Célébration du centaire de la parution de la première photographie couleur

THE PHOTO ACADEMY vous propose de célébrer le centenaire de la parution de la première photographie couleur, prise par Jules Gervais-Courtellemont et publiée dans le magazine L’Illustration le 26 novembre 1910. Nous vous invitons à partager un voyage dans le temps avec ce « maître artiste » qualifié ainsi par les critiques de l’époque. Ces images regardées par l’homme d’aujourd’hui paraissent emblématiques d’une certaine idée de l’Orient, d’un exotisme mais aussi du regard d’un homme sincèrement attaché à décrire l’évolution sociale des pays qu’il a traversé.

THE PHOTO ACADEMY vous propose de célébrer le centenaire de la parution de la première photographie couleur, prise par Jules Gervais-Courtellemont et publiée dans le magazine L’Illustration le 26 novembre 1910. Nous vous invitons à partager un voyage dans le temps avec ce « maître artiste » qualifié ainsi par les critiques de l’époque. Ces images regardées par l’homme d’aujourd’hui paraissent emblématiques d’une certaine idée de l’Orient, d’un exotisme mais aussi du regard d’un homme sincèrement attaché à décrire l’évolution sociale des pays qu’il a traversé.

Pour ceux qui n’ont pas un livre d’histoire sous la main, pouvez-vous nous faire une petite présentation ?

Je suis donc Jules Gervais-Courtellemont, photographe et éditeur, né en 1863 en Seine-et-Marne et mort en 1931. J’ai consacré l’essentiel de ma vie à parcourir le monde, et plus spécialement l’Orient. De ces nombreux voyages, j’ai rassemblé une importante collection de photographies, essentiellement des autochromes. C’est dans les années 1880, en Algérie, que j’ai acquis la pratique de la photographie, voyant par ce médium l’outil le plus adapté pour « reproduire fidèlement les splendeurs du passé et le pittoresque du présent » (NDLR – Batur E., Muhidine T., Devos E., Ottomanes, Autochromes de Jules-Gervais Courtellemont, Bleu autour, Paris, 2005). De ce fait, je me suis lancé d’ailleurs dans la publication d’une revue à partir de 1889 ; L’Algérie artistique et pittoresque. (NDLR – Revue que Jules-Gervais Courtellemont va publier en 1890 avec son ami André Alatissière. La publication de la revue s’arrêta en juin 1893)
La majorité de mon œuvre photographique, environ 5000 pièces, est conservée à la Cinémathèque Robert-Lynen de la ville de Paris.

autochrome Jules Gervais-Courtellemont
J.Gervais-Courtellemont, Terrasse de Damas, les teinturiers font sécher au soleil les pièces de cotonnades bleues

Dans quel contexte se situe cette photographie dont nous fêtons le centenaire aujourd’hui ?

J’ai eu la volonté de transmettre au public mes premières images autochromes dès mon retour en France, à la suite de mon deuxième voyage vers l’Orient en 1907. Sous le titre de Visions d’Orient, j’ai organisé une première « projection-conférence » en couleurs à l’Hôtel de l’Université des Annales en 1908. De 1908 à 1909, mes Visions d’Orient furent projetés chaque soir, salle Charras à Paris. La brochure publicitaire de cet évènement traduit l’engouement du public pour mes premières images en couleurs ; Grâce à lui, nous verrons de notre fauteuil, défiler les prestigieux paysages remplis de chaudes lumière, que les immortelles pages de Loti ont célébrés, succession de clichés qui ont enregistré la féerie de ces colorations étranges et fugitives, si nouvelles à nos yeux d’Occident, suivis par les plaques sensibles à la couleur jusqu’après la disparition du soleil derrière l’horizon. (NDLR – Brochure publicitaire pour les Visions d’Orient, in Les couleurs du voyage, L’œuvre photographique de Jules Gervais-Courtellemont, Paris Musée, 2002, p 26)

autochrome Jules Gervais-Courtellemont
J.G.Courtellemont, Le Mausolée des Derviches touneurs, à Koniah

Face à ce succès, j’ai entrepris avec ma femme (NDLR – Fille de son ami Charles Lallemand, elle traversa le monde avec son père, puis suivi son mari dans ses nombreux voyages) de rassembler une collection d’autochromes plus importante sur le même sujet. Plus de 1 500 plaques de verre furent rassemblées à mon retour et alimentent ces Visions d’Orient.
Mes autochromes n’eurent pas uniquement des conférences comme support de diffusion : le 26 novembre 1910, le magazine L’Illustration publia mes premières photographies couleurs, accompagnées de mes commentaires. Pour la première fois, le public a pu voir dans la presse les toutes premières photographies en couleurs.

autochrome Jules Gervais-Courtellemont
J.G Courtellemont, La Mosquée D’Omar, Jérusalem

Dès les premières lignes de mon article, j’ai voulu exprimer mon regard  qui est celui d’un homme emprunt d’exotisme mais aussi très attaché à offrir des témoignages réalistes sur les pays que j’ai traversé :
Les souvenirs un peu confus des contes qui ont bercé notre enfance ou charmé notre adolescence, vagues réminiscences de romans ou de légendes, ont peuplé nos esprits de « Visions d’Orient » dont les images se précisent en somptueux palais, blanches coupoles et fins minarets, cavaliers fougueux brandissant le cimeterre, palmiers élancés se découpant sur un ciel très bleue. L’Orient des Mille et une Nuits et des Croisades.
Sur l’Orient d’aujourd’hui, infiniment plus prosaïque et de jour en jour plus modernisé, nous sommes peu ou mal renseignés. Les choses les plus contradictoires nous sont quotidiennement dites sur ces pays et ces peuples d’Islam dont la civilisation diffère totalement de la notre, dont les conceptions philosophiques et sociales, voire économiques, sont aux antipodes de ce que nous considérons comme des vérités. Ils méritent d’être mieux connus. (NDLR – Jules Gervais-Courtellemont, « Visions d’Orient » in L’Illustration, n°3535, 26 novembre 1910)

Pouvez-vous nous parler un peu plus de L’Illustration et de votre collaboration pour ce magazine ?

