Christine Fenzl, voyage photographique dans un football social

Du 11 juin au 11 juillet prochain, l'Afrique du Sud accueillera la dix-neuvième édition de la Coupe du monde de football et la messe médiatique qui l'accompagne. Etrange rencontre qui risque d'être étonnante et peut-être détonnante... D'autres utilisent la pratique du football pour apporter discrètement soutien et motivation aux enfants des rues. C'est ce que font quatre organisations non-gouvernementales en Angleterre, en Macédoine, au Brésil et au Kenya. La photographe allemande Christine Fenzl les a suivis en 2005 et 2006, prolongeant ainsi son intérêt photographique pour l'enfance et l'adolescence dans différentes villes du monde. Interview.

Du 11 juin au 11 juillet prochain, l’Afrique du Sud accueillera la dix-neuvième édition de la Coupe du monde de football et la messe médiatique qui l’accompagne. Etrange rencontre qui risque d’être étonnante et peut-être détonnante… D’autres utilisent la pratique du football pour apporter discrètement soutien et motivation aux enfants des rues. C’est ce que font quatre organisations non-gouvernementales en Angleterre, en Macédoine, au Brésil et au Kenya. La photographe allemande Christine Fenzl les a suivis en 2005 et 2006, prolongeant ainsi son intérêt photographique pour l’enfance et l’adolescence dans différentes villes du monde. Interview.

Cliquez ici pour lire l’interview en anglais/To read the interview in english, click here

Bonjour Christine, commençons par le commencement : Pourquoi et comment es-tu devenue photographe ?

A ma sortie du lycée, mes parents m’ont offert mon premier appareil photo, un Pentax. Je suis partie avec des amis en Espagne et en Italie où j’ai pris énormément de plaisir à prendre des photos : ça me fascinait de pouvoir enregistrer tout ce que j’aimais ! Ensuite, j’ai passé énormément de temps dans la chambre noire à développer et tirer mes photographies.

Si je ne me trompe pas, tu as été l’assistante de Nan Goldin. En gardes-tu un bon souvenir ? Est-ce que cette expérience t’a enrichie d’un point de vue professionnel et personnel ?

Oui, j’ai adoré être son assistante. Tout en passant du bon temps, j’ai appris beaucoup auprès d’elle : pas forcément du point de vue technique mais plutôt d’un point de vue humain et artistique, notamment dans sa capacité à montrer des moments intimes sans faire preuve de voyeurisme, ce que j’ai toujours admiré chez elle. J’ai également beaucoup voyagé avec elle, ce qui m’a permis de découvrir le monde et de rencontrer des personnes qui sont devenues des proches…

En regardant tes projets sur ton site internet (www.christinefenzl.net), on remarque ton intérêt photographique pour l’enfance et l’adolescence dans des conditions et situations sociales difficiles. Pourquoi cela t’intéresse-t-il particulièrement ?

Un thème fondamental dans mon travail est l’étude des frontières urbaines, sociologiques ou socio-économiques. C’est pour cela que je m’intéresse aux enfants et aux adolescents car je pense qu’ils sont comme des miroirs capables de refléter d’où vient notre société et où elle va. En outre, l’adolescence est une période particulière qui ne dure que quelques années et pendant laquelle l’individu subit d’importantes transformations biologiques et où il est confronté à de multiples questions existentielles. C’est un âge fragile et « ouvert », un no man’s land entre l’enfance et l’âge adulte où l’on explore les frontières entre notre être et le monde extérieur. C’est tout cela qui m’intéresse et que je veux montrer, ces situations auxquelles les êtres humains sont confrontés. Ici et ailleurs.

Tes projets qui ont une vocation sociale et un aspect documentaire, ce qui les rapprochent du photojournalisme, sont exposés dans des festivals et des galeries et non pas dans la presse. Est-ce une volonté de ta part ? Te considères-tu davantage comme plasticienne, photojournaliste ou tout simplement photographe ?

Je me vois comme une photographe de portrait : j’essaie d’être le plus près possible du sujet tout en montrant son environnement. Les photographies ont été prises à un moment précis dans un endroit spécifique que je ne modifie pas ; d’où leur aspect documentaire et cette sensation d’éternité que l’on peut ressentir en les regardant.

