Aux mains d’Irène Attinger, la bibliothèque de la MEP mérite l’attention de tous

La Maison Européenne de la Photographie est un lieu important pour ses expositions, son atelier de restauration et bien sur sa bibliothèque. Le choix des ouvrages achetés et conservés dans le temps est évidemment déterminant et donne le ton, annonce les tendances. C’est depuis longtemps la responsabilité d’Irène Attinger de faire ces choix et elle continue d’apporter à ce lieu un juste mélange de subjectivité et d’objectivité envers le livre photo.

Aux mains d’Irène Attinger, la bibliothèque de la MEP mérite l’attention de tous.

La Maison Européenne de la Photographie est un lieu important pour ses expositions, son atelier de restauration et bien sur sa bibliothèque. Le choix des ouvrages achetés et conservés dans le temps est évidemment déterminant et donne le ton, annonce les tendances. C’est depuis longtemps la responsabilité d’Irène Attinger de faire ces choix et elle continue d’apporter à ce lieu un juste mélange de subjectivité et d’objectivité envers le livre photo.

Ici nous sommes à la MEP, vous êtes en charge de la bibliothèque et j’imagine, du fond photographique ?

Non, à la MEP nous avons 3 collections. Celui qui a eu l’idée de fonder cette maison, Pierre Lambert de la Motte estimait que la photographie était sur 3 supports. Quelqu’un se charge de la collection des tirages, tous les tirages argentiques même si maintenant il y a surement un peu de numérique. Une autre personne se charge de la collection vidéo, et moi je me charge du troisième support, le livre, donc la page imprimée. Et tout ca constitue le fond photographique. Moi en plus, on m’a demandé de m’occuper de la librairie qui n’allait pas très bien, et dont j’essaye de faire une référence, comme je l’ai fait avec la bibliothèque. Mais j’ai mis des mots autour de ce que je faisais, donc c’est une mémoire de l’édition photographique internationale des années 1950 à aujourd’hui. Du japon aux Etats-Unis, de Scandinavie jusqu’en Afrique du sud, du Canada jusqu’en Argentine, qui couvre l’ensemble de la production éditoriale photographique. A différencier avec le monde de l’illustration, ce n’est pas que ce soit moins bon, ça n’a rien à voir avec une notion de qualité de l’image, ça à avoir avec une question d’auteur.

Est-ce que parfois c’est un jugement subjectif qui permet de trancher l’un et l’autre ?

Naturellement, sauf si le temps joue son rôle et permet donc de remettre tel ou tel photographe dans « auteur ou pas auteur ». Il y a des livres dont on sait immédiatement qu’ils feront partie de l’histoire, et certain qu’il faut revoir plus tard. C’est la raison pour laquelle ça continue d’être un art vivant. Je pense que tous les dix, vingt ans, on a un recul suffisant pour revisiter les acquisitions faites les vingt dernières années, et voir aussi si j’ai raté l’acquisition de tel ou tel livre. Mais en général, ça m’arrive peu.

Vous êtes arrivée à ce poste à l’origine de « l’idée » ?

Monsieur Monterosseau avait décidé de faire une bibliothèque, qui s’est construite sur une base de deux fonds, le fond Romeo Martinez – d’où le nom – qu’on a acheté en 2000, et un autre fond qui est l’achat d’une bibliothèque américaine ce qui faisait 4 000 livres. Plus une collaboration avec une agence de photographes établit au Japon qui achetait pour nous. On m’a demandé de prendre le relais quand j’ai commencé à ce poste.

Aujourd’hui vous avez la sensation que cette bibliothèque est reconnue comme une référence ?

Oui, même si elle n’est peut-être pas suffisamment connue, j’essaye maintenant de plus en plus de la faire connaître, en tout cas des étudiants. La majorité des gens qui viennent voir les livres sont des initiés. Il y a bien évidemment des étudiants, des doctorants et des chercheurs qu’ils soient conservateurs, commissaires d’expositions, journalistes, écrivains, auteurs d’écrits. On m’emprunte des livres pour en faire photographier les couvertures pour les présenter dans certains magazines également.

Est-ce qu’on peut dire que vous êtes la BNF de la photo ?

Oui, on pourrait dire que nous sommes la BNF de la photo en quelque sorte.

La librairie doit devenir une référence également ?

La librairie est extrêmement étroite, même pas 15m carré, on la faite refaire, modeler. Ce qui fait qu’en terme d’habillage d’étagère, elle est plus accueillante et donc plus ouverte mais j’essaye, en dehors des ouvrages réservés aux expositions, d’en faire un lieu de référence, bien évidemment pas aussi important que la bibliothèque.

