Anthony Loeuk explore les beautés de l’Asie

On retrouve dans les images d’Anthony Loeuk la maîtrise de la lumière et des couleurs des grands photographes. Un regard travaillé qui s’allie à un réel amour de l’Asie pour créer des photographies marquantes qu’on peut retrouver sur un Instagram à l’esthétique tout aussi léchée. 

Quel est ton parcours ? 

C’est long à raconter ! À la base, je voulais être astronaute pour être le premier Cambodgien dans l’espace. En poursuivant ce rêve, j’ai suivi un enseignement classique au lycée. Durant l’année de mon baccalauréat scientifique, j’ai changé de voie. Je souhaitais alors devenir ingénieur et travailler dans l’intelligence artificielle mais j’ai été dégoûté lors d’une sortie « découverte de métier », car en allant rendre visite à un cabinet d’ingénieur, je n’ai absolument pas du tout aimé l’approche du métier.Trop pragmatique et pas assez de créativité.
J’ai fini par m’intéresser au champ du design industriel puis au design en général.
Après mon baccalauréat, j’ai intégré Prep’art, une école préparatoire aux grandes écoles d’art et de design publique, pour m’initier véritablement au design, mais aussi à l’Art. Actuellement, je suis en 5e année à l’ENSCI-les ateliers où je passe mon diplôme de créateur industriel dans quelque temps pour être designer. J’interroge la place du chauffeur de Taxi à l’heure de la voiture autonome.

Comment as-tu découvert la photo ? 

Même si la place de la photo comme « objet souvenir » est d’une manière générale forte à toute famille, chez nous, elle l’est particulièrement car elle est la seule façon que mes parents ont eu de conserver puis de transmettre le visage de leurs parents. En effet, après avoir fui le génocide des Khmers rouges, ces photos sont devenues comme un fragment de leur mémoire, leur permettant de se souvenir avec précision, pour ne pas oublier.
Ces photos étaient comme la permission de se rappeler. C’est donc mon père qui m’a initié, malgré lui à l’image. En tout cas à son sens et à toute la symbolique que peut porter une simple photo. Curieux, j’ai d’abord cherché à immortaliser les moments avec mes parents avec l’appareil photo de mon père. Puis de fil en aiguille, j’ai développé ma pratique de la photographie en me concentrant sur les contextes.

« C’est sûrement la chaleur, les formes, le rapport que les Cambodgiens entretiennent avec leurs corps et la nature qui m’attire. C’est un pays qui a souffert, mais qui continue de sourire et c’est ce qu’il y’a au-delà de ce sourire qui m’intéresse. »

Les images qu’on peut admirer sur ton Instagram sont majoritairement prises en Asie. Qu’est-ce qui t’attire dans l’esthétique de ce continent ? 

C’est comme si toute votre enfance on vous avait éduqué sous l’influence d’une civilisation mais que pour une raison quelconque, pendant longtemps, vous n’avez jamais pu voir ce pays de vos propres yeux. Seulement, le jour où vous avez la chance d’y aller, vous ressentez ce je-ne-sais-quoi qui vous attire. Il y a là-bas quelque chose que je connais, une familiarité difficile à décrire avec des mots. C’est sûrement la chaleur, les formes, le rapport que les Cambodgiens entretiennent avec leurs corps et la nature qui m’attire. C’est un pays qui a souffert, mais qui continue de sourire et c’est ce qu’il y’a au-delà de ce sourire qui m’intéresse.

Y a-t-il un lieu que tu rêverais de photographier ? 

Il y’en a beaucoup ! Mais en vérité, je ne cherche pas un lieu en particulier à photographier. Mais une histoire à immortaliser. C’est presque primordial pour moi d’essayer de toujours avoir à raconter quelque chose sur ce que je prends en photo. Mais si je devais choisir véritablement un lieu, ce serait le Bhoutan.

Laquelle de tes images t’a le plus marqué ? 

Bien qu’elle ne soit pas parfaite. C’est cette photo qui m’a le plus marqué.
Déjà, parce que c’était assez périlleux comme moment car j’étais au milieu de la route. J’avais garé ma moto sur le côté. Ce qui m’avait profondément exaspéré c’était la quantité de poussière qui était soulevée à cause du trafic. Je voyais à peine à plus de 50 cm devant moi.
Lorsqu’on roule, en tout cas à moto, les conditions sont désastreuses, les habits se salissent, c’est impossible de pouvoir respirer et malgré la visière la poussière nous rentre dans les yeux et dans le nez. La moto venait de me frôler, à ce moment-là c’était l’occasion pour moi d’exprimer la dangerosité pour les locaux d’aller travailler.
La plupart sont en moto et portent rarement des casques. Les camions roulent à vive allure même s’il n’y a pas de visibilité. Cette situation m’a interrogé, car le pays reçoit énormément de subventions, mais le goudronnage des routes tarde beaucoup trop.

As-tu des références, des photographes qui t’inspirent ? 

Oui, il y’a des légendes comme Henri Cartier-Bresson ou Robert Doisneau. Mais c’est surtout Benoît Aquin qui m’influence énormément. Il a un regard sur la vie au quotidien et j’aime ses projets, car ils permettent de suivre de l’intérieur des enjeux sociaux.

Comment vois-tu ton avenir dans la photo ? Aimerais-tu en faire ton métier ? 

Bien sûr que je rêverais d’avoir un cliché dans un magazine ou pouvoir être missionné pour un reportage photographique mais, je reste très modeste sur mon avenir dans la photo, car j’ai encore beaucoup de choses à apprendre. Je continue d’avancer et de proposer ce que je fais tout en me laissant porter par les occasions.

« s’inspirer, cultiver son regard et de ne pas chercher à séduire. »

Quels conseils donnerais-tu à un jeune photographe voulant se lancer dans la photo documentaire, de voyage ? 

De s’inspirer, de cultiver son regard et de ne pas chercher à séduire. Avec les réseaux sociaux, on tombe beaucoup dans les belles images et on perd souvent beaucoup de sens. Je pense qu’il faut se spécialiser, car à l’heure des réseaux sociaux, débuter dans la photo documentaire ou de voyage c’est difficile. On est en concurrence avec tout le monde. Par contre, si on est singulier, on peut avoir sa place. Je pense notamment à une autre légende Philip Plisson qui s’est spécialisée dans la photographie maritime ou à force de travail il a su exprimer l’âme de la mer d’une manière complètement envoûtante.