Je considère les personnes que je photographie comme représentatives de leur groupe et le spectateur peut ensuite faire ses propres déductions. Les photographies peuvent être montrées dans des magazines ou être exposées ; je m’assure seulement que le contexte leur convient.

Que penses-tu de cette tendance actuelle où l’on a de plus en plus de mal à distinguer les travaux de plasticiens ou artistes photographes de ceux de photojournalistes ?

Je ne ressens pas cela. Je pense qu’il s’agit plutôt d’une décision artistique lorsqu’il y a des similitudes ou lorsque l’art affiche des attributs journalistiques. Je pense vraiment qu’il y a une différenciation.

J’ai découvert l’été dernier ton travail aux Rencontres d’Arles (c’est là que je suis tombé amoureux de ta magnifique photographie montrant un ballon crevé devant une petite fille noire et floue). Rétrospectivement, comment as-tu trouvé l’ambiance et la qualité du festival et, professionnellement, cette exposition t’a-t-elle servie ?

Merci. J’ai été honoré de faire partie de ce festival. Comme je n’avais auparavant jamais participé à un festival, cela a été passionnant : passer des jours au contact de la photographie, il y avait tellement à voir ! La qualité est très élevée et Arles offre une large gamme. Il y règne une atmosphère très spéciale, particulièrement belle.

On ne peut pas dire que cette exposition a boosté ma carrière, mais j’ai eu des retours, des demandes et il y aura une publication grâce au livre du festival. Sinon, j’ai été surprise par le nombre de personnes qui ont découverts mon travail et j’en suis très reconnaissante.

Parlons de ton projet « Streetfootball ». Comment en as-tu eu l’idée ?

Par l’intermédiaire de mon ami Ciro Cappellari. Il réalise des films documentaires et travaillait sur un projet avec l’organisation Streetfootballworld à Berlin. En 2006, ils ont organisé une coupe mondiale de Streetfootball où des équipes du monde entier ont joué les unes contre les autres. L’idée m’est alors venue de photographier ces joueurs dans leur pays, leur environnement…

Pour le réaliser, tu t’es rendue dans plusieurs pays et tu as du travailler avec plusieurs organisations. Comment as-tu réussi à le financer ? Comment es-tu entrée en contact avec ces organisations ? Cela a-t-il été difficile ?

Cela fut un long processus. J’ai obtenu tous les contacts avec les ONG et leur formateur par l’intermédiaire de Streetfootballworld. Ils m’ont également aidée pour l’infrastructure sur place, les frais de voyage et de matériel. Le Goethe Institut m’a soutenue  via une bourse d’un mois à Sao Paulo. Quant au travail au Kenya, je l’ai moi-même financé.

Tes photographies sont essentiellement des portraits d’adolescents. Par expérience, je sais que ce n’est pas facile de réaliser de telles images : comment cela s’est passé ?

J’ai eu beaucoup de chance. La plupart du temps, j’ai rencontré des gens formidables qui m’ont assistée ou servi d’interprètes. Les enfants et les adolescents étaient très accessibles et curieux et, souvent, ils étaient fiers de me montrer leur vie et d’être photographiés.

As-tu eu l’occasion de jouer au football avec eux ?

J’aurai aimé mais je n’ai jamais été une bonne joueuse (je peux courir mais pas frapper dans le ballon…). Et puis, je préfère regarder et prendre des photos…

Leur as-tu montré les photographies  réalisées ?

Oui. Je leur ai montré les polaroids et j’ai envoyé leur portrait à la plupart d’entre eux. Cela était important pour moi, c’était une manière de leur montrer ma gratitude. Et puis le Goethe Institut m’a aidée financièrement pour réaliser de nombreux tirages, ce qui m’a vraiment plu.

Après avoir terminé ce projet, as-tu eu des difficultés à le diffuser, l’exposer ?

Pendant un long moment, rien ne s’est passé. Et puis, depuis environ deux ans, j’ai eu la possibilité d’exposer à plusieurs reprises ce travail. J’ai également obtenu un prix (Förderpreis der Stiftung Klein) et la série sera publiée cet été dans le magazine Marie Claire.

Enfin, quel conseil donnerais-tu à un photographe débutant qui souhaiterait s’embarquer dans une aventure photographique semblable à la tienne ?

Suivez votre instinct, vos désirs et continuez malgré vos périodes de doute ou si rien ne se passe. Je pense que c’est important de rester ouvert et de rester impliquer dans ce que l’on fait.