Didier Pallagès, L’instinct de la scène

Passionné par l’univers de la scène auquel il a goûté, Didier Pallagès s’est naturellement tourné vers les artistes du spectacle avec qui il partage une sensibilité commune. Se définissant comme un photographe de scènes de vie, il s’attache à retranscrire les émotions qui reçoit en essayant de rester juste. Il hante les coulisses des théâtres et les festivals à la recherche de l’instant. Discret et réservé, il parvient à se faire oublier pendant les prises de vue et à instaurer un climat de confiance dans le temps. Il vient de publier «Une rencontre», son premier livre qui retrace vingt ans de travail avec le duo d’humoristes Shirley et Dino. Rencontre avec ce photographe qui a "l’instinct de la scène".

Passionné par  l’univers de la scène auquel il a goûté, Didier Pallagès s’est naturellement tourné vers les artistes du spectacle avec qui il partage une sensibilité commune. Se définissant comme un photographe de scènes de vie, il s’attache à retranscrire les émotions qui reçoit en essayant de rester juste. Il hante les coulisses des théâtres et les festivals à la recherche de l’instant. Discret et réservé, il parvient à se faire oublier pendant les prises de vue et à instaurer un climat de confiance dans le temps. Il vient de publier «Une rencontre», son premier livre qui retrace vingt ans de travail avec le duo d’humoristes Shirley et Dino. Rencontre avec ce photographe qui a « l’instinct de la scène ».

Photo Didier Pallagès

Quel a été le déclencheur qui vous a fait vous intéresser à la photo de spectacle, et qu’est ce que vous essayez de retranscrire dans vos images ?

J’ai été moi-même artiste de spectacle et je faisais déjà un peu de photo pour le plaisir. Lorsque j’ai arrêté ma carrière sur scène, j’ai eu l’opportunité de rentrer quelque temps après à l’AFP, au labo photo, mais j’ai naturellement eu envie de prolonger ma relation avec l’univers du spectacle.
J’aime la sensibilité des artistes, et c’est ce que j’essaie de véhiculer. Je ne suis pas quelqu’un de compliqué. Je prends ce que je vois et que je ressens, en restant assez simple et sobre. Je pourrais me définir comme un photographe de scènes de vie.

Photo Didier Pallagès

C’est donc un univers qui vous est proche pour l’avoir pratiqué ?

Oui. Je connais bien ce métier du spectacle. Je l’ai pratiqué 10 ans et je sais ce que c’est.

Comment êtes vous parvenus à photographier autant de personnes connues ou reconnues dans ce métier, et qu’on peut imaginer peu accessibles ? Est-ce vous qui êtes allé vers elles au départ ?

La plupart du temps, ce sont les rencontres qui font tout. J’ai vraiment commencé la photo de spectacle avec Shirley et Dino, à leurs débuts il y a 20 ans, ainsi qu’avec Jean Yves Lacombe et Marinette Maignan. Je les suivais très régulièrement et il m’ont fait rencontrer plein d’autres artistes. Les choses se sont faites assez naturellement, au fil des rencontres et des amitiés qui se sont nouées. En fait, je n’ai jamais vraiment démarché pour proposer mes services. Je le fais un peu plus maintenant car j’y suis obligé, mais je suis resté quand même fidèle à une espèce de « famille » du music-hall, avec Shirley et Dino bien sûr, mais aussi le Quatuor, Chanson Plus Bifluorée et plein d’autres, du simple fait que je les suis depuis des années.

Photo Didier Pallagès

Vous semblez préférer la photo instantanée à la photo strictement posée…

Je cherche à capter les émotions que donnent les artistes sur scène, me sentir proche d’eux, rentrer dans leur intimité. Parfois lorsqu’ils voient les photos, ils sont surpris d’y lire leurs propres émotions. La plupart du temps, ils en sont contents, mais il peut arriver qu’ils soient gênés car ils ne se rendent pas toujours compte à quel point leurs émotions peuvent être fortes. Ce n’est pas de la photo volée, et ils sont d’ailleurs toujours prévenus lorsque je suis dans la salle.
Et puis j’essaie toujours d’être juste envers eux et de ne pas déformer la réalité. Si je suis sensible à ce qu’une photo soit belle, je ne veux pas trahir l’intention du comédien sur scène. Inconsciemment, on a toujours tendance à embellir une image lorsqu’on est derrière le viseur, même sans vouloir le faire. Mais pour moi il est important de rester juste.

Photo Didier Pallagès

Quelle est votre approche concrète sur le terrain ?

Je ne prépare jamais rien, sauf si je dois faire une séance en studio. En spectacle, je décide de mes prises de vue, de l’endroit où je me place, et j’aime surtout faire des photos en public, car les artistes ne sont pas tout-à-fait pareils qu’en répétition ou en studio. Je trouve que c’est comme cela que j’obtiens le meilleur des comédiens.

Photo Didier Pallagès

Vous essayez de vous placer de telle sorte que vous ayez la même vision que les spectateurs ?

Ma vision est forcément un peu déformée mais oui, j’aime bien avoir cette approche.
Les comédiens savent que je suis dans la salle, mais très vite ils m’oublient et ça me va très bien. Ca me rappelle le travail que je fais en milieu hospitalier pour les enfants malades visités par des clowns de l’association Théodora : une fois qu’ils m’ont accepté, les enfants m’oublient très vite, et c’est là que j’obtiens le meilleur.

