Collectif le Bar Floréal, travailler ensemble et partager le regard photographique

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Créé en 1985, l’association ou collectif du Bar Floréal se trouve au cœur du 20ème arrondissement de Paris. Le lieu qui les réunit, un ancien bistrot reconverti en espace commun et en galerie, est à l’image de ces photographes au regard humaniste. André Lejarre, à l’origine, entre autres, de cette aventure, sera le médiateur de nos quelques questions.

Photographie Bar Floréal
Sortie d’Usinor Longwy 1979. André Lejarre

Sur quelle idée de départ s’est fondée cette association du Bar Floréal ?

Trois photographes indépendants, des copains, cherchaient un studio pour faire des prises de vue. Ils ont trouvé via la Ville de Paris ce lieu qui est toujours la maison de notre association. Ce lieu étant relativement grand, et comme j’habitais juste et à côté, ils m’ont proposé de le partager avec eux.

Nous avons visité cet ancien bar, et j’ai tout de suite vu la possibilité de faire une galerie. Nous avons pris ce lieu tous les trois et pendant deux ans nous avons beaucoup travaillé à tout casser et tout refaire.

Cette première idée de partager un espace et du matériel s’est très vite transformée en projets partagés et l’envie de vivre ensemble une nouvelle aventure photographique.

Photographie Bar Floréal
Café « le Relais » 1993. André Lejarre

Vous partagiez déjà des « valeurs photographiques » ?

Tout à fait. Nous partageons le reportage, et nous nous étions rencontré quelques années avant, en 1979, au moment des grandes luttes pour la sidérurgie de Lorraine. Pour fêter les 20 ans du collectif, nous avons donc publié un livre qui s’appelle « Retour en Lorraine ».

Notre idée est de faire des photos du monde en maitrisant l’utilisation de ces photos.  Nous avons toujours essayé de maitriser toute la chaine jusqu’à la publication, avec des valeurs d’humanité, le plus intelligemment possible.

Une des grandes idées de ce collectif, et c’est toujours le cas dans son élargissement actuel puisque nous avons de nouveaux membres, est la réflexion sur le devenir des photos et la manière de rendre ces images aux personnes photographiées, par la publication ou par l’exposition. Nous essayons de faire des expositions « hors des murs » pour que ces gens photographiés se retrouvent dans ce travail.

Par exemple, en 90, nous connaissions un peu Willy Ronis qui est devenu un ami, nous avons installé dans le quartier des images de 4m par 3m (c’était le début des grandes photocopies laser Canon) de son travail sur Belleville et Ménilmontant. Nous avions fait tout un parcours depuis notre galerie où se trouvait des tirages de Willy Ronis jusqu’à la mairie du 20ème où d’autres tirages étaient exposés. Nous avons ce souci de mettre la photographie dans l’espace commun, l’espace public.

Photographie Bar Floréal
Retour en Lorraine2008 Portraits d’anciens sidérurgistes avec leurs enfants. Caroline Pottier

Si on devait chercher un style commun au Bar Floréal, quel serait-il ?

Nous cherchons à témoigner de notre réalité, de notre monde, dans le monde. Nous avons commencés avec une équipe de photographes très reporter, mais aujourd’hui nous avons aussi des gens plus facétieux, comme Sophie Carlier qui travaille beaucoup sur l’autoportrait, et d’autres photographies qui sont plus mises en scène.

Au final, le Bar Floréal est aussi un peu une utopie, le rêve de travailler ensemble, de mener à bien des projets ensemble. Nous y arrivons toujours mais c’est quand même une aventure à chaque fois, avec cette richesse et quelque fois ses accidents. Ce n’est jamais simple mais c’est passionnant car nous sommes amenés à faire des images que nous n’aurions pas faites tout seul, centrés sur notre création personnelle. Nous sommes poussés vers des limites, dans des directions nouvelles et en fouillant on arrive à des choses très intéressantes. Une richesse individuelle et collective…

Photographie Bar FloréalSur les marches de Notre Dame de la Croix. 1993. André Lejarre

Au niveau du fonctionnement, les photographes du Bar Floréal ont leurs projets au sein du collectif et des projets personnels ?

Ils peuvent être personnels ou collectifs dans la forme, mais il y a une exclusivité du Bar Floréal pour tous les travaux et les reversions des droits d’auteurs. Ensuite nous essayons de mutualiser les recettes de l’association, si un photographe produit un travail pour une commande très bien payée, l’argent est pour le groupe et sera divisée équitablement. Une partie de cet argent sera quand même redirigée pour la production d’un prochain projet à lui. C’est aussi ce qui permet de payer structure, lieu commun, galerie et salaires, et aussi de couvrir ce photographe le jour il aurait moins de travail. Il serait supporté par le travail des autres.

Photographie Bar Floréal
Rue Lesage 1993. André Lejarre

Vous n’avez pas d’agent représentant le collectif ?

Non, nous n’en avons peut-être pas besoin. C’est toujours un grand débat mais une des raisons est que nous ne pouvons pas multiplier les salariés en trop grand nombre pour le moment. C’est un choix, nous sommes chacun notre propre agent et l’agent du groupe.

