Angkor Photo Festival, le Cambodge au coeur de l’Asie et de ses photographes

Le monde de l'image, dans son devoir de diversité, se manifeste maintenant partout dans le monde. A y regarder de plus près, beaucoup de pays asiatiques comptent maintenant dans le paysage photographique. Au Cambodge, la ville de Siem Reap accueille la sixième édition de l'Angkor Photo Festival. Nous avons demandé à Françoise Callier de nous parler de cet évènement et des photographes qui y sont exposés.

© Munem Wasif / Agence Vu

Le monde de l’image, dans son devoir de diversité, se manifeste maintenant partout dans le monde. A y regarder de plus près, beaucoup de pays asiatiques comptent maintenant dans le paysage photographique. Au Cambodge, la ville de Siem Reap accueille la sixième édition de l’Angkor Photo Festival. Nous avons demandé à Françoise Callier de nous parler de cet évènement et des photographes qui y sont exposés.

Angkor Photo Festival
© Angkor Photo Festival

Angkor Photo Festival
© Angkor Photo Festival

Quelle est l’idée de départ, à l’initiative de la création de ce festival ?

En 2005 un groupe d’amis photographes, amoureux du Cambodge, a eu l’idée de créer le premier festival de photo d’Asie du Sud-Est à Siem Reap. Dès le départ, le festival se différencie de la plupart des événements photo : Angkor Photo Festival aide chaque année une trentaine de jeunes photographes Asiatiques en leur offrant des workshops gratuits.

Le festival a aussi fondé Anjali House, une maison qui accueille tout au long de l’année des enfants défavorisés, qui participent eux aussi à des workshops photo pendant le festival. Un livre « Cambodia, Our Vision » présentant leurs photos sortira au mois de novembre 2010.

Le but est l’échange, les professionnels enseignent aux photographes émergents, les anciens étudiants apprennent la photo aux enfants.

Tous sont bénévoles.

Angkor Photo Festival
© Angkor Photo Festival

Quels sont les particularismes, s’il en est, de la photographie asiatique ? Y a-t-il plus d’activisme et d’engagement dans cette photographie ?

Je ne pense pas qu’il y ait de particularisme dans la photo asiatique en général. Comme pour l’activisme et l’engagement, cela dépend évidemment des pays. La plupart de ces photographes n’ont pas d’argent pour voyager, ils témoignent de ce qu’il se passe chez eux. Dans certains pays, ils sont beaucoup plus libres que dans d’autres. C’est la variété de ces contextes, l’histoire propre à chacun de ces photographes qui me passionne particulièrement. Ils ont une « fraîcheur » qu’on retrouve rarement chez les photographes occidentaux.

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© Palani MOHAN/Reportage by Getty Images

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© Miyoko IHARA/Sha-Do Collective

Quelle est l’empreinte historique de la photographie au Cambodge ? Quels développements de la photographie dans ce pays ?

Il n’y a pas réellement d’empreinte historique vu que tous les livres, tout ce qui pouvait passer pour « intellectuel », a été détruit par les Khmers Rouges.

A présent, la jeune génération est très intéressée par la photographie, mais comme partout  il est difficile d’en vivre.

Le pays étant en plein développement, des agences photo se créent, la presse se développe. La situation s’améliore car les photographes ont de plus en plus de commandes corporate ce qui leur permet de continuer leur travail personnel, artistique ou documentaire.

Quelle partie de cette photographie asiatique souhaitez-vous mettre en avant dans ce festival ?

Notre programme est assez éclectique, nous montrons de la photographie documentaire, du photojournalisme et parfois de la photo artistique.

Environ la moitié du programme est Asiatique avec toujours cette volonté de découverte.

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© Benjamin LOWY/Reportage by Getty Images

Comment choisissez-vous les photographes participants de ce festival ?

Nous faisons beaucoup de recherches tout au long de l’année. Il y a aussi un appel à candidature, cette année nous en avons reçu environ 700 venant du monde entier.

Chaque année il y a deux  soirées « Carte Blanche » montées par des commissaires invités.

Cette année nous avons Yumi Goto, japonaise basée à Bangkok et le photographe de Magnum Antoine d’Agata.

Quelles sont les raisons, les besoins, de cette bourse photo dédiée aux photographes asiatiques ? Quels seront les critères d’attribution ?

Jusqu’à présent il n’existait aucune bourse dédiée exclusivement aux photographes asiatiques. La plupart de ces photographes viennent de milieux assez modestes, cette bourse leur permettra de financer un projet de reportage dans d’autres parties du monde.

Le critère d’attribution sera évidemment lié à la qualité du travail du photographe mais aussi à la pertinence du sujet qu’il souhaite traiter.

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© William DANIEL/Panos Pictures

Angkor Photo Festival
© Munem WASIF/Agence VU

Quelle implication de la France des officiels dans cet évènement ?

L’aide officielle de la France au Cambodge a toujours été orientée vers des projets culturels dont le Angkor Photo Festival. Nous avons également un statut d’Association internationale avec un siège social en France et au Cambodge.

Angkor Photo Festival
© Angkor Photo Festival

La fréquentation du monde professionnel est-elle au rendez-vous ? Ce festival est-il le tremplin attendu par les organisateurs pour les photographes ?

Le monde professionnel est de plus en plus au rendez-vous car il sait qu’à Angkor il peut faire de nombreuses découvertes.

La France, en général, s’intéresse assez peu aux photographes non-occidentaux. Dans la plupart des festivals leur travail est rarement montré, sauf ceux de quelques stars connues de tous. C’est dommage car partout dans le monde il y a des photographes remarquables, il suffirait d’un peu plus de recherche et de curiosité pour les trouver.

Angkor Photo Festival suit des photographes Asiatiques émergents tout au long de l’année et a effectivement la vocation d’être un tremplin leur permettant de montrer leur travail dans d’autres pays et continents.

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© Stephen SHAMES

Nous collaborons aussi avec d’autres festivals : La Biennale Internationale de l’image de Luang Prabang au Laos, FotoFreo en Australie, Chobi Mela au Bangladesh, Orange Festival en Chine, etc… ce qui permet de faire découvrir dans d’autres pays, le travail des meilleurs photographes.

Par exemple, en 2007, nous avons montré le magnifique travail de Munem Wasif, jeune Bangladeshi âgé de 24 ans à l’époque. Quelques mois plus tard, il est entré à l’Agence VU. En 2008, il a reçu le Prix du Jeune Reporter de la ville de Perpignan à Visa pour l’Image. Depuis, il a des expositions dans toute l’Europe et ailleurs.

Nous souhaitons qu’il y en ait beaucoup d’autres qui suivent le même parcours.

Interview par RD

Lien vers le site Angkor Photo Festival