Le magazine L’Illustration est un magazine hebdomadaire français, publié de 1843 à 1944. Inspiré du magazine anglais The Illustrated London News, il a été fondé par les journalistes Jean-Baptiste-Alexandre Paulin (NDLR – Jean-Baptiste-Alexandre Paulin, 1796-1859, éditeur, libraire et co-fondateur du journal L’Illustration), Edouard Charton (NDLR – Edouart Charton, 1807-1890, journaliste, directeur de publication et homme politique français), Jacques-Julien Dubochet (NDLR – Jacques-Julien Dubochet, 1798-1868, avocat de formation, connu comme éditeur et créateur de l’Illustration) le géographe Adolphe Joanne, ainsi que l’éditeur Jean-Jacques Dubochet. Son premier numéro parait le 4 mars 1843.
La particularité de ce magazine, et comme son nom l’indique, est d’être abondamment illustré. Il a su pour cela s’entourer des meilleurs dessinateurs dans la seconde moitié du XIXème siècle. C’est d’ailleurs dans L’Illustration que parait la première photographie en noir et blanc en 1891.

Pour ma part j’en suis le collaborateur depuis 1893. C’est d’ailleurs dans les locaux de ce magazine que j’ai découvert le procédé autochrome, présenté par les Frères Lumière en 1907. Notre collaboration prend fin à partir de 1924 ; à défaut de L’Illustration qui publie de moins en moins de documents photographiques en couleurs, j’ai préféré collaborer jusqu’en 1931 au National Geographic Magazine.
Toutefois, de par la diversité des illustrations, le journal L’Illustration nous offre un témoignage historique précieux sur la seconde moitié du XIXème siècle à la moitié du XXème siècle. Ses archives constituent aujourd’hui l’un des fonds iconographiques les plus importants au monde sur cette période.

autochrome Jules Gervais-Courtellemont
J.G.Courtellemont, Le Crépuscule à Damas, l’heure violette

Pouvez-vous nous parler un peu plus de vos voyages ?

Ma première découverte de l’Orient s’est produite en 1893. De Paris à Jérusalem via Constantinople, j’ai traversé de nombreux pays avec pour unique regret de ne pouvoir rapporter que des clichés en noir et blanc.
Ainsi, dès la démonstration du procédé de l’autochrome par les frères Lumière, j’ai entreprit immédiatement le même voyage avec mon épouse, rapportant cette fois-ci les premières Visions d’Orient colorées. Face aux succès que remportèrent mes témoignages photographiques en couleurs, ma femme et moi-même avons entrepris de parcourir le monde, afin de constituer une collection importante d’autochrome. Nous avons parcouru l’Algérie (1911, 1912), la Tunisie (1911), le Maroc (1921), l’Espagne (1911, 1914), l’Italie et les Indes (1913), le Japon et le Tibet. J’ai ramené des photographies inédites de la Mecque en 1896 suite à ma conversion à l’Islam, qui seront publiées dans L’Illustration en 1897.

Quels sont vos inspirations, vos connaissances et vos amis ?

J’ai pour amis Pierre Loti, Auguste Rodin, ou Albert Kahn.
Mon amitié avec l’écrivain Pierre Loti s’exprime clairement à travers mon travail. Nous avons partagé le même amour pour l’Orient et l’Islam, la même admiration pour Constantinople, source de notre inspiration. L’un l’exprimait par la force évocatrice de ces mots, l’autre par la « magie des autochromes » (NDLR – De Pastre Béatrice, Devos Emmanuelle (sous dir.de), Les couleurs du voyage, L’œuvre photographique de Jules Gervais-Courtellemont, Paris Musées, 2002, p 10). Nos deux modes d’expressions fusionnèrent de temps à autre à l’occasion de conférences, les mots de Loti semblant être fait pour mes autochromes :
Les phrases que j’avais « coupées » de vos œuvres s’appliquaient si exactement, si mathématiquement à la vérité documentaire de mes petites images que le public enthousiaste soulignait de ses applaudissements la vérité « saisissante » de vos descriptions. (NDLR – 14 avril 1910, lettre de Jules Gervais-Courtellemont à Pierre Loti, in Ottomanes, Autochromes de Jules Gervais Courtellemont)

Interview réalisée à l’initiative et avec le soutien documentaire de la Maison de la Photographie de Marrakech, Emmanuelle Peytour, Patrick Manac’h, LG & RD

Pour créer cette interview fictive, La rédaction de www.lesphotographes.com et l’équipe de la Maison de la Photographie de Marrakech a choisi de s’inspirer de l’histoire tout en la respectant.