Diamantino Labo Photo, le plaisir du tirage grand format traditionnel

Tirages couleur et noir et blanc à l’agrandisseur horizontal, séchage à bords tendus, travail traditionnel exigeant, voilà la prestation qu’offre depuis deux ans Diamantino Labo Photo à Montrouge. Après des années à travailler chez Graphicolor, Publimod, Gamma ou Sipa Labo, Diamantino a voulu poursuivre à sa manière ce métier passionnant, et répondre à la demande de photographes qui ne peuvent se passer de lui.

Lorsque vous annoncez l’ouverture de votre labo à ceux qui ne vous connaissent pas, quelles réactions observez-vous ?

Les gens sont étonnés d’apprendre que je me lance et que je fais du grand format à l’agrandisseur. Ils pensent que ça n’existe plus, que c’est terminé.

Mais le meilleur dans tout ça, c’est que j’ai redonné envie à des photographes de retourner à l’argentique pour leur travaux, ceux en particulier qui n’aiment pas tellement passer tout le temps par un scanner pour leur travail artistique, ou pour certaines commandes. Quand ils voient qu’on fait ici du baryté de manière traditionnelle il y a plein de choses qui remontent en eux.

Et pour moi le grand format est sans concessions, j’utilise une développeuse de 2m de large pour pouvoir travailler sur du papier d’1m85 en couleur, et 1m40 en noir et blanc développé à la main en cuve.

Vous réveillez « la jouissance » chez les photographes…

Oui. C’est pour ça qu’il faut se montrer, ne pas rester dans son coin de peur de perdre notre clientèle. Plus on sera nombreux et plus on fera parler de nous, et plus nous aurons de clients. Car ma clientèle ce sont plutôt des photographes assez jeunes, des trentenaires. Ils maitrisent très bien les outils professionnels numériques mais ont une vraie envie d’argentique traditionnel et exigeant pour leur photographie d’auteur.

Qu’entendez-vous par traditionnel ?

J’ai une pièce que peu de monde a la chance d’avoir par manque de place : une pièce spéciale pour sécher les tirages, avec une humidité constante et contrôlée, où chaque tirage a sa planche et ce jusqu’à 1m50 de large. Elles sont toutes disposées sur des claies dans le noir complet, le temps qu’il faut pour un séchage à bords tendus parfait. Même pour les 30×40 je n’utilise pas de presse. En passant par ce procédé, ça donne beaucoup de travail, mais pour la pérennité et la valeur des tirages, à bords tendus le papier ne bougera jamais plus.

Il faut être exigeant dans ce métier. En quoi est-ce obligatoire, et comment cela se traduit au quotidien ?

Moi en plus d’être exigeant je suis un peu pointilleux dans mes méthodes. Le travail vite fait et mal fait m’oripile, je l’ai vécu en tant que salarié et si je suis devenu indépendant c’est pour m’écarter de cela. Pour moi, un client qui est dans l’urgence, dans un besoin délicat, c’était une bonne opportunité de pouvoir rendre service et mettre en œuvre mes talents.

Ce métier doit être fait avec passion et générosité. Il faut que nous puissions gagner notre vie mais de le faire ainsi apporte énormément de satisfaction. Il faut être professionnel, rigoureux à tous les niveaux. Propreté, précision, qualité du tirage, sans artifices.

Quand vous avez des stagiaires, vous les formez jusqu’où ?

Jusqu’à ce qu’ils soient capables de faire ce métier comme je le fais, pour eux-même vers de plus en plus de jouissance, car c’est bien de ça qu’il est question.

Ce que je leur dis c’est qu’ici on ne vient pas pour travailler, on ne vient pas comme on viendrait « au boulot ». On ne vient pas faire un travail, on vient pratiquer un métier, un métier qu’on aime. C’est ce que j’essaye de leur inculquer, et si un jour un apprenti reste ici avec moi, c’est qu’il aura ça en lui aussi.

En tant qu’indépendants vous n’êtes pas beaucoup mais j’ai cru comprendre que vous êtes tous en relation et vous appréciez de pouvoir communiquer et vous entre-aider.