Vous bénéficiez aussi historiquement d’une notoriété qui fait que les clients viennent vers vous d’eux-mêmes ?

Oui mais ce n’est jamais acquis.

Qu’est ce qui a fait que le Bar Floréal a grandi en nombre avec le temps ?

Je pense que nous avons besoin de nous renouveler, d’élargir notre vision et nos possibilités. Nous ne photographions plus comme il y a vingt ans, c’est certain, la photographie a changé et le monde a changé. Nous avons besoin de nouveaux regards et de nouvelles sensibilités. C’est très dur de sortir de sa propre façon de photographier mais nous avons besoin de ça.

Là nous avons quatre nouveaux photographes depuis cette année, quatre jeunes femmes. Si elles nous rejoignent c’est que ce sont des photographes confirmées, et elles ont été choisies car elles ont un goût pour travailler avec les autres. Les photographes en général sont souvent très individualistes. Ici le travail partagé est une condition sinequanone.

Photographie Bar Floréal
Extrait de la série « de nuit ». Lucile Chombart de Lauwe

Photographie Bar Floréal
Extrait de la série « Admirals ». Nathalie Mohadjer

Photographie Bar Floréal
Extrait de la série « Hôtel de poupées ». Mara Mazzanti

Photographie Bar Floréal
Agent de la Border Patrol, San Ysidro (banlieue de San Diego), Californie, avril 2005. Laetitia Tura

Vous avez aussi un rôle de transmission auprès des « jeunes » photographes ?

Il y a des stagiaires qui passent mais nous sommes plus concentrés sur une transmission du regard photographique que la technique ou le style à proprement parler. Ils voient comment nous fonctionnons, ils voient nos images, notre façon de les faire vivre.

Les photographes qui nous rejoignent sont des gens autonomes, qui ont déjà fait des projets avec d’autres, qui avaient envie de rejoindre notre groupe, avec son histoire et son vécu.

Elles étaient quatre candidates parmi combien ?

Nous avons reçu les dossiers de 80 candidats.

Y avait-il une volonté ouverte de ne retenir que des candidats déjà « sains » financièrement, qui ne viendraient pas léser économiquement le collectif ?

Il est évident qu’il est très difficile de s’associer avec des gens qui n’ont aucune clientèle, et qui sont débutants. Cela dit, une des photographes, Lucile Chombart de Lauwe sort juste de l’école d’Arles. Elle a beaucoup de talent donc je n’ai aucune inquiétude. Elle débute dans la photo mais est déjà autonome financièrement.

Photographie Bar Floréal
Retour en Lorraine 2008. Sur le parking d’Auchan. Bernard Baudin.

L’iconographe qui travaille pour le collectif est quelqu’un qui a toujours été présent ?

Non, Cécile Lucas est là depuis une douzaine d’années. Elle est l’interface avec beaucoup de clients et suit beaucoup de projets. Une autre iconographe s’occupe exclusivement de la photothèque en ligne.

Cette photothèque fonctionne bien pour l’association ?

Elle fonctionne tant bien que mal. C’est très difficile car les iconographes de journaux préfèrent aller sur des portails très vastes. D’où l’idée de créer un portail dans le futur qui réunisse des photothèques indépendantes et constitue un portail assez grand pour les concurrencer. C’est un projet qui a du mal à naitre mais nous espérons le voir marcher un jour. Il s’appellera Stella.

Propos recueillis par RD

Lien vers le site du Bar Floréal

Actualité :

Sortie du livre « Africaine »
Photographies d’André Lejarre / le bar Floréal

Texte de Boubacar Boris Diop
En vente en librairie à partir du 6 janvier 2011
Format : 29×19,5 cm à l’italienne
58 photographies N&B et couleur
Couverture cartonnée, cahiers cousus-collés
122 pages
Créaphis éditions 2010
Prix : 25 €
ISBN : 978235420383

André Lejarre a réuni une série photographique réalisée au cours de longs séjours au Sénégal dans le village de Ndioum situé long du fleuve Sénégal, dans le nord du pays .Ce travail s’inscrit dans une longue durée et témoigne de l’implication très personnelle du photographe dans un pays dont il se sent familier.

L’écrivain Boris Boubacar Diop, auteur de nombreux romans, dramaturge, essayiste et scénariste, journaliste, a écrit pour ses photographies un court texte inédit et original, fondé sur la tradition orale et la poétique des « origines » de son pays natal.

La conception graphique de l’ouvrage résulte d’une étroite collaboration avec le graphiste Alex Jordan (Grapus puis Nous Travaillons Ensemble)

En photographie le travail des éditions des éditions Créaphis se décline autour
d’une collection « Foto » et de quelques livres « hors collection ». Depuis 1988, une cinquantaine de livres ont paru sous diverses formes. Le travail de jeunes auteurs – souvent publiés pour la première fois– a été privilégié.

Ce projet est cohérent avec la ligne éditoriale d’une maison d’édition qui, depuis près
de trente ans, (voir catalogue) réalise des livres de photographie, de sciences humaines, d’architecture et de littérature.