Quel est votre parcours avant d’arriver à ce poste ?

J’ai eu une licence en Science Po., j’ai enseigné le français, l’histoire et la géographie, j’ai fait de l’humanitaire, puis j’ai travaillé pour un théâtre, un orchestre, chez Philippe Morris, et j’ai participé à la première équipe du musée de l’Elysée. Il était un des premiers musées entièrement consacré à la photographie qui a été mis sur pieds en 1985. J’ai participé à la première équipe, avec beaucoup de casquettes dont commissaire d’exposition parfois. C’est un monde que je connais bien, et je parle quelques langues, ce qui aide à la connaissance de la photographie et à la communication avec les photographes.

Aujourd’hui, le livre devient œuvre d’art avec le temps, il a une certaine valeur. Comment gérez-vous le fait qu’il soit emprunté, consulté et du coup usé ?

Moi ce que j’ai fait c’est une bibliothèque pour le public. J’y tiens, et je pense que nous y tenons tous, c’est à dire que n’importe qui peut entrer dans la bibliothèque, contrairement à Kandinsky par exemple où il y a seulement les chercheurs. Qui rentre à la MEP a le droit de passer sa journée à la bibliothèque en empruntant sur place les livres.

Donc ce n’est pas une collection ?

Si c’est une collection. C’est une collection de livres qui ne sont pas mis sous verre. Mais je n’ai pas de livres du XIXe et peu de la première moitié du XXe siècle. Ça commence bien après 1950. Mais je ne sais pas ce que la bibliothèque va devenir, certainement l’arrivée de nouveaux moyens technologiques va nous permettre de faire X choses pour que cette bibliothèque. Le sens premier de ce lieu reste : un espace pour consulter des livres.

Et les consulter de manière numérique ça n’est pas très souhaitable ?

Le livre, quel qu’il soit, mais particulièrement le livre d’art, donc le livre de la photographie, c’est un tout. C’est du papier, donc c’est le toucher du papier, la qualité du papier qui est extrêmement importante pour une reproduction ; c’est la reliure, l’editing aussi. Donc il y a un ensemble qui intervient dans la confection d’un livre d’art et d’un livre de photographies qui fait que certains livres sont précieux et pas d’autres.

C’est de plus en plus difficile de faire un choix ?

C’est ce que je disais tout a l’heure, pour faire un choix il faudrait remonter 20 ans en arrière et dire : celui là il ne restera pas, celui là si… Moi il y en a dont je sais tout de suite qu’ils ne resteront on pas.

Donc il faut en acheter une certaines quantité, laissé décanter et retirer. Ça reste un editing finalement ça aussi ?

Oui, parce que à un moment donné cette bibliothèque ne pourra pas croitre d’une manière exponentielle et il faudra bien se poser la question, sauf si on a le budget pour une autre salle, ce que nous n’avons pas actuellement. Comme vous le savez les budgets eux ne sont pas exponentiels, ils sont plutôt à la baisse. Cet espace n’est pas un espace qui va s’accroitre sans limites et il faudra effectivement se poser la question de mettre des livres en carton pour faire de la place.

Et aujourd’hui vous ne débâtez avec personne ? Vous choisissez seule ?

Oui c’est mon choix, mais mes collaborateura peuvent me faire bien évidemment des propositions. Tout comme la librairie.

La librairie a une vocation marchande donc c’est un peu différent non ?

Oui mais mes collaborateurs regardent aussi les choix faits pour la bibliothèque. Ce n’est pas le même profil qu’à la librairie et ils peuvent parfaitement me dire qu’il manque des livres, et si je peux, j’en tiens compte. Maintenant il y a une inflation du nombre d’éditeurs aussi, il y en a qui ont disparu et il y en a d’autres qui sont né, en tout cas en France il y a beaucoup de petits éditeurs qui voient le jour. Ce sont d’ailleurs des gens qui font totalement autre chose à côté parce qu’ils ne peuvent pas vivre de leur maison d’édition. Alors soit ils travaillent comme graphiste, ou bien pour certains ils ont des métiers qui n’ont rien à voir avec la photographie, par passion ils prennent la décision de mettre de l’argent et un petit peu de temps pour faire des livres.

C’est plutôt bien ça, comme procédé…

C’est magnifique, nous avons besoin de diversité.

Propos recueillis par RD