Caroline Ablain, de la photographie de scène à la mise en scène

A Rennes lorsque l'on parle de représentations théâtrales, de danse ou d'ateliers des étudiants du TNB, l'objectif de Caroline Ablain n'est jamais loin. Photographe diplômée de l'École Nationale Supérieure de Photographie, Caroline Ablain s'est fait un nom dans le milieu du spectacle en travaillant pour le Théâtre National de Bretagne. La jeune artiste développe par ailleurs ses propres mises en scène, entre questionnements existentiels et personnels, Caroline Ablain créé un univers intriguant et atypique dans lequel le spectateur ne peut être que happé.

A Rennes lorsque l’on parle de représentations théâtrales, de danse ou d’ateliers des étudiants du TNB, l’objectif de Caroline Ablain n’est jamais loin.
Photographe diplômée de l’École Nationale Supérieure de Photographie, Caroline Ablain s’est fait un nom dans le milieu du spectacle en travaillant pour le Théâtre National de Bretagne.
La jeune artiste développe par ailleurs ses propres mises en scène, entre questionnements existentiels et personnels, Caroline Ablain créé un univers intriguant et atypique dans lequel le spectateur ne peut être que happé.

photographie Caroline Ablain

Quel a été ton parcours ?

Je faisais de la photo depuis le lycée puis j’ai fait une licence d’Histoire de l’Art et de l’Archéologie à Rennes. J’ai ensuite travaillé un an à la préparation du concours d’entrée à l’École Nationale Supérieure de Photographie. A cette époque la photographie n’était pas enseignée à l’université j’ai donc du apprendre l’Histoire de la Photographie par mes propres moyens. C’était un des rare art non représenté, il y a eu des cours à la fin de ma licence mais il est apparu que j’étais déjà en avance sur le programme avec mes recherches personnelles.
J’avais 22 ans quand je suis entrée à l’école, je voulais faire de la photographie mon métier. J’avais déjà, en préparant le concours et en entrant à l’école, l’envie de travailler dans le milieu du spectacle, mais à cette époque il me restait encore beaucoup de choses à apprendre et à définir.

Comment ton projet a-t-il évolué durant ces trois années de formation ?

J’ai présenté au diplôme de fin de formation un travail assez théâtral, des images de mises en scène. La difficulté était que j’ai commencé la photographie de spectacle durant ma formation, mes recherches étaient orientées sur la théâtralité de manière assez large et je devais faire coller cela avec mon projet d’étude mais aussi avec ce qu’attend une école d’art de ses étudiants. C’était très dur de manier tout cela, du coup j’ai fait une année d’étude supplémentaire afin d’atteindre la justesse que je recherchais.
La question était: quelle photographie de théâtre peut être un art au delà d’un métier?
Par conséquence, j’ai travaillé de manière assez solitaire sur cette question au sein de l’école, car elle implique peu d’enjeux théoriques.
J’ai associé ces images avec de la théorie mais aussi avec des recherches sur le décor, la mise en scène.

Comment s’est passée ta sortie de l’école, tes débuts dans le monde professionnel ?

photographie Caroline Ablain

L’été de ma sortie de l’école j’ai pris contact avec le Théâtre National de Bretagne dans le but de collaborer avec eux. J’ai appris qu’Alain Dugas, que je connaissais depuis longtemps, prenait sa retraite. Il avait été d’une certaine manière, le photographe à l’origine de mon désir de travailler dans le milieu de la photographie de spectacle.Il s’est avéré que le théâtre avait besoin d’un photographe pour le festival Mettre en Scène qui débutait en septembre. C’est comme ça que j’ai fait mes premiers pas en tant que photographe professionnelle.

L’école d’Arles a pour qualificatif école de photographie documentaire, c’est en terme très en vogue en ce moment comment te situes-tu par rapport à ça ?

Les images picturales, le cinéma et les autres arts viennent construire mon regard. La mémoire des œuvres que j’ai pu voir sont une inspiration forte pour moi. J’essaye de faire des images les moins documentaires possible mais d’une certaine manière il faut quand même que mon travail ait cette valeur. Le document est à la fois une limite et un point de départ, j’essaye d’aller au delà. Il faut arriver à ce que même des images abstraites de spectacles contiennent l’essentiel. La question de la diffusion entre alors en jeu,  si les images sont diffusées dans une exposition, en galerie, alors j’essaie qu’elles soient le moins documentaires possible, il faut faire un choix puriste. Si les images sont destinées à la presse les attentes sont alors très précises, je ne ferais pas les mêmes choix si elles sont publiées dans les Inrockuptibles ou dans Ouest France. Ce sont des questions qui ne sont pas toujours simples à résoudre.

Comment pourrais-tu situer ta pratique photographique ?