Photo Didier Pallagès

Votre réponse m’amène à rebondir sur un autre aspect de votre travail qui est davantage de l’ordre du témoignage ou du reportage…

J’ai fait un reportage avec des clowns en hôpital en 2001 pour l’AFP. Lorsqu’ils ont vu les photos, le directeur de l’époque de l’association Théodora, Guillaume Astier, m’a demandé d’être leur photographe. J’ai accepté car ce sujet me touchait beaucoup, et que j’ai moi-même trois enfants. Sur le terrain avec eux, j’ai été très vite convaincu de l’importance de leur travail pour les enfants, et même pour les parents ! C’est un travail que je poursuis et que j’aime faire. Ce n’est certes pas toujours aussi drôle que le spectacle, et les moments de joie alternent avec la dure réalité de la vie. C’est un travail de témoignage sur leur travail en milieu pédiatrique et hospitalier, et cela se fait en coordination avec les enfants, parents, intervenants de l’association et le personnel médical.

Photo Didier Pallagès

Photo Didier Pallagès

Question plus terre-à-terre, mais quel matériel préférez-vous utiliser ?

Au départ j’ai commencé avec un Nikon FM2. J’aimais beaucoup Nikon à une époque car je trouvais que leurs optiques piquaient plus que les Canon. Et puis je suis passé chez Canon car lorsqu’ils ont sorti l’EOS 5, c’était un boitier qui fonctionnait très silencieusement, ce qui est un critère primordial pour moi en spectacle et surtout en théâtre où il y a parfois de longs silences. Depuis, je suis très satisfait et je trouve que les boîtiers sont très bien. J’ai deux boîtiers 5D et pas mal d’optiques de la marque. Je travaille beaucoup avec le 80-200 mm, parfois le 300 mm, et je m’amuse bien avec le fisheye de 15 mm.

Photo Didier Pallagès

A partir d’une certaine focale et dans ces conditions de lumière, vous utilisez un trépied ou un monopode ?

En spectacle, je travaille toujours sur trépied sauf si je n’ai pas de place, auquel cas je me rabats sur le monopode.

Vos retravaillez vos photos en aval de la prise de vues ?

Oui toujours. La prise de vues ne saurait être complète sans un travail de laboratoire, même si l’informatique à remplacé la chimie. Je fais les mêmes choses que je faisais en argentique, mais avec des outils différents. C’est un travail essentiel.

C’est un domaine que vous connaissez bien ?

Oui car je fais beaucoup de retouche au labo de l’AFP. Cette connaissance aide bien à anticiper lors de la prise de vues.

Photo Didier Pallagès

Comment gérez-vous votre carrière dans la photo ?

Je fais mes semaines de travail comme retoucheur au labo de l’AFP. Toute la journée, je fais de la retouche de chromie, retrait des poussières de capteur, etc. Aussi, on numérise et restaure peu à peu les tonnes d’archives de l’agence. Que ce soit des films de tous formats ou des plaques de verre. C’est un travail intéressant que de redonner vie a ces clichés qui sont ensuite mis en ligne et rendus disponibles à la vente pour nos clients.
Sinon, j’ai monté ma société et à l’extérieur je fais principalement de la photo de spectacle. Puis après la prise de vues je fais la même chose qu’à l‘agence : la retouche. J’insiste sur le fait que si mes photos sont toujours retouchées, elles ne sont jamais « modifiées ».

Photo Didier Pallagès

Vous avez raison de le préciser : Depuis l’arrivée du numérique, pas mal de gens non-photographes semblent confondre la retouche et le photo-montage, qui peut être un processus très créatif, mais qui est différent de la retouche agissant seulement sur  les paramètres tels que chromie, lumière ou contraste.

Il m’arrive aussi de travailler en studio. Je suis plus un photographe de scène car je suis « tombé dedans » maintenant, mais j’ai plaisir à faire du studio aussi. J’ai fait pas mal d’affiches de spectacle en collaboration avec un graphiste. Il amène l’idée et moi je réalise la photo qu’il exploitera lors de la PAO. C’est un travail intéressant car il se fait en équipe dès le début.

Photo Didier Pallagès

Y a t’il des photographes que vous admirez, qui vous ont influencé, ou qui ont fait que vous avez pris votre direction actuelle ?

Il y a tellement de photographes que j’aime, que j’aurai le plus grand mal à vous citer des noms (rires).  Pour rester dans les plus connus, j’aime bien Willy Ronis, Doisneau, Cartier-Bresson, Nan Goldin, Nobuyoshi Araki… Tous ces photographes là auprès desquels je trouve une sorte de filiation car même si c’est des images de spectacle, il y a une intention commune. J’aime aussi beaucoup le travail qui se fait en mode, mais là aussi, j’aurai des soucis pour vous citer des noms… Sinon, je n’ai pas connu de photographe plus particulièrement qu’un autre et j’ai appris sans trop regarder ce que faisaient les autres. Je travaille à l’instinc.

Photo Didier Pallagès

Vous avez eu des expos et des publications ?

Oui il y a eu 3 expos ces dernières années. Une qui s’appellait « Eclats de Scènes » avec une centaine de photos sur les humoristes, Une autre qui était une rétrospective des artistes qui sont passés au Théâtre Michel Simon de Noisy le Grand, et enfin une troisième consacrée à la compagnie de hip-hop « Ethadam » que j’ai suivi plusieurs mois. Outre diverses parutions dans des magazines ou quotidiens nationaux, j’ai surtout le plaisir d’avoir vu mon premier livre édité cet automne aux éditions de l’Amandier. Il s’appelle « Une rencontre » et retrace en photos la carrière de Shirley et Dino que j’ai suivie depuis qu’ils jouaient de chapiteaux en endroits improbables, jusque dans les plus grands théâtres.

Photo Didier Pallagès

Photo Didier Pallagès

Quel souhait ou rêve formuleriez-vous pour l’avenir dans votre activité photo ?

Ne faire que des photos de spectacle !

Lien vers le site du photographe Didier Pallagès