C’est ce que je dis toujours. Je suis en relation avec les autres tireurs indépendants, comme Andreas Romero qui a créé L’œil Complice dans l’Essonne, Frederic Goyeau, Gilles Laurent de eLab et d’autres, pour partager cette passion.
Pour que ce métier existe il faut une communauté forte, qui communique pour que tout le monde sache qu’il existe encore.

Le matériel commence à se faire rare, j’imagine qu’il faut saisir les occasions d’en acheter ?…

J’ai beaucoup de matériel en double car j’ai peur de me retrouver en panne.

Il faut pouvoir remplacer certaines pièces avec d’autres. Là j’ai un agrandisseur dont le transformateur donne des signes de faiblesses, il va falloir que je le remplace avec un autre provenant d’un de mes agrandisseurs de réserve. C’est très difficile de trouver quelqu’un pour réparer ce genre de matériel, donc il en faut en plus, en double, même si ça prend de la place. Mais je me sens plus tranquille avec tout ça. Prochainement je dois aller chercher trois agrandisseurs que j’ai acheté et dont je n’ai pas besoin, mais je ne peux pas laisser passer cette opportunité.

C’est le prix à payer pour être indépendant et continuer à faire ce travail ?

Voilà, il faut traquer le matériel. Pour les filtres par exemple, les fabriquants ne les font plus, et à la fin je suis obligé de mettre des gélatines, donc ce n’est pas idéal pour moi.

Et votre passé, en tant que salarié, quel a été votre parcours ?

J’ai fait ma carrière dans quatre laboratoires. A l’origine je n’étais pas destiné à ce métier. C’est à l’occasion de la période des vacances quand j’étais adolescent, ma mère m’envoyait travailler chez des artisans. Un jour je me suis retrouvé chez un photographe de portrait chez qui j’ai appris à développer et à retoucher. Je ne savais pas qu’un jour j’irai jusqu’à avoir mon propre labo…

Mon premier travail en tant que salarié en arrivant à Paris au début des années 80, c’était dans un studio qui se consacrait beaucoup à la photo de mariage. Le samedi soir, les photographes arrivaient avec une centaine de bobines en moyen format couleur, il fallait les développer à la main car il n’y avait pas encore de développeuse. Je me retrouvais souvent tout seul pour faire ce travail, puis tirer des planches contact pour que le photographe puisse repartir directement vers minuit sur le lieu du mariage pour montrer les photos.

Evidement j’ai voulu ensuite entrer dans un laboratoire professionnel, et c’est là que j’ai appris à toucher à tout, chez Graphicolor. J’y ai pratiqué les Ektas, les internégatifs, le E6 avec les réglages des chimies, à l’œil, en ajoutant un peu de soude pour réajuster les couleurs. J’ai commencé aussi à pratiquer des tirages intéressants, au début en remplaçant un collègue. J’y suis resté six ans.

Ensuite j’ai réussi à entrer chez Publimod, en faisant un essai chez eux pendant mes vacances. Ils ont accepté de me prendre et j’ai pu donner ma démission de chez Graphicolor. Le patron n’était pas content, d’autant que je ne quittais pas le laboratoire pour l’argent, chez Publimod je passais à un autre niveau dans mon travail, mais aussi de 10.500Frs à 9.000Frs. Mais j’avais envie de progresser. Chez Publimod, leur spécialité c’était vraiment le tirage feuille à feuille de qualité, essentiellement pour des expositions. Très rapidement j’ai appris énormément de choses, en particulier pour le tirage pur.

Par la suite, malgré la clientèle et le travail haut-de-gamme, j’ai été lassé de gagner si peu. Au bout de deux ans je suis parti en très bon terme pour aller chez Gamma. C’était 3000Frs de plus, j’étais tout seul au tirage, et commençais à préparer les grandes expositions comme celles de Salgado. Après trois ans, lorsque Gamma a déménagé à Vanves, il y a eu pas mal de transformations, l’agence a été rachetée, et ça ne me plaisait plus. Et là c’est Sipa Labo qui m’a contacté et j’ai choisi de les rejoindre pour neuf ans de travail. Quand Sipa a fermé, j’ai pu acheter le matériel du labo parce que je voulais déjà créer mon propre laboratoire. C’était l’époque où tout le monde commençait à arrêter l’argentique et j’ai pu constituer à peu de frais une vrai collection de matériel, dont un superbe HK de 4000 Watts.

Après j’ai intégré à nouveau Publimode pendant 4 ans, en mettant de côté mon projet et cela jusqu’à la fermeture de ce labo. Ensuite j’ai repris mon projet, et j’ai mis deux ans avant de pouvoir m’installer réellement. Il m’a fallut passer par beaucoup d’étapes et principalement la recherche de la zone géographique qui me permettrait d’avoir de l’espace pour un prix raisonnable. J’ai parfois cherché seul, parfois à plusieurs pour essayer de partager les locaux. Et finalement un jour c’est en croisant un voisin que j’ai eu l’opportunité d’entrer et de partager ce lieu. Avec cette entreprise d’impressions pour des supports publicitaires, en plus nous sommes un peu complémentaires. Ils m’ont laissé m’installer tranquillement ce qui été super pour moi, car il me fallait environ six mois pour réellement regrouper mon matériel et faire les travaux nécessaires. Il me fallait de toute façon un grand espace, ici ça fait 150m2 et je peux m’étendre encore. C’est vrai qu’un laboratoire qui ne fait pas de grand format n’a pas vraiment besoin de plus de 50m2, mais dès qu’on veux faire des grands tirages il faut de l’espace. L’agrandisseur doit être horizontal, mural, contrairement aux agrandisseurs verticaux, il faut une tireuse couleur volumineuse, faire sécher les tirages jusqu’à 2mx2,5m, surtout lorsque c’est pour une commande de beaucoup de tirages en même temps.

Tout ceci engage un investissement initial important et c’est ce qui rend difficile l’entreprise de l’indépendance pour faire ce métier comme j’ai envie de le faire. Rien que les achats de fournitures sont difficiles, pour faire un premier tirage il me faut déjà un rouleau de papier de 50m ! Pour autant quand on commence, le chiffre d’affaire d’un petit labo comme le mien n’est pas plus important que celui de quelqu’un qui fait du Photoshop dans un petit studio, et qui a très peu de frais.

Qu’est ce qui vous a permis d’y arriver, qu’est ce qu’il y a chez vous qui vous a donné les clefs pour passer cette première étape ?

Ce métier demande d’être endurant et instinctif. A côté de cela, ce n’était pas non plus un caprice d’ouvrir ce labo, j’avais déjà beaucoup de demandes et de soutien. Même pendant la période où je ne travaillais pas, j’accompagnais les photographes qui me sont fidèles. Je travaillais pour eux chez Self Color pour les petits formats et pour chez les autres labos pour les grands. Ils ne trouvaient pas leur bonheur dans certains laboratoires où je les emmenais, et ont continué à me demander de faire leurs tirages. Le seul labo où j’ai pu les emmener et où ils étaient satisfaits c’est chez Dupon. C’est aussi grâce à la qualité des relations entre Jean-François Camp et les photographes en général. C’est quelqu’un de formidable et j’ai le souvenir, alors que j’étais venu une fois pour lui proposer mes services alors que j’étais débutant, qu’il m’avait fait visiter tout le labo pendant deux heures alors même qu’il n’avait pas de place à m’offrir. Il m’avait reçu dans son bureau pour m’expliquer des choses sur le métier comme il le voyait, me conseiller les endroits où aller et ceux à éviter. Quand j’ai commencé à lui amener des clients j’ai repris contact avec lui. C’est quelqu’un de très généreux.

Comment un laboratoire comme le votre arrive t-il à vivre uniquement de l’argentique ? Qu’elles sont les profils des photographes qui vous font travailler ?

Ce sont souvent des photographes qui ont fait le tour de la question en numérique. Pour des commandes ils continuent à s’en servir mais pour leur travail d’auteur, ils préfèrent un vrai procédé argentique à l’agrandisseur, un travail traditionnel de qualité.

Vous êtes serein sur la pérennité de votre labo pour les prochaines années ?

Oui, je suis serein car il y a aussi ces nouvelles générations de photographes, à qui on a pas imposé l’argentique car ils sont nés avec le numérique. S’ils travaillent en argentique c’est par choix profond, par sensibilité. La photographie traditionnelle de qualité est comme la peinture ou la sculpture, elle existera toujours.

Propos recueillis par RD à Montrouge

site de Diamantino Labo Photo