Il faut savoir situer sa production photographique. Pour moi être artiste c’est être photographe et être photographe c’est pouvoir travailler dans différents milieux mais par exemple je n’ai jamais eu la volonté de travailler dans le milieu de la mode ou de la publicité. J’ai chois le milieu du théâtre car c’est un endroit de pensée. Je suis entourée de gens qui pensent et c’est cela que je recherchais, les nécessites sont intérieures, intellectuelles et non commerciales. Je mets mon art au service des autres, être dans la littérature, le théâtre, l’endroit est assez riche pour ne pas s’endormir.

photographie Caroline Ablain

photographie Caroline Ablain

Dans la série « Sens unique » est-ce le rapport de l’Homme à son environnement que tu essaies de souligner ?

Je ne parle pas d’environnement mais plutôt d’espace mental et métaphysique. Dans la série « sens unique » je veux montrer l’image de la condition humaine. C’est une question énigmatique, non résolue, labyrinthique. C’est une forme d’enfermement, les personnages sont enfermés dans leur cadre, j’essaie de soulever la question du libre arbitre, dans quelle mesure nous sommes des êtres libres. Je les met en scène comme des marionnettes dont les fils seraient actionnés par quelqu’un d’autre. Dans la dernière image, le personnage regarde le spectateur, c’est une manière de démystifier la question. Le regard est là pour donner à voir le point de vue depuis lequel l’image est créée. Il y a une référence aux tableaux où le modèle regarde le peintre. Comme si cette image, la dernière, nous disait « Je suis la dernière image d’une série, de l’énigme. »
La fiction est construite par quelqu’un d’autre, c’est une préoccupation qui est toujours au coeur de mon travail, notamment dans une vidéo sur laquelle je travaille actuellement.

Pourquoi as-tu eu l’envie de changer de médium, l’image fixe ne te suffisait plus ?

Il me manquait dans la photographie le mouvement. « Close to me against you » serait l’installation de chaque séquence sur un moniteur. Chaque plan séquence présenterait un personnage qui réalise une performance. Ce sont comme des photographies traversées par le temps, l’action se déroule à l’intérieur du plan, la caméra ne se déplace pas.

Quels sont tes rapports avec les modèles que tu mets en scène ?

Dans « Sens unique » et ma vidéo les modèles sont des gens que je connais. Le choix se fait selon les performances que je veux mettre en image. Ce sont les gens qui m’entourent qui m’inspirent, ils dégagent quelque chose de théâtral, ce ne sont pas forcément des comédiens à qui je fais appel.

Tes images sont-elles toujours des mises en scène ou travailles-tu aussi la photographie instantanée ?

« Instantanés » est du reportage à la volée, c’est aussi une série où je me laisse aller et dans laquelle, par ailleurs, je peux puiser de la matière pour d’autres travaux.
Les images de « Short stories » sont des images instantanées, l’objet n’est pas mis en scène à l’avance, l’image est prise sur le moment. C’est moins aller chercher les choses que prendre ce que le monde m’offre.

Peux-tu me parler de la série « Je suis née ici », je la trouve intrigante, elle semble se détacher des autres travaux.

photographie Caroline Ablain

photographie Caroline Ablain

C’est une série assez récente qui a commencé par deux images faites l’été dernier puis les deux autres sont venues cet été. Ce sont des amis particuliers, c’est une série lente, à l’opposé de « short stories » que j’ai débuté seulement en juillet. Le temps de composition est très lent, j’ai besoin que les choses se déposent,  que ce soit cette personne en particulier pour savoir ou cela va m’emmener. Ce sont les images que je produis qui me disent où je vais, la réponse est dans les images. Dans le titre, «  naissance » est au féminin pourtant il y a aussi des modèles masculins. Je m’approprie la naissance des modèles, s’il s’agit bien d’une naissance cela parle plus d’une naissance à soi et à l’autre, il ne faut pas entendre ici « naissance » au sens physique. La naissance c’est aussi l’origine et pour moi l’origine c’est le regard. La mise en scène est simple ce qui est important c’est le face à face, « l’autre face à moi », il y a quelque chose d’essentiel dans le fait de poser son regard sur l’autre. Il y a dans cette série un temps long de fabrication alors que le temps de prise de vue est court. Il y a, au départ de cette série, la volonté de faire des images de gens que j’aime, d’amis qui sont loin de moi. Pour une fois s’autoriser à faire juste une image de quelqu’un que l’on aime pour garder cette personne avec soi, à l’opposé de l’intellectualisation de l’image. C’est à l’origine quelque chose de très simple. Le titre m’est venu à Arles en refermant le livre « Autoportrait » d’Edouard Levé, qui venait juste de mourir, et des choses que j’ai comprises durant ce séjour de trois ans , j’ai fait la première image dans la foulée.

Travailles-tu toujours avec un sujet, une idée de départ déjà réfléchie ?

Jamais, je n’ai pas de projet qui précède les prises de vue, comme beaucoup d’artistes je ne réalise pas une chose préalablement conçue. Je fonctionne à l’intuition intérieure, j’entends par là « l’intelligence qui commet un excès de vitesse » selon les mots d’Henry Bernstein. C’est d’une manière faire confiance à ce qui est à l’intérieur de soi, aux images latentes. Il y a des choses en moi qui naviguent, qui flottent, c’est un élan au delà d’un désir. Un aller retour entre l’intuition et le moment où l’on observe ce que l’on a produit.

site de Caroline Ablain