules ont été entièrement noires ! En fait je ne savais pas du tout comment on les mettait dedans… J’ai du retourner à la boutique pour qu’ils m’expliquent comment on met la pellicule.

10-2.jpg

Quelle est votre perception de la photographie et de son évolution ?
J’ai l’impression que ça se développe bien et que les gens en ont de plus en plus envie. J’ai entendu à une de mes expos quelqu’un me dire qu’il trouvait qu’un de mes tirages serait joli dans son salon ! Il le voyait bien en objet de déco. C’était comme si jusqu’à présent les gens envisageaient la photo comme « les photos de famille » qu’on met dans un album et c’est tout. Les gens prennent plus conscience du côté artistique de la photo.

11-2.jpg

Quelles sont vos projets ? Vos rêves ? Comment imaginez-vous la suite de votre parcours ?
Des rêves, pleins ! Exposer le plus possible, rencontrer les gens, pouvoir vendre mes photos et en vivre. C’est le rêve à long terme, par étapes, ce serait l’idéal.

Est-ce que vous auriez envie d’essayer d’autres types de photo ?
Oui pourquoi pas, mais pas en changeant d’appareil. Mais j’aime les nouvelles choses et ça pourra arriver si ça me touche de la même manière.

08-2.jpg

Quel est votre plus grand plaisir en tant que photographe ?
La prise de vue, c’est le moment que je préfère. Et l’autre moment que j’aime beaucoup c’est quand je vais récupérer les photos après développement et les voir enfin. Parfois c’est un grand moment de désespoir aussi, mais j’